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[Revue de presse] Chypre du Nord : des élections sous surveillance turque

Revue de presse 12.10.2020

Dimanche 11 octobre, les habitants du nord de l'île de Chypre se sont rendus aux urnes pour élire leur président. Proclamée en 1983, la République turque de Chypre du Nord, représentant environ un tiers de l'île, n'est reconnue que par son proche allié turc. Un scrutin encore indécis avant le second tour, mais sur lequel Ankara exerce son influence au grand dam de ses voisins européens.

L'ombre d'Ankara a plané sur l'élection présidentielle du 11 octobre, dans la partie turque de Chypre, tout comme dans les rues du nord de Nicosie

L'ombre d'Ankara a plané sur l'élection présidentielle du 11 octobre, dans la partie turque de Chypre, tout comme dans les rues du nord de Nicosie - Crédits : Juan Alberto Casado / iStock

"Les habitants de la République turque de Chypre-Nord (RTCN), autoproclamée et reconnue par la seule Turquie, étaient appelés à voter dimanche pour élire leur dirigeant", rapportent Les Echos. "Etablie sur le tiers nord de l'île", la zone est occupée militairement par la Turquie depuis 1974 "en réaction à un coup d'Etat [qui visait à] rattacher Chypre à la Grèce". Avec 58 % de votants parmi les 199 000 électeurs inscrits "contre 62 % en 2015", la participation était en baisse, note Le Point.

L'actuel Premier ministre Ersin Tatar est arrivé en tête du premier tour. "Ouvertement soutenu par Ankara, il milite pour la fin des négociations de réunification". "La RTCN et son peuple forment un Etat […] Nous méritons de vivre sur la base d'une souveraineté égale", a-t-il ainsi déclaré à l'issue des résultats [Les Echos]. Le président sortant de centre-gauche Mustafa Akinci obtient quant à lui la deuxième place avec 29 % des voix [Le Point].

"En froid avec le chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan", ce dernier s'est déclaré "préoccupé par la santé des Chypriotes turcs en raison de la pandémie mais aussi par la 'santé de la politique' en RTCN", évoquant ainsi "'l'intervention de la Turquie' dans l'élection" [Le Monde]. Il serait toutefois "sur le papier (…), en meilleure position que son principal adversaire pour l'emporter au second tour" [Les Echos]. Crédité de plus de 21 % des voix, le troisième homme de ce scrutin, Turfan Erhurman, partage avec lui une orientation sociale-démocrate et la volonté de "réunifi[er] l’île méditerranéenne divisée sous la forme d’un Etat fédéral", constate Le Monde.

L'élection bouleversée par la Turquie

L'élection, qui "serait passée inaperçue" dans d'autres circonstances, a été "bouleversée par le jeu politique turc", écrit La Croix. Le scrutin s'est tout d'abord déroulé "sur fond de tensions en Méditerranée orientale autour de l'exploitation d'hydrocarbures entre Ankara et Athènes, principal allié de la République de Chypre qui exerce son autorité sur les deux tiers sud de l'île et est membre de l'Union européenne", rappelle Courrier International.

Mais au-delà de cette "hausse récente des tensions […], la réouverture […] annoncée mercredi 7 octobre, de la ville fantôme de Varosha" [La Croix] laisse également penser que "la Turquie avance ses pions  dans la partie nord de Chypre", titre Le Figaro. "Dans les années 1970, on surnommait [Varosha] le Saint-Tropez de la Méditerranée, tant pour ses nuits endiablées que pour ses plages de rêves", écrit la journaliste du Figaro. Mais en 1974, à la suite d'un "coup d’État raté visant à permettre le rattachement à la Grèce", elle fut vidée de ses habitants chypriotes grecs par l'armée turque. "Après une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, personne ne put pénétrer dans cette ville, devenue le symbole de la division de Chypre", précise la correspondante à Athènes.

Or la semaine dernière, "depuis Ankara et à quelques jours d'une élection présidentielle à laquelle il se présent[ait]", le Premier ministre Ersin Tatar a annoncé unilatéralement sa réouverture [Euronews]. Une décision qui a suscité de nombreuses réactions à travers le monde. Pour le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères Josep Borrell, ces agissements constituent des "violations sérieuses" de la résolution des Nations unies [The Guardian]. "Le problème a également été soulevé dans des discussions entre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, au cours d'une vidéo-conférence jeudi matin", rapporte le Cyprus Mail. Dans tous les cas, "il s’agit d’un mauvais signe pour la réconciliation", analyse Jean Marcou, enseignant-chercheur à Sciences-Po Grenoble [La Croix].

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