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L'école en Europe à l'heure du Covid-19

Actualité 06.05.2020 Agnès Faure

Face à la pandémie de Covid-19, les Etats membres ont pris des mesures drastiques de distanciation sociale les amenant à bouleverser leurs systèmes éducatifs. Quelles conséquences la crise sanitaire a-t-elle sur l'enseignement et les examens en Europe ? Tour d'horizon des situations observées sur le continent.

En Allemagne, les écoliers reprennent progressivement le chemin de l'école

En Allemagne, les écoliers reprennent progressivement le chemin de l'école - Crédits : fotografixx / iStock (octobre 2016)

Avec la propagation du SARS-CoV-2 et face à son risque de contagion élevé, la plupart des autorités européennes ont restreint les rassemblements de personnes, conduisant à la fermeture des écoles, avant de mettre en place des mesures de confinement de l’ensemble de la population. Plusieurs études scientifiques ont en effet montré que lors des épidémies, la fermeture des écoles permettait d’en réduire la vitesse de propagation, surtout si cette mesure est couplée avec une mise en quarantaine des cas positifs. Les enfants ont en effet plus de chances de contracter le virus et de le transmettre, même si eux-mêmes ne développent pas systématiquement de symptômes. C'est la raison pour laquelle le New York Times soulignait au début de l’épidémie : “L'environnement scolaire est bien adapté à la propagation des maladies”. Une étude globale de l'université d'Oxford sur la transmission des virus respiratoires montre que les enfants de moins de 5 ans en sont porteurs la moitié de l'année alors que les personnes entre 5 et 17 ans sont positives pendant un quart de l’année. Les adultes, eux, ne seraient porteurs de virus respiratoires que cinq semaines par an en moyenne.

Dès lors, la fermeture des écoles a souvent compté parmi les premières mesures adoptées par les gouvernements pour endiguer la propagation du virus. En l’espace de quelques jours à compter de la mi-mars, écoles, collèges, lycées et universités ont été fermés partout en Europe et des systèmes d’enseignement à distance ont été mis en place. En Suède, où les mesures de distanciation sociale sont moins drastiques que dans les autres pays du continent, le gouvernement a décidé de fermer les lycées et les universités mais a maintenu les écoles primaires ouvertes tout en réduisant le nombre d’élèves par classe. 

Coronavirus : ce que les Etats membres ont mis en place

Accès aux ressources numériques et risque de décrochage scolaire 

Pour assurer une continuité dans l’enseignement scolaire à distance, de nombreux Etats membres ont mis en place des plateformes numériques d’enseignement à distance. Cette disposition pose néanmoins question en matière d’égalité des chances, dans la mesure où certains élèves ne disposent pas aussi facilement d’un accès à internet. Dès lors, un risque de décrochage scolaire plus important est à craindre, comme le souligne notamment l’UNESCO. Si le décrochage numérique semble toucher en majorité les élèves étant déjà en difficulté scolaire, de nouveaux élèves n'ayant pas accès aux outils ni aux infrastructures numériques deviennent de nouveaux décrocheurs.

En Allemagne, 37% des enseignants interrogés par la Fondation Robert Bosch déclarent être en contact avec moins de la moitié de leurs élèves, dans une enquête publiée le 15 avril 2020. En Autriche, le pourcentage des élèves étant coupés de l'enseignement à distance est estimé à 9% mais des associations affirment que cela pourrait concerner jusqu'à 15% des élèves. Pour pallier cette situation, le ministre de l'Education a annoncé mettre à disposition 12 000 ordinateurs pour les lycéens, jusqu'à la fin de l'année scolaire. En Italie, les syndicats de professeurs estimaient début avril que le taux de décrochage était de près de 20%. En réponse à cela, le gouvernement a annoncé un plan de financement de 85 millions d'euros  pour faciliter l'enseignement en ligne dans certains territoires. Dans le même temps, le ministre italien de l'Instruction tente de développer des cours sur les chaînes de télévision publique.

Quelles stratégies face aux examens ?

Face à la prolongation des mesures de confinement et de distanciation sociale, l’organisation des examens de fin d’année a du être repensée partout en Europe et dans le monde. Faut-il maintenir, reporter, adapter ou supprimer les épreuves ? A ces questions, les Etats européens ont adopté des stratégies contrastées même si des tendances peuvent émerger.

Dans l’ensemble, peu de pays ont fait le pari de maintenir les examens de fin d’année. En Allemagne, les Länder ont la possibilité de maintenir ou de reporter l’Abitur (équivalent du baccalauréat). La Hongrie, la Pologne et la Bulgarie maintiennent pour le moment leurs examens. En Finlande, les épreuves du baccalauréat ont été avancées d’une semaine pour se tenir la semaine du 17 mars. En Italie, en Slovénie et au Luxembourg, le maintien des examens dépend de la date de réouverture des écoles, et donc de la stratégie de déconfinement envisagée par les Etats. 

D’autres pays ont pour le moment décidé de reporter leurs examens de fin de second cycle (niveau collège) et de troisième cycle (niveau lycée). C’est le cas de l’Autriche, de l’Estonie, de la Lituanie, de certains Länder allemands, la Grèce, l’Irlande pour le Leaving Certificate (équivalent du bac), la Lettonie ou encore Malte. En Espagne, ce sont les concours d’entrée dans l’enseignement supérieur qui sont reportés entre juin et juillet.

Enfin, l’annulation pure et simple des examens a été décidée en Irlande pour le Junior Leaving Certificate (équivalent du brevet), en Norvège, aux Pays-Bas, en France et au Royaume-Uni. La Slovénie prévoit également une annulation des examens terminaux si les écoles n’ont pas rouvert avant le 1er juin. Dans la majorité de ces cas, l’examen est remplacé par un contrôle continu, c’est-à-dire que l’année est validée uniquement sur la base des notes obtenues au cours de l’année, en ajoutant parfois, comme en Norvège, celles obtenues durant la période de confinement.

La Slovaquie a en revanche adapté les modalités d’examens. Si elle a annulé les épreuves écrites, les oraux sont maintenus et devraient pouvoir se tenir à distance. Parmi les acteurs ayant fait le choix d’examens en ligne, certaines universités au Royaume-Uni et en Belgique (dans les régions de Bruxelles et de Wallonie) ont décidé de remplacer leurs examens de fin d’année par des épreuves en ligne. En Estonie également, la soutenance des thèses de doctorat peut se faire par vidéoconférence.

Face à la crise sanitaire, la plupart des pays européens ont donc opté pour un report des épreuves voire une annulation en privilégiant alors l'alternative du recours au contrôle continu. C’est d’ailleurs la solution que préconise l’UNESCO qui considère que l’évaluation continue “devrait être encouragée, avec des mesures visant à atténuer les risques d’inégalité”, afin de préserver, notamment, l’anonymat, et prévenir ainsi des risques de discrimination. Ces stratégies nationales sont néanmoins susceptibles d’évoluer en fonction des plans de déconfinement qui seront adoptés par les Etats. En Italie, au Luxembourg, en Slovénie ou encore en Lituanie, des scénarios alternatifs ont aussi été préparés en fonction de la date de réouverture des écoles.

Quelle sortie de crise ?

Dans une communication publiée le 15 avril, la Commission européenne a proposé une stratégie européenne commune de sortie du confinement. En matière scolaire, celle-ci recommande notamment de procéder à une réouverture progressive des classes, tout en mettant en place un certain nombre de mesures spécifiques afin d’appliquer au mieux les gestes barrières. Il est ainsi préconisé de limiter le nombre d’élèves par classe, de différencier les horaires de repas ou encore de renforcer les règles d’hygiène.

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En France, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé le 28 avril la réouverture très progressive des écoles maternelles et primaires à partir du 11 mai, avec des classes limitées à 15 élèves. A compter du 18 mai, mais seulement dans les départements où la circulation du virus est très faible, la réouverture des collèges pourra avoir lieu. Les lycéens devront quant à eux attendre une nouvelle annonce, fin mai, pour savoir si et quand les établissements pourront rouvrir.

Au Danemark, les écoles maternelles et primaires ont rouvert dès le 15 avril permettant aux parents qui le souhaitent d’envoyer à nouveau leurs enfants à l’école selon des conditions strictes. Pour les autres niveaux de classe, du collège au lycée, la réouverture doit se faire à partir du 11 mai. En Allemagne dans certains Länder, la réouverture des écoles et collèges a démarré le 27 avril. Les classes de lycée préparant des examens de fin d'année doivent ouvrir le 4 mai. Au Luxembourg, la reprise des cours à partir du 4 mai se fera également de manière graduelle. 

En Italie où le Premier ministre a présenté sa stratégie pour la levée du confinement à partir du 4 mai, la reprise de l'école n'est pas envisagée jusqu'à nouvel ordre au motif "[qu'une] réouverture simultanée de toutes les activités économiques, des écoles [...] entraînerait une augmentation incontrôlée et exponentielle des contagions".  Mais en dehors de l'Italie, seules l'Irlande et la Slovaquie n'envisagent pour l'instant pas de retour en classe avant septembre.

La plupart des autres pays européens envisagent une reprise des cours avant l'été. L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Croatie, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la République tchèque et la Slovénie envisagent ainsi une reprise graduelle des cours au cours du mois de mai. D’autres pays comme Chypre, l’Espagne, l’Estonie ou encore la Grèce envisagent un retour en classe des lycéens seulement, en particulier ceux préparant un examen de fin d’études. A l’inverse, la Finlande fait reprendre le chemin de l’école à tous les élèves dès le 14 mai, à l’exception des lycéens qui poursuivent l’enseignement à distance. Dans chacun de ces pays, des mesures de distanciation sociales sont prises et le port du masque est souvent obligatoire, sinon recommandé.

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