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Alain Juppé : de la Gironde au Quai d'Orsay, retour sur un parcours politique

Actualité 02.03.2011

Alain Juppé est un homme politique français, né en 1945 à Mont-de-Marsan. Il a à son actif une grande carrière politique marquée par son ancrage à la Mairie de Bordeaux. Mais il a occupé également les postes de Premier ministre et de ministre (du Budget, des Affaires étrangères, de l'Ecologie, de la Défense). Il a également exercé les fonctions de député, dans l'hémicycle de Paris mais aussi celui de Strasbourg. Il est l'un des derniers représentants du courant gaulliste dans la droite française même s'il ne s'inscrit pas dans sa tradition souverainiste. Il occupe depuis le 27 février le Quai d'Orsay, confirmant son retour dans les plus hautes sphères de l'Etat français.

Origines et études

Alain Juppé est le fils du gaulliste Robert Juppé, exploitant agricole, et de Marie Darroze (1910-2004) issue d’une famille landaise.

Après des études secondaires au lycée Victor-Duruy à Mont-de-Marsan dans les Landes, où il s'illustre en grec puis en  latin, il obtient son baccalauréat en 1962 à l’âge de 17 ans. Il entre dès lors en classe préparatoire Hypokhâgne et Khâgne au lycée Louis-le-Grand à Paris, et intègre, en 1964, l’École Normale Supérieure. Il obtient par la suite l’agrégation de lettres classiques (1967) et étudie à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris en 1968, puis à l’École nationale d’administration de 1970 à 1972.

Une rapide ascension politique

Suite à plusieurs occupations de postes régaliens (inspecteur des Finances, chargé de mission au cabinet du Premier ministre Jacques Chirac en 1976, Conseiller technique au cabinet du ministre à la Coopération de 1976 à 1978), il se lance dans la politique régionale en Aquitaine en se présentant aux élections législatives de Mont-de-Marsan en 1978. Une fois institué délégué national aux études du Rassemblement Pour la République (RPR) il confirme son ancrage régional en devenant en 1979, président de la Fédération Départementale du RPR des Landes jusqu'en 1984.

Après son passage à la Direction des Finances et des Affaires économiques de la ville de Paris (1980-1981) puis en poste au service de l'Inspection générale des Finances (1983), il confirme son engagement auprès de Jacques Chirac en étant nommé Directeur Adjoint de la campagne de Monsieur Chirac pour l'élection à la Présidence de la République (1981). Confirmant son engagement au sein de la droite française, il intègre le bureau politique du RPR ainsi que la commission exécutive du RPR. Après plusieurs fonctions exercées au sein de la Mairie de Paris, il est élu député européen en 1984. Il figurait sur la liste d’alliance RPR-UDF conduite par Simone Veil. Deux ans plus tard, il siège à l’Assemblée nationale et représente Paris à la suite des élections législatives au scrutin proportionnel. Il y sera réélu à deux reprises, en 1988 et en 1993.

Un engagement en faveur du "oui" pour le traité de Maastricht

Il se remet dans l'aventure européenne en menant conjointement avec Valery Giscard d'Estaing la liste RPR-UDF aux élections européennes de 1989, qui arrive en tête. Néanmoins Alain Juppé ne reste cette fois député que quelques mois, démissionnant dès le 15 octobre 1989 pour se consacrer à son mandat de parlementaire français.

Mais son engagement européen prend tout son sens lors de sa prise de position en faveur du oui pour le traité de Maastricht. Il s'oppose par là au courant politique du gaullisme social incarné par Charles Pasqua et Philippe Séguin. Fidèle à la tradition gaulliste et attaché à l'implication de l'État dans le domaine social, ils estimaient que le traité européen représentait une menace pour l'indépendance de la France. Le 5 mai 1992, il prononce un discours remarqué à l'Assemblée nationale, dans lequel il pourfend la "logique" fédérale du traité et réclame un référendum. Le président François Mitterrand lui donne satisfaction le 3 juin suivant. Le 3 septembre 1992, ce dernier accepte un débat télévisé avec celui qui est considéré comme le leader du "non", au grand amphithéâtre de la Sorbonne. Paradoxalement, Alain Juppé est du côté de François Mitterrand, et plaide en faveur du oui à Maastricht, en faveur de l'approfondissement du marché commun et du versant politique de l'union européenne.

Retour à la scène politique nationale et municipale

Il revient à la politique nationale dès la deuxième cohabitation en mars 1993, lorsqu'il devient ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Balladur. Il gère durant son mandat plusieurs dossiers difficiles comme la tragédie rwandaise et la délicate opération Turquoise. Il s'engage également dans le processus d'Oslo pour la paix israélo-palestinienne, en présidant notamment les conférences qui aboutissent aux signatures à Paris de deux accords sur les futures relations économiques entre Israël et l'OLP, les 9 mars et 29 avril 1994. De l'avis d'un grand nombre, le passage d'Alain Juppé au Quai d'Orsay fut jugé comme positif, est vu comme une période assez faste dans l'histoire de la diplomatie française récente.

Suite à la déclaration de la candidature présidentielle de Jacques Chirac, il est nommé Premier ministre en mai 1995 et conserve la présidence du RPR. Il le sera jusqu'aux législatives de 1997, mais son mandat sera marqué par les oppositions massives au "plan Juppé", qui était destiné à réformer la Sécurité Sociale. Il quitte le poste de Premier ministre, suite à la défaite de la droite française aux législatives de 1997.

Il se consacre néanmoins à la ville de Bordeaux où il s'emploie à la moderniser et à mettre en valeur son patrimoine, dont plusieurs monuments seront reconnus comme patrimoine de l'humanité par l'UNESCO. Déjà maire de Bordeaux en 1995, il est réélu une nouvelle fois en 2001

Sa traversée du désert, et son retour en force dans le IVe gouvernement Fillon

Au plan national, il est réélu député le 16 juin 2002 dans la IIe circonscription de la Gironde et contribue la même année à la fondation de l'UMP et en deviendra le président après une élection organisée en octobre de cette même année. Mais c'est la déclaration de son inéligibilité en 2004 (suite à l'affaire des emplois fictifs alors qu'il occupe ses fonctions à la Mairie de Paris entre 1983 et 1985) le force à quitter ses fonctions parlementaires municipales et partisanes. 

Il part alors enseigner au Québec, jusqu'à ce que sa sanction soit levée, puis récupère le poste de maire de Bordeaux en 2006, remportant les élections dès le premier tour le 8 octobre. Soutenant Nicolas Sarkozy, il sera nommé ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durable, au sein du gouvernement Fillon, mais il perd les élections législatives du 17 juin 2007 dans la IIe circonscription de la Gironde, et présente dans la foulée sa démission au gouvernement Fillon le 18 juin 2008.

Le 9 mars 2008, il est réélu, au bout d'une campagne de deux mois, dès le premier tour à la mairie de Bordeaux. Ministre de la défense dans le gouvernement Fillon III le 14 décembre 2010, c'est lors du 4e remanient du 27 février 2011 qu'il accède de nouveau au poste de ministre des Affaires étrangères. Il succède ainsi à Michèle Alliot- Marie, et hérite d'une situation difficile pour la diplomatie française qui doit se positionner plus clairement face aux révolutions citoyennes aux Proche et Moyen-Orient.