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Brexit : Jeremy Corbyn lance les travaillistes dans la campagne pour le maintien

Revue de presse 15.04.2016

La campagne sur le référendum sur le statut du Royaume-Uni dans l'Union européenne commence aujourd'hui. Si à droite le Parti conservateur se déchire entre les deux camps "in" et "out", on attendait encore la prise de position officielle du chef du Parti travailliste, le très à gauche Jeremy Corbyn. Mais s'il soutient sans surprise le camp du maintien dans l'UE, c'est avant tout par obligation politique plus que par conviction personnelle.

Jeremy Corbyn

Un soutien timide…

"Il était temps" écrivent en cœur Libération et Le Monde. Car même si la campagne officielle démarre aujourd'hui, cela fait plusieurs semaines que la question du référendum enflamme la scène politique et médiatique du Royaume-Uni. Jeremy Corbyn votera donc pour le maintien de son pays dans l'Union européenne le 23 juin prochain. Un discours qui pour Le Monde "tenait plus de l'exercice imposé que du franc appel à la mobilisation".

"Le Labour est très majoritairement en faveur d’un maintien [dans l’UE] parce que nous estimons que le projet européen a apporté emplois, investissement et protection aux travailleurs, aux consommateurs et à l’environnement" a déclaré le chef du Labour.

Mais comme le soulignent Les Echos, ce soutien "n'allait pas de soi". A 66 ans, Jeremy Corbyn représente une génération eurosceptique : il a voté contre l'adhésion du pays à la Communauté économique européenne (l'ex Union européenne) en 1975, et plus récemment il s'est prononcé contre Maastricht en 1992 et le traité de Lisbonne en 2008. Mais ces dernières semaines, son entourage l'a poussé à sortir de sa réserve, "histoire de mobiliser l'électorat de gauche dont une large partie pourrait s'abstenir voire céder à la tentation de punir le gouvernement lors du référendum" [L'Express].

Le leader fait donc campagne "à reculons", pour un enjeu qui le pousse à être dans le même camp que David Cameron auquel il s'oppose à peu près sur tout. Il était donc important pour lui d'appeler à une UE réformée : "L'Union européenne manque de représentation démocratique et veut imposer la dérégulation et la privatisation des services publics. L’Europe doit changer. Mais ce changement ne peut intervenir qu’en travaillant avec nos alliés au sein de l’Union européenne. Il est parfaitement possible d’être critique et en même temps de rester convaincu de la nécessité de rester membre" [RFI].

…mais un soutien quand même

Cet engagement tardif soulage au sein de la campagne du maintien. D'abord dans les rangs travaillistes, où l'on espère que la personnalité de Corbyn, "pourrait avoir un impact non négligeable sur les électeurs, notamment auprès des jeunes séduits par sa personnalité" indique Libération. Car comme l'explique le quotidien, "la différence le 23 juin se fera sans doute sur le taux de participation". En effet, "les plus âgés, souvent au-delà de 60 ans, sont à la fois les plus eurosceptiques et aussi les plus enclins à se déplacer aux urnes. Et c’est exactement l’inverse avec les jeunes".

"Ce risque d’abstention à gauche est encore renforcé dans le cas d’un scrutin sur un sujet a priori peu mobilisateur, l’Europe, qui plus est convoqué par un gouvernement de droite" rappellent Les Echos.

D'où l'intérêt pour la campagne du "in" d'avoir le soutien du travailliste.

Car David Cameron, le porte-voix de cette campagne, s'est complètement embourbé la semaine dernière dans l'affaire des "Panama papers" qui a révélé qu'il avait détenu des parts dans la société offshore de son père avant de les revendre en 2010. Cela a fait craindre à son entourage une répercussion sur les intentions de vote, avec des électeurs de gauche qui pourraient être tentés de sanctionner le Premier ministre à l'initiative du référendum à cause de son passé fiscal.

"Même s’ils sont favorables à l’UE, certains électeurs de gauche pourraient voter avec les pieds pour sanctionner David Cameron" explique un représentant de l'institut de sondage Ipsos-Mori dans Les Echos.

Malgré tout, voilà désormais  le camp du maintien uni dans la campagne "Britain stronger in Europe". Autour du Premier ministre conservateur et de seulement une partie de sa formation politique, on retrouve donc "le Parti travailliste, les Verts, le parti libéral-démocrate et les principaux syndicats et organisations patronales" [Libération].

En face, côté Brexit, de grand noms du Parti conservateur : "le ministre de la Justice, Michael Gove, et l’ancien ministre aux Affaires sociales Iain Duncan-Smith, qui sont les têtes de proue de la campagne". Ils côtoient le maire de Londres Boris Johnson dont le choix "parait plus dicté par des intérêts carriéristes et politiques personnels que par une véritable conviction anti-européenne". Tout le monde sait en effet que M. Johnson se verrait bien succéder à David Cameron. On ajoute dans le camp des eurosceptiques Nigel Farage, le chef du UKIP, qui tient un discours carrément europhobe, l'existence même du parti reposant en effet sur cette sortie du Royaume-Uni de l'UE.

A dix semaines du scrutin, les deux camps sont au coude à coude, avec une grande part de votants indécis. Le ralliement de Jeremy Corbyn apparait donc comme un soulagement, "d'autant que, selon les sondages, les électeurs font plus confiance à ce que dit le leader travailliste sur l'Europe que le pro-européen David Cameron ou le pro-Brexit Boris Johnson" remarque RFI.