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[Revue de presse] A Prague, des manifestants réclament la démission du Premier ministre, trente ans après la chute du communisme

Revue de presse 18.11.2019

A la veille du trentième anniversaire de la Révolution de velours, qui a mis fin au communisme en Tchécoslovaquie, des centaines de milliers de manifestants ont défilé samedi 16 novembre dans les rues de Prague. Ils appellent à la démission du gouvernement d'Andrej Babiš, accusé de corruption et de liens avec l'ancien régime communiste ayant dirigé le pays pendant quarante ans.

Ce n'est pas la première fois que la population manifeste à Prague contre la corruption, comme ici, lors d'une marche pour l'indépendance de la justice, le 6 mai 2019 - Crédits : Martin2035 / Wikimedia Commons CC BY 4.0

Ce n'est pas la première fois que la population manifeste à Prague contre la corruption, comme ici, lors d'une marche pour l'indépendance de la justice, le 6 mai 2019 - Crédits : Martin2035 / Wikimedia Commons CC BY 4.0

"Trente ans après la Révolution de velours, l'heure est au bilan", annonce La Dépêche du Midi. En République tchèque et en Slovaquie, le 17 novembre marque l'anniversaire du mouvement populaire qui, "en un mois et demi, [a mis] le communisme à genoux" fin 1989 après quatre décennies de dictature, indique le quotidien régional. Réunis pour célébrer la "transition pacifique", les chefs de gouvernement "hongrois, polonais et slovaque, ainsi que le président du parlement allemand Wolfgang Schäuble" ont ensemble commémoré la marche étudiante réprimée du 17 novembre [La Croix avec l'AFP]. L'événement avait été suivi d'une grève et de "la création d'un mouvement d'opposition qui avait négocié l'abandon du pouvoir par le Parti communiste", puis de l'élection en décembre en tant que président du dramaturge et dissident Václav Havel, rappelle le journal.

La population tchèque a toutefois vu en cet anniversaire historique une occasion de manifester son mécontentement à l'égard de la classe politique au pouvoir aujourd'hui. "Plus de 200 000 Tchèques, selon les chiffres de la police, ont investi samedi 16 novembre le centre de Prague pour demander le départ du Premier ministre", rapporte Le Monde avec l'AFP. Et en un lieu bien choisi : le Letná Park, "lieu de rassemblement des manifestants de 1989" [La Dépêche].

Un mouvement anti-corruption et pro-démocratie

"Cette fois, il ne s'agissait pas de renverser le régime totalitaire (…) mais de 'protéger la démocratie', comme l'ont scandé de nombreux jeunes protestataires, contre le gouvernement populiste en place", expliquent Les Echos. Les manifestants étaient ce samedi 16 novembre réunis sous les couleurs du mouvement "Un million de moments pour la démocratie", organisateur de la précédente manifestation qui avait déjà réuni 250 000 personnes en juin "pour demander à M. Babiš de se retirer, lors de la plus grande manifestation jamais organisée depuis la Révolution de velours", rappelle Le Monde.

[Revue de presse] Le Premier ministre tchèque Andrej Babiš face à la contestation populaire

Le Premier ministre Andrej Babiš "a pris ses fonctions en 2017 après la victoire électorale de sa formation populiste ANO promettant la lutte contre la corruption en République tchèque" [La Croix]. Ironiquement, c'est justement de corruption qu'il est aujourd'hui accusé, en étant "poursuivi en justice dans le cadre d’une affaire de détournement supposé de fonds européens" au profit de l'une de ses sociétés [Courrier International]. Or "s'il a assuré s'être détaché juridiquement de son ex-empire industriel", et si "le procureur [a fini par classer] sans suite la plainte de la police" en septembre, comme le font savoir Les Echos, le milliardaire "est toujours dans le viseur de la Commission européenne", note Courrier International. En effet, son blanchiment par la justice nationale intervient après un limogeage du ministre de la Justice, alimentant les soupçons de corruption. "Les manifestants tchèques veulent [ainsi] s'assurer qu'aucune pression politique ne soit exercée sur le fonctionnement indépendant de la justice", explique Jacques Rupnik, chercheur au Centre de recherches internationales (Ceri) à Sciences Po et ancien conseiller de Václav Havel [France 24].

Les cicatrices du communisme

Au-delà de la dénonciation des affaires de corruption, le mouvement "exprime une frustration vis-à-vis de la classe politique, vis-à-vis d'un gouvernement qui fonctionne avec l'appui tacite des communistes ou du parti national-populiste xénophobe SPO", poursuit Jacques Rupnik.

Un autre point important soulevé par les manifestants concerne le passé communiste du chef du gouvernement. Si ce dernier a déclaré "ne pas [en être] fier" [La Croix], son identification "comme agent dans des dossiers secrets de la police communiste des années 1980" alimente le ressentiment envers "les responsables politiques enracinés dans l'époque communiste", qui rejoignent souvent des formations politiques populistes, lit-on dans le quotidien. Parmi eux, Andrej Babiš, mais aussi le président Miloš Zeman dont certains manifestants dénoncent "les connivences avec la Russie et la Chine" [RFI].

Ainsi, à l'exception de certains dissidents des années 1980 qui se sont ralliés à la contestation, comme le rapporte RFI, "les héritiers de la Révolution de velours ont fait fonctionner une démocratie formelle et une économie libérale, mais ils n'ont pas perpétué les valeurs morales de la dissidence au communisme", analyse pour Les Echos Christian Lequesne, professeur à Sciences Po. La jeune génération de Tchèques, "davantage connectée aux standards démocratiques européens que leurs aînés et désireuse de les voir appliquer", conteste cette "vieille garde postcommuniste" : "80 % des personnes présentes [à la manifestation] sont des jeunes, qui sont ou seront bientôt en âge de voter", souligne Jirí Pehe, analyste politique et directeur du centre de recherche de la New York University à Prague [La Dépêche du Midi].

Pas de révolution cette fois-ci

Malgré l'importance du mouvement du 16 novembre 2019, "cela ne signifie pas pour autant qu’il se soit rapproché de la chute de la clique actuellement au pouvoir, et plus particulièrement de son chef Andrej Babiš", selon le site tchèque echo24.cz [Courrier International]. En effet, le parti du Premier ministre "figure régulièrement en tête des sondages, avec une très nette avance sur les différents partis d’une opposition (…) qui reste très divisée", comme l'indique le site de la Radio tchèque, média également mentionné par Courrier international. "Son gouvernement minoritaire qui distribue des augmentations aux retraités et aux fonctionnaires conserve le soutien des sociaux-démocrates, des communistes et celui, essentiel, du président de la République Miloš Zeman", ajoutent Les Echos.

Néanmoins, la contestation de ce "populisme de type entrepreneurial" le confronte à "ses limites", commente Jacques Rupnik, cité par le quotidien. Sans espérer de renversement du pouvoir, les leaders du mouvement cherchent à "changer la façon de penser dans [la] société" et "montrer qu'il y a des gens qui sont prêts à défendre la démocratie si ses principes ne sont pas respectés", explique La Dépêche du Midi.

Andrej Babiš, qui a "réagi ironiquement" en trouvant "'formidable que [trente ans après la chute du régime communiste] les gens puissent exprimer leur opinion librement" [Courrier International], se trouve toutefois contraint, "chaque 17 novembre, de venir le plus discrètement possible déposer des fleurs devant le monument dédié à cette révolution, sous peine de se faire conspuer par la foule", conclut RFI.

 

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