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L'Autriche vote un "état d'urgence migratoire" et restreint le droit d'asile

Revue de presse 28.04.2016

Moins d'une semaine après le premier tour de l'élection présidentielle autrichienne, qui a vu le candidat d'extrême droite Norbert Hofer arriver en tête des votes, le gouvernement de grande coalition vient de faire voter au Parlement une loi dite "d'état d'urgence migratoire". Ce texte représente une des lois les plus strictes d'Europe en matière de droit d'asile et il rend possible - sur une durée limitée - la fermeture totale des frontières aux migrants. Le gouvernement se justifie alors que les condamnations internationales se multiplient.

Parlement Autriche

Le droit d'asile fortement limité

Une loi parmi "les plus restrictive d'Europe", "qui n'a d'équivalent qu'en Hongrie" annonce Le Point, et qui va "stupéfier Bruxelles" selon Le Monde. Le texte adopté par les parlementaires autrichiens comporte en effet deux volets qui marquent un virage à droite toute de la part du gouvernement de coalition composé des sociaux-démocrates et des conservateurs, au pouvoir depuis 2008. Les deux partis viennent en outre de se prendre une gifle électorale dimanche dernier lors du premier tour de l'élection présidentielle, leurs candidats respectifs ne récoltant que 11% des voix chacun face au raz de marée de l'extrême droite, arrivée en tête avec 35%.

Que contient cette loi à la portée inédite ? Tout d'abord la possibilité d'avoir recourt à un "état d'urgence" migratoire qui pourra être mis en place pour une durée de deux ans, explique Le Point. "Sous ce régime, mis en œuvre si les services de l'Etat sont jugés dépassés, tous les demandeurs d'asile, y compris les Syriens et les Irakiens, seront refoulés aux frontières, à moins de prouver qu'ils sont persécutés par le pays d'où ils arrivent, par exemple l'Italie".

Cette mesure vise en effet à anticiper "une possible arrivée massive l’été prochain de réfugiés en provenance d’Italie", maintenant que la route des Balkans est fermée. "C’est cette dernière disposition qui choque le plus, car elle est très clairement destinée à faire pression sur l’Italie, accusée par Vienne de ne pas contrôler efficacement ses frontières extérieures, et surtout, de laisser beaucoup de migrants continuer leur route vers le nord, sans les enregistrer" [Le Monde].

Les permis de séjour accordés aux réfugiés seront limités à trois ans. "Au bout de trois ans, la situation dans leur pays d’origine sera examinée. Si la guerre y est finie, ils devront rentrer chez eux" [Le Monde]. De plus, l'Autriche met un coup de frein au regroupement familial afin de décourager les jeunes hommes afghans, qui représentent les réfugiés les plus nombreux arrivés dans le pays.

90 000 réfugiés installés en Autriche en 2015

"En 2015, des centaines de milliers de réfugiés ont transité par l'Autriche et 90 000 d'entre eux s'y sont installés, représentant plus d'1% de la population totale" rappelle Le Figaro.

C'est donc la réponse d'un gouvernement autrichien exaspéré, qui a déjà reçu 18 000 demandes d'asile depuis le 1er janvier. Depuis le début de la crise des réfugiés, le pays a "dépensé des millions d’euros pour lutter contre les réseaux de passeurs, pesé de tout son poids pour dévier les flux migratoires et [il] subit par ricochet sans broncher depuis six mois la politique du 'zéro réfugié' ouvertement xénophobe de ses voisins d’Europe centrale" [Le Monde].

Pas question donc d'atteindre les mêmes chiffres que l'année dernière. Le gouvernement a annoncé qu'en 2016, le pays n'accueillerait que 37 500 personnes, "arguant du fait qu’il s’agit d’un chiffre généreux, encore supérieur à la moyenne des efforts consentis par les autres pays européens".

Par ailleurs des contrôles renforcés seront installés à la frontière austro-italienne, en particulier le col du Brenner où "une barrière de 370 mètres" sera mise en en place. "Le trafic routier sera entravé. Les trains s’arrêteront à la frontière, afin de permettre aux forces de l’ordre de réclamer des pièces d’identité". Ce blocage au sein de l'espace Schengen est financé à grand frais par l'Autriche, qui a d'ores et déjà annoncé une rallonge de 1,3 milliard d'euros pour son armée et 1,1 milliard d'euros pour le ministère de l'Intérieur.

L'opposition écologiste s'inquiète, le HCR condamne

Le gouvernement se justifie et rejette la faute sur ses voisins. "Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde", explique Wolfgang Sobotka, nouveau ministre de l'Intérieur. D'après lui, ce n'est "pas par plaisir" que le gouvernement en arrive à ces extrémités, "mais parce que d'autres pays ne font pas leur travail" [Le Figaro].

Le Parlement de Vienne s'est déchiré lors des débats sur ce texte, prévu de longue date. "L’extrême droite du parti FPÖ a voté contre, ce texte 'placebo' n’allant selon elle pas assez loin. Les Verts et les Libéraux (NEOS – Das Neue Österreich) lui ont emboîté le pas, pour la raison inverse" [Le Monde].

La patronne des Verts, Eva Glawischnig, a quant à elle dénoncé mardi "une suppression de facto du droit d'asile" alors que NEOS craint que la création d'un "état d'urgence ne forge des outils extrêmement tranchants, qui risquent de tomber un jour entre de mauvaises mains" en référence à la possible victoire du FPÖ à la présidentielle [Le Point].

Quatre députés du SPÖ, le parti social-démocrate du chancelier Werner Faymann, ont voté contre, accusant leur chef de vouloir "doubler le FPÖ sur sa droite". Ils parlent même d'une "orbanisation" de l'Autriche. Le Premier ministre hongrois appréciera.

L'Italie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni a dénoncé "un projet injustifié et illégal", et le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a condamné le texte, soulignant notamment que "les demandeurs d'asile, même venant de régions en guerre, n'auront plus la possibilité de bénéficier de l'asile en Autriche si l'état d'urgence est proclamé" [Le Point]. Matteo Renzi s'est également exprimé sur la mise en place des contrôles au col du Brenner : "La possibilité de fermer le Brenner va clairement contre les règles européennes, contre l'histoire, contre la logique et contre l'avenir" [The Guardian].

Romandie rapporte également la réaction de Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations unies : "De telles politiques vont à l'encontre des obligations des Etats envers le droit international, le droit humanitaire et le droit européen. Je m'alarme de la montée de la xénophobie ici (en Autriche) et ailleurs".

Et Le Monde de rappeler le passé de l'Autriche, aux antipodes de ce texte de loi, et "qui fut longtemps synonyme de terre d’asile pour les dissidents soviétiques, les juifs de l’Est persécutés ou les élites persanes et arabes".

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