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Nouveau naufrage de migrants en Méditerranée : l'Europe face à ses responsabilités

Revue de presse 20.04.2015

Dans la nuit de samedi à dimanche, un nouveau navire transportant des réfugiés depuis la Libye a chaviré au large des côtes italiennes. Si le nombre de personnes disparues reste encore inconnu, le chiffre de 700 morts est régulièrement avancé. De quoi relancer le débat récurrent sur la politique européenne d'immigration et les faiblesses du programme Triton.

Migrants à Lampedusa

L'ensemble de la presse française relaie le naufrage d'un nouveau navire de réfugiés en Méditerranée ce week-end. Pour l'heure, seules 24 dépouilles ont été retrouvées et 28 personnes ont été secourues. Au total, d'après les témoignages des survivants, l'embarcation contenait entre 700 et 950 personnes, relate l'Express. La semaine précédente, 400 personnes avaient déjà trouvé la mort dans pareilles circonstances, rappelle Slate, qui propose de nombreuses données chiffrées sur l'immigration.

Naturellement, ce nouveau drame relance le débat sur les faiblesses de la politique européenne relative à l'immigration et l'asile. Comme l'expliquent Les Echos, le programme européen Triton est constamment critiqué. Remplaçant l'opération italienne Mare Nostrum, son spectre d'action est nettement plus réduit et ne couvre que 55 kilomètres au large des côtes européennes. Une action insuffisante selon de nombreux experts, dont l'organisation Amnesty International, interrogée par le Figaro.

Le quotidien, qui consacre plusieurs articles à cette tragédie, relate les propos du Premier ministre italien Matteo Renzi, selon qui l'Europe n'occupe pas toute sa place pour réguler l'immigration. "On ne parle pas de choses banales, mais bien de vies humaines", a-t-il déclaré. "Si on ne parvient pas à régler le problème à la racine, on ne réussira jamais à le régler".

Quant à Alexis Tsipras, ce dernier, également confronté à l'arrivée massive de réfugiés, "exhorte les gouvernements des Etats membres de l'UE à définir immédiatement un plan cohérent face à la crise humanitaire à laquelle nous sommes confrontés".

Dimanche après-midi, un conseil des ministres d'urgence a été convoqué en Italie, tandis que Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne a quant à elle convié les ministres européens des Affaires étrangères à se réunir aujourd'hui à Luxembourg. "Nous avons dit trop souvent plus jamais ça. Il est temps désormais pour l'Union européenne en tant que telle de faire face sans délai à ces tragédies", a-t-elle martelé [Les Echos].

D'ici au mois de juillet, Donald Tusk, président du Conseil européen, qui consulte à l'heure actuelle les différents chefs d'Etat et de gouvernement, devrait convoquer un sommet exceptionnel consacré à l'immigration.

D'autant que la pression migratoire risque fort de considérablement se renforcer au cours des prochains mois. Le chiffre de 500 000 nouveaux migrants est régulièrement avancé dans la presse. De fait, comme le relate un reportage paru dans Le Monde, la Libye est une véritable "bombe migratoire au sud de l'Europe". Les réfugiés, fuyant la misère de certains pays d'Afrique ou la violence d'Etats arabes en guerre ou en prise avec l'Etat islamique, n'ont "rien à perdre" à oser la périlleuse traversée.

Outre la faiblesse du programme Triton, est régulièrement évoquée l'incapacité de l'Europe et du monde à contribuer à la stabilisation politique des pays au sud du pourtour méditerranéen. "L'Europe, avec ses Etats, doit engager un effort massif de développement économique et social des pays qui l'entourent et en faveur de leur stabilisation", estime ainsi Maxime Tandonnet, ancien conseiller à l'Elysée sur l'immigration, interviewé par le Figaro. "La coopération est la clé de voûte de toute action en profondeur".

Dans Libération, l'historien Patrick Weil, propose une analyse comparable, tout en insistant sur le fait que la réponse à ce problème doit être mondiale. "Il faut aujourd'hui, et c'est le rôle de l'Europe, ou de la France, prendre l'initiative de convoquer une conférence internationale afin que chaque région du monde prenne ses responsabilités et que les Etats qui sont intervenus dans la région depuis quinze ans soient engagés dans la gestion de la crise humanitaire", a-t-il déclaré.

Ainsi les premières réactions à cette nouvelle tragédie ont été, dans une très large mesure, consensuelles. Seul Matteo Salvini, le leader de la Ligue du Nord, parti d'extrême droite italien, a exprimé une voix divergente, appelant à la constitution d'un "blocus naval international" pour stopper l'afflux de migrants en Italie [Les Echos]. De la même manière, The Sun, tabloïd britannique, a défrayé la chronique en comparant les réfugiés à des "cafards", qui transforment les villes anglaises en "plaies putrides", suscitant logiquement une importante vague d'indignation au Royaume-Uni [Libération].

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