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Immigration : pour Manuel Valls, les quotas ne passeront pas

Revue de presse 18.05.2015

Alors que la Commission européenne a présenté la semaine dernière son programme pour une nouvelle stratégie migratoire commune, de nombreux Etats membres se sont exprimés contre la proposition d’instaurer des quotas de migrants. Parmi les contestataires, le Premier ministre français Manuel Valls.

Manuel Valls

Samedi dernier, M. Valls s’est vivement exprimé contre les quotas migratoires suggérés par la Commission européenne : "ceci n'a jamais correspondu aux propositions françaises", cite Le Monde.

Le chef du gouvernement français estime en effet que "la France a déjà fait beaucoup : ainsi 5 000 réfugiés syriens et 4 500 irakiens ont déjà été accueillis en France depuis 2012". Pour lui, une répartition "équitable" entre les pays implique de "tenir compte des efforts déjà consentis par chacun".

Il nuance toutefois en ajoutant que "l'Europe doit avoir une politique de l'asile et la France a entrepris de réformer la sienne pour la rendre plus efficace", mais insiste surtout sur la nécessité de "créer un système européen de garde-frontières" et de "lutter sans relâche contre les filières criminelles de passeurs".

Euronews a aussi relevé les propos de Manuel Valls : "L’asile est un droit, attribué selon des critères internationaux appliqués par tous les Etats de l’Union européenne. C’est aussi pour cette raison que le nombre de ses bénéficiaires ne peut faire l’objet de quotas. On est demandeur d’asile ou on ne l’est pas, et si on ne l’est pas, on est reconduit à la frontière".

Le Figaro éclaire la position du Premier ministre en expliquant que ce dernier "souhaite que la répartition de l'accueil des migrants entre les différents pays européens se limite aux seuls demandeurs d'asile", étant donné que "la Commission européenne n'a pas, à ce stade, fait de distinction entre ces deux catégories de migrants".

Le Monde n’hésite pas à souligner les contradictions des propos tenus par le Premier ministre français : "cette dialectique est d’autant plus difficile à comprendre que l’Union européenne propose justement des quotas pour parvenir à une répartition équitable entre les pays".

Plus que de 'quotas' il s’agirait en réalité de contraindre tous les pays de l’Union européenne à accueillir des demandeurs d’asile, aujourd’hui concentrés dans quelques États seulement, ajoute La Croix.

Dans une interview pour EurActiv, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Harlem Désir affirme, lui, que la France s’oppose aux quotas "parce que le statut de réfugié relève de la souveraineté des Etats".

La France n’est pas la seule à s’être opposée au système de quotas migratoires au sein de l’Union européenne : Le Figaro et EurActiv rapportent que le Royaume-Uni refuse d’y participer et préfère renvoyer les migrants ayant traversé la Méditerranée.

Dans un entretien avec Libération, Serge Slama, maître de conférences à l'université Paris-Ouest et membre du réseau Trans Europe Experts, juge la prise de position de Manuel Valls sur les migrants "hypocrite" et motivée par des enjeux électoraux. Contrairement aux dires du Premier ministre, avance-t-il, le nombre de migrants accueillis en France par rapport à la population du pays montre que "la France ne prend […] pas assez sa part".

Un avis partagé par la députée socialiste Barbara Romagnan qui note dans une chronique de L'Humanité que la France est loin d’être la plus généreuse en matière d’accueil de migrants.

Selon Le Point, en 2014, plus de 360 000 demandes d’asiles ont été traitées dans l’UE. 185 000 ont obtenu un avis favorable et ce sont six pays qui ont "assumé l’effort" d’accueil de réfugiés : l’Allemagne, la Suède, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et les Pays-Bas.

C’est pour pallier ce déséquilibre, pour "répartir le 'fardeau' des réfugiés" [Le Figaro] au nom du "principe de solidarité" [Le Monde] que la Commission européenne a évoqué la solution des quotas.

Le Figaro explique que "d'après ce projet de quotas, les migrants seraient accueillis dans les pays européens selon des critères de répartition comme la taille du pays ou la croissance économique. Si bien que l'Allemagne, la France et l'Italie seraient les principaux foyers d'accueil", tandis que le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark pourraient être "dispensés de quotas" car ils ne participent pas à la législation commune sur l’immigration et l’asile.

De nombreux médias estiment que la France devrait alors élever son nombre de demandeurs d’asile à 14%.

Face à de telles réticences parmi les pays membres, des sources européennes qui se sont confiées au Point ont déclaré que le plan de la Commission sur la stratégie migratoire risquait d’"être massacré".

En effet, Le Figaro rappelle que "c'est aux États eux-mêmes qu'il reviendra, à travers le Conseil européen [du mois de juin], d'accepter, de rejeter ou de modifier le dispositif, après consultation du Parlement européen".

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