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G20 : vers la réforme du système monétaire international ?

Actualité 11.01.2011

Les 6-7 janvier, en préparation du G20, la France a réuni plusieurs grands économistes pour réfléchir à comment réformer le système international monétaire. Lors d'une table ronde présidée par Christine Lagarde et le ministre de l'économie chilien Félipe Larrain, le prix Nobel Joseph Stiglitz, Lord Adair Turner et Jeffrey Sachs ont débattu des avantages et des inconvénients du dollar en tant que monnaie de réserve. Retour sur le deuxième débat du colloque "Nouveau monde, nouveau capitalisme".

 

Un programme ambitieux pour la Présidence française du G20


La France préside le G20 depuis le 12 novembre 2010 et elle assure également la présidence du G8 depuis le 1er janvier 2011. Ces deux présidences constituent un axe privilégié de l’action économique de la France "pour moraliser le capitalisme au niveau mondial et mettre la finance au service de la croissance". La France a défini trois chantiers prioritaires pour contribuer à une croissance saine et durable :

  • La réforme du système monétaire international afin de mieux coordonner les politiques économiques et de mieux maîtriser les flux de capitaux ;
  • La lutte contre une trop grande volatilité des prix des matières premières (produits alimentaires, énergie) qui passe par une meilleure régulation;
  • La réforme de la gouvernance mondiale, et particulièrement une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies.


En phase avec le premier de ces objectifs, le colloque "Nouveau monde, nouveau capitalisme" avait pour but de réfléchir à des réformes pour restaurer l'équilibre, la stabilité et la transparence du système monétaire international.

Une nouvelle monnaie de réserve peut-elle remplacer le dollar?


Ouvrant le débat, Christine Lagarde a estimé que "le système monétaire avait joué son rôle pendant de nombreuses décennies. Cependant, nous avons connu une période intense de mondialisation économique et financière, conduisant à l'apparition de nouveaux déséquilibres. L'architecture du système monétaire international repose sur des principes et des méthodes qui remontent à 1971 et qui n'ont pas vraiment été remis en cause. De nouvelles économies ont émergé mais le monde reste essentiellement unimonétaire", a-t-elle expliqué.

Au début de sa présidence, la France pose des questions fondamentales remettant en cause le système actuel : "Le SMI est-il toujours aussi efficace ? Est-il suffisamment protecteur en période de crise ? Faut-il de nouveaux instruments multilatéraux pour répondre aux crises de liquidité engendrées par les entrées et sorties massives de capitaux ?"

Felipe Larrain pour sa part a souligné le rôle grandissant que les pays émergents comptent jouer dans le système financier. Citant l'exemple du déclin rapide de la livre Sterling dans les années 60 et 70 en tant que monnaie de réserve, il a suggéré qu'un ajustement rapide des monnaies de réserve soit possible, voire même souhaitable pour l'équilibre du système économique mondial.

L'avis du britannique Lord Adair Turner, président de l'Autorité des Services financiers au Royaume-Uni, était plus mitigé quant à la nécessité de réformer le système monétaire international ou de remettre en cause le monopole du dollar en tant que monnaie de réserve. Pour lui, la crise actuelle n'est pas une crise du système monétaire international  mais une crise des banques privées due à la multiplication d'instruments financiers compliqués. Les problèmes européens sont propres à l'Europe, a-t-il affirmé. Lord Turner a encouragé la France à adopter "une attitude pragmatique, empirique et non-idéologique sur ces questions".

Pour Joseph Stiglitz au contraire, le système international de réserves ne peut être dépendant d'une seule monnaie et le système actuel basé sur le dollar a contribué à la crise économique. L'excès de réserves accumulées avant la crise a provoqué une baisse des taux d'intérêts qui à son tour a aggravé la spéculation immobilière.
Les droits de tirage spéciaux (DTS, SDR en anglais pour Special Drawing Rights) sont un instrument monétaire international, créé par le FMI en 1969 pour compléter les réserves officielles existantes des pays membres. Il représente une créance virtuelle sur les monnaies librement utilisables des pays membres du FMI. Il joue un rôle de réserve complémentaire. Voir la fiche de présentation du FMI.
Un système basé sur les droits de tirage spéciaux aurait plus d'effet et serait plus équitable, a-t-il suggéré. Etant donnée la difficulté de trouver un consensus mondial sur cette proposition, il prône l'établissement d'un groupe d'Etats volontaires pour lancer cette initiative. La Chine, la France et la Russie soutiendraient un nouveau système, comme celui préconisé par le rapport de l'ONU sur la réforme du système monétaire international.

Réagissant aux propos de M. Stiglitz, Jeffrey Sachs a remarqué que l'euro est déjà une alternative au dollar, mais qu'il n'y a pas d'équivalent pour l'Asie. L'émergence d'un troisième pilier monétaire asiatique pourrait aider à équilibrer le système actuel sans aller jusqu'à la création d'une nouvelle réserve internationale.

Consensus sur les causes de la crise mais pas sur les remèdes


S'ils n'étaient pas d'accord sur la question des réserves mondiales, tous les participants ont néanmoins signalé le rôle important que l'essor du crédit aux Etats-Unis ainsi que les mouvements irrationnels des flux de capitaux à court-terme avaient joué dans la crise. Les taux d'intérêt bas et les déséquilibres générés par des investissements chinois sont autant de problèmes structurels auxquels le G20 devrait s'atteler.

Lors de sa visite aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy a sondé Barack Obama sur ses positions en matière de réforme du système monétaire international. L'avis des Etats-Unis sera déterminant pour ce "nouveau Bretton Woods" souhaité par le Président Sarkozy. Il a tenu à rassurer les américains qu'il ne voulait pas détruire le dollar ou faire des propositions révolutionnaires. Cependant, au vu de la teneur des débats de ce "Nouveau Monde, nouveau capitalisme", les Américains auraient du souci à se faire.


En savoir plus :

Nouveau monde, nouveau capitalisme - site du colloque

Towards a new global reserve system - article de Joseph Stiglitz