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Migrations et jeunesse au cœur du sommet UE-Afrique à Abidjan

Revue de presse 29.11.2017

Le 5ème sommet Union européenne – Union africaine (UA) s'ouvre ce mercredi 29 novembre pour deux jours de discussions entre 83 chefs d'État ou de gouvernement, à Abidjan (Côte d'Ivoire). Au cœur des débats : l'avenir de la jeunesse africaine. Mais également les questions migratoires et de sécurité. 

Federica Mogherini le 27 novembre 2017 à Abidjan

Federica Mogherini le 27 novembre 2017 à Abidjan - Crédits : Commission européenne

Une bombe démographique

Cette année, les chefs d'État ou de gouvernement des 28 États membres ainsi que ceux des 55 pays africains - tous membres de l'Union africaine, depuis que le Maroc l'a récemment réintégrée [Jeune Afrique] - seront rassemblés à Abidjan pour "discuter de comment booster les relations entre le Nord et de Sud" [Politico]. Tous les trois ans depuis 2000, les représentants des États membres de l'Union européenne et de l'Union africaine mènent des "discussions (…) au niveau continental", rappelle RFI.

"Investir dans la jeunesse pour un avenir durable" est le thème du sommet. Car l'Afrique est le continent le plus jeune de la planète : "60% de la population a moins de 25 ans", pour "un âge moyen de 19 ans et demi", rappelle la BBC. Par ailleurs, selon l'Union africaine, "plus de 30% de cette jeunesse est sans emploi", poursuit le média britannique.

Autrement dit, c'est "18 millions d'emplois par an" qui seront nécessaires, selon Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et Moussa Faki, le président tchadien de la Commission de l'UA dans une tribune commune publiée par Le Monde. Pour le président de la République de Guinée, Alpha Condé, qui est également président de l'UA, le continent est "confronté à une bombe démographique", explique RFI.

Sommet Afrique-UE : vers un nouveau partenariat entre les deux continents ?

La jeunesse : un thème "de l'ordre du symbolique"

Comment l'UE prévoit-elle d'agir pour "donner un meilleur avenir à la jeunesse africaine", s'interroge donc L'Express ? Jean-Claude Juncker et Moussa Faki semblent avoir des réponses : "d’ici à 2020, la Commission [européenne] consacrera 31 milliards d’euros à l’aide au développement", tout en répétant que le sort des deux continents est intimement lié. L'UE est le premier partenaire économique de l'Afrique : 33% des investissements étrangers en Afrique proviennent d'UE ; et les Vingt-Huit concentrent aussi 41% des exportations et 33% des importations africaines, rappelle Jeune Afrique.

Par conséquent, les Européens souhaitent également mettre en œuvre des "partenariats" et prônent "l’amélioration du climat des affaires, une augmentation des investissements et des prêts ou encore une aide au développement des énergies renouvelables", selon Le Monde. Emmanuel Macron, qui s'est adressé le 28 novembre à 800 étudiants de l'université de Ouagadougou (Burkina-Faso) a pour sa part promis de "porter à 0,55 % du revenu national brut l’aide publique au développement" française, selon un autre article du quotidien.

Cependant, la jeunesse est un thème "suffisamment large pour rester 'de l’ordre du symbolique'", craint déjà le représentant d’une ONG cité par Jeune Afrique. D'ailleurs, des organisations représentant la jeunesse ne seront finalement pas autorisées à s'exprimer durant le sommet, rapporte Politico. "Comme si l’essentiel était surtout d’éviter les sujets qui fâchent entre deux institutions bousculées en interne" : l'UE par le Brexit et l'UA par les différends en son sein, poursuit Jeune Afrique.

Migration et sécurité

Les Européens ne pourront toutefois pas échapper à la question de l'immigration africaine vers l'Europe, mis à l'ordre du jour du sommet par le président du Niger Mahamadou Issoufou suite au "scandale international de la vente de migrants africains comme esclaves en Libye", rappelle L'Express. De son côté, Moussa Faki a demandé "des mesures urgentes et coordonnées entre les autorités libyennes, de l'UA, de l'UE et des Nations unies" [BBC] pour mettre fin à ces cas d'esclavage et de traite d'êtres humains.

La politique d’immigration de l’UE : externaliser la crise ?

Une déclaration qui traite "spécifiquement" de la situation des migrants en Libye et qui "demande l'ouverture sans délai d'une enquête minutieuse, crédible et indépendante sur les ventes présumées de migrants africains", devrait être signée par les dirigeants de l'UE et de l'UA, selon Politico qui a eu accès à des brouillons de conclusions. Angela Merkel, qui sera également présente au sommet, et Emmanuel Macron plaident pour "la conclusion d’accords" permettant de lutter "contre les causes de la migration", selon le correspondant de RFI à Berlin.

Le président français a également un autre objectif en tête : "obtenir que les Européens, mais aussi les Africains, s’engagent à soutenir le projet de coopération G5 Sahel" [Le Monde]. Cinq pays africains cherchent à construire une force anti-djihadiste dans cette région. Cependant, "seule la moitié du budget de cette force a été réunie, bien qu'il ait été divisé par deux, à 240 millions d'euros. L'UE en a promis 50", selon L'Express.

Un partenariat d'égal à égal ?

Dans ce contexte, la haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères Frederica Mogherini espère voir émerger un "partenariat d'égal à égal, dégagé de la relation donateur-récipiendaire désormais dépassée", relate RFI. Cependant, pour Elissa Jobson, spécialiste de l'UE à International Crisis Group, citée par Jeune Afrique, "l’intégration africaine n’est pas assez avancée pour que l’UA puisse vraiment peser sur les négociations". Par conséquent, tant que le continent restera dépendant de financements européens, "l’idée d’un partenariat d’égal à égal reste une vue de l’esprit".

Peut-être ce sommet sera-t-il toutefois plus prometteur que prévu. L'eurodéputée Cécile Kyenge, ancienne ministre italienne pour l’Intégration et originaire du Congo, explique que "l’arrivée de la Chine sur le continent ressemble à un avertissement pour l’UE, qui doit vite sortir du paternalisme pour entrer dans une nouvelle démarche" [Jeune Afrique]. De même, la crise migratoire fait dire aux diplomates européens "que l'Europe ne peut plus ignorer l'Afrique comme auparavant" : à présent les initiatives en Afrique ne naissent plus de la volonté politique mais de la nécessité [Politico].