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Elections régionales en Catalogne : quelle future coalition?

Actualité 18.12.2017

Le 21 décembre, les Catalans sont appelés à élire les nouveaux membres de leur Parlement régional, un scrutin décisif pour l'avenir de cette communauté espagnole et pour toute l'Espagne. Du côté des partis indépendantistes, Junts per Catalunya (JxCat) semble talonner Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) qui arrive juste devant selon les derniers sondages. Dans le bloc des partisans d'un pacte constitutionnel, c'est Ciudadanos (Ciutadans en catalan) qui apparaît comme le parti le plus fédérateur et pourrait remporter l'élection régionale.

Carles Puigdemont, Oriol Junqueras et Inés Arrimadas

Carles Puigdemont, Oriol Junqueras et Inés Arrimadas

Le "procés", point de clivage

Le 27 octobre pendant que le parlement catalan votait l'indépendance de la province, le Sénat espagnol validait l'activation de l'article 155 de la constitution. Permettant ainsi au gouvernement central de prendre le contrôle de la région. Grâce à ces pouvoirs spéciaux, le chef du gouvernement Mariano Rajoy a pu le jour-même dissoudre le Parlement de Catalogne et organiser des élections anticipées le 21 décembre.

Catalogne : manifestation massive des anti-indépendantistes

Dates clés :

  • 1er octobre : référendum d'autodétermination
  • 27 octobre : destitution du gouvernement catalan, dissolution du Parlement régional et convocation d'élections régionales anticipées
  • 3 novembre : l'Espagne lance un mandat d'arrêt européen contre Carles Puigdemont et quatre de ses ministres repliés en Belgique
  • 5 décembre : La justice espagnole retire son mandat d'arrêt européen
  • 5 décembre – 19 décembre : campagne électorale
  • 21 décembre : journée électorale

Principal enjeu de ces élections : l'avenir de la Catalogne au sein de l'Etat espagnol. Jusqu’à l’activation de l’article 155, c'était le statut d'autonomie de la Catalogne de 2006 qui définissait le cadre institutionnel de la province et ses rapports à l'Etat central. Par ailleurs, le "procés" (processus d'indépendantisation de la Catalogne) a fortement polarisé la société catalane, et la majorité aura la lourde tâche de ne pas accentuer, voire d’atténuer cette fracture.

Sans surprise les partis indépendantistes n'ont pas renoncé à la constitution de la "République catalane", mais les deux principaux, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) et Junts per Catalunya (JxCat), semblent privilégier le dialogue avec Madrid. Les anticapitalistes radicaux de la Candidatura d'Unitat Popular (CUP) prônent, quant à eux, la voie unilatérale se basant sur le référendum du 1er octobre et sur la déclaration d'indépendance du 27 octobre. En Comú Podem, parti de gauche radical affilié au niveau national à Unidos Podemos, est en faveur d'un référendum négocié avec l'Etat. Le Parti socialiste catalan (PSC) est quant à lui contre un référendum mais veut négocier une plus grande autonomie pour la province espagnole. Ciutadans (C's), parti de centre-droit, propose simplement une renégociation du financement de l'autonomie et des investissements publics, mais cela dans le cadre du débat national sur ces questions. Enfin, le Partido Popular veut rester dans le cadre du statut d'autonomie de la Catalogne.

Référendum en Catalogne : aux origines de l'indépendantisme

Trois principaux partis en compétition

Esquerra Republicana de Catalunya : La tête de liste du parti indépendantiste de centre gauche est l'ancien vice-président du gouvernement catalan, encore emprisonné de manière préventive, Oriol Junqueras. En cas de victoire aux élections, ERC veut récupérer l'autogouvernement catalan et mettre en place un processus constitutif de la république.

Clip de campagne de Esquerra Republicana de Catalunya

Junts per Catalunya : C'est une liste construite autour de Carles Puigdemont, président de la Generalité destitué et en exil. Cette candidature vise à récupérer l'autonomie de la Catalogne et à la libération des "prisonniers politiques", dont le second de liste est le dirigeant de l'Assemblée nationale catalane Jordi Sànchez. Il est aussi question de mettre en place un dialogue avec l'Etat central pour mener la Catalogne vers l'indépendance.

Clip de campagne de Junts per Catalunya

Ciutadans : Le parti centriste, qui porte la candidature d'Inés Arrimadas, se veut le principal parti d'opposition à l'indépendantisme. C's veut mettre fin au "procés" et supprimer les différentes institutions mises en place par les précédents gouvernements sécessionnistes, qui sont accusées de faire de la propagande indépendantiste.

Clip de campagne de Ciutadans

Une issue incertaine

D'après un sondage mené entre le 30 novembre et le 7 décembre par Celeste-Tel, ERC et C's seraient au coude à coude, avec respectivement 33 et 30 sièges au Parlement. JxCat arriverait troisième avec 25 députés tandis que le PSC en obtiendrait 22. La CUP, En Comú Podem et le PP se contenteraient de moins de 10 sièges chacun. Cette configuration des élections du 21 décembre semble se confirmer selon d'autres sondages.

Une coalition indépendantiste ou constitutionaliste n'obtiendrait donc pas de majorité absolue. En effet, le Parlement catalan compte 135 sièges, une majorité de 68 députés est donc nécessaire pour former un gouvernement. Or, ni une coalition des partis sécessionnistes (ERC, JxCat et CUP) ni une coalition contre l'indépendance (C's, PP et PSC) ne pourrait réunir une majorité absolue. La liste de gauche radicale En Comú Podem pourrait donc faire office de juge de paix. Toutefois, son chef Xavier Domènech a suggéré une coalition différente, celle-ci réunissant les forces de gauche (ERC, PSC, En Comú Podem et la CUP).

La plus part des sondages soulignent que ces élections autonomiques pourraient connaitre un taux de participation record, se situant entre 80% et 90%. Le record en Catalogne est de 80,7% lors des élections législatives espagnoles de 1982. Pour les élections régionales le record date de 2015 et s'élève à 77,5%, alors que le taux de participation avait été de 60% en 2010.

Une campagne qui se joue aussi au "cœur de l'Europe"

La campagne électorale se joue aussi à Bruxelles. Carles Puigdemont, qui s'y est exilé, affirme avoir choisi la capitale de l'Union européenne pour "placer le problème de la Catalogne au cœur de l'Europe". Depuis, c'est en Belgique qu'il reçoit la visite de responsables indépendantistes et qu'il communique pour faire campagne.

Les constitutionalistes ne sont pas en reste : Inés Arrimadas s'est rendue à Bruxelles les 22 et 23 novembre à l'invitation des libéraux-démocrates européens.

Par ailleurs, la capitale européenne est devenue un lieu de manifestation pour la société civile. Ainsi, près de 1000 personnes ont manifesté le 6 décembre devant le Parlement européen en faveur de l'unité de l'Espagne. Côté indépendantiste, ils étaient 45 000 le lendemain à défiler dans les rues de Bruxelles, afin de montrer leur soutien à Carles Puigdemont mais aussi d'attirer l'attention des instances européennes sur leurs revendications.