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Après les attentats de Bruxelles, quelle réaction européenne ?

Revue de presse 24.03.2016

Deux jours après les attentats meurtriers de l'aéroport et du métro de Bruxelles, l'heure est à la prise de conscience. La presse française et européenne relate ainsi largement les critiques émises contre les défaillances des systèmes belge et européen de lutte antiterroriste. Ces derniers n'apparaissent en effet pas adaptés aux risques actuels et plusieurs pistes sont évoquées afin de renforcer la coopération entre les Etats membres de l'UE. Une réunion des ministres de l'Intérieur doit avoir lieu aujourd'hui dans la capitale belge.

Dimitris Avramopoulos, commissaire européen aux Affaires intérieures

Les défaillances belges pointées du doigt

Entre les très nombreux messages de solidarité et alors que la période de deuil n'est évidemment pas terminée, les premières analyses des attentats de Bruxelles du 22 mars commencent à apparaître dans la presse aujourd'hui. Elles sont, d'une manière générale, peu flatteuses pour les services belges de lutte antiterroriste. "Nous devons remédier aux lacunes des Belges", titre ainsi le Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui cite le commissaire européen allemand Günther Oettinger : "il y a à Bruxelles plusieurs services de police différents, qui ne coopèrent pas suffisamment". Des lacunes confirmées par le Times britannique, qui relate une "bourde de la Belgique" : "un des kamikazes [du 22 mars] a été identifié comme terroriste et expulsé de Turquie l'an dernier, mais la Belgique ne l'a pas arrêté", explique le quotidien.

Cité par le journal catalan La Vanguardia, Jan Jambon, ministre belge de l'Intérieur, a personnellement reconnu que le système très décentralisé en vigueur dans le pays était un vrai obstacle à la lutte antiterroriste. "Bruxelles est une ville relativement petite avec 1,2 million d'habitants. Et pourtant, nous avons six départements de police et dix-neuf districts. New York a 11 millions d'habitants, et combien a-t-elle de département de police ? Un seul", a-t-il déclaré.

En France, hormis Michel Sapin, qui a accusé les Belges d'une "forme de naïveté", les critiques se sont davantage portées sur les défaillances européennes, plutôt que d'un pays en particulier. "Il faut tourner la page de l'angélisme, d'une forme d'insouciance", a ainsi déclaré Manuel Valls hier, depuis Bruxelles, appelant également à la formation d'un "pacte européen de sécurité" [Le Parisien]. Un appel proche de celui formulé par Alain Juppé, l'un des candidats à la future primaire des Républicains en France, qui a appelé de ses vœux "une vraie politique commune" européenne contre le terrorisme, rapporte Libération avec l'AFP.

Le PNR enfin mis en place ?

A cet égard, une réunion des ministres européens de l'Intérieur doit se tenir aujourd'hui en urgence à Bruxelles. "Nous avons besoin de plus de coopération et qu'on se parle les uns les autres", a ainsi insisté Dimitris Avramopoulos, commissaire européen chargé des Affaires intérieures, repris par Les Echos. Sur son site, le quotidien énumère d'ailleurs les sujets, aussi anciens que brûlants, dont devraient discuter les ministres. Il s'agit de la coopération entre services de renseignement à travers le fichier Schengen SIS, regroupant "les données sur des personnes recherchées ou sous surveillance", la question de l'instauration d'un "contrôle systématique aux frontières extérieures", la réforme du "cadre européen pour le contrôle des armes à feu", ou encore "le serpent de mer du PNR".

Sur tous ces sujets, au même titre que les Etats, le Parlement européen sera très attendu. Particulièrement concernant le PNR (Passenger Name Record, le fichier censé tracer les passagers aériens), dont le vote en session plénière est sans cesse repoussé, notamment à la demande des eurodéputés socialistes et écologistes inquiets des conséquences potentiellement négatives sur la protection des données personnelles. Or comme l'indique Slate, "l'Europe est au pied du mur", et "face à la pression terroriste et alors que le projet fait l'objet d'un débat depuis déjà plusieurs années, le temps pris par les parlementaires est tout à fait sidérant".

Même son de cloche du côté de L'Obs, qui rappelle que le PNR "existe depuis 40 ans", et que "tous les citoyens européens qui se rendent aux Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001 l'ont déjà accepté". "Ils ne semblent pas en avoir souffert profondément", s'exclame également l'hebdomadaire sur son site. Le Monde vient toutefois tempérer la portée de ce mécanisme qui pourrait être voté début avril au Parlement européen. "La question du PNR est avancée après chaque drame qui touche un pays européen (…) mais ça ne doit pas travestir la réalité", explique le quotidien. "L'immense majorité du commando du 13 novembre et de Bruxelles n'a pas pris l'avion : le PNR n'aurait donc rien apporté à la prévention de ces attentats".

Plus généralement, les observateurs et experts insistent sur la quasi-certitude que les attentats sont appelés à se répéter en Europe dans les mois à venir. C'est en tout cas l'avis de Thibault de Montbrial, avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure interrogé par Le Figaro, selon qui nous faisons face à "une guerre de conquête" conduite "par des ressortissants européens qui nous haïssent". Quant à Pierre Servent, ancien enseignant à l'école de guerre interviewé par Les Echos, selon lui le projet que l'on prête à Daech de vouloir provoquer une guerre civile en Europe est "à prendre au sérieux".

Syrie, réfugiés : l'Europe fera-t-elle front commun ?

Sur un ton moins pessimiste et plus proactif, Bernard Guetta, dans Challenges, préfère lui insister sur le fait que l'Europe pourrait "choisir d'enfin nous doter d'une diplomatie commune qui nous permettrait de peser sur la résolution du conflit syrien, la mère de tous nos problèmes". Une opinion partagée par Staffan de Mistura, envoyé spécial de l'ONU, cité par Le Temps et selon qui "pour combattre le terrorisme, la meilleure formule c'est de trouver une solution pour une transition politique en Syrie".

Dans tous les cas, la solidarité et l'unité de l'Europe s'apprêtent une nouvelle fois à être mises à l'épreuve. Des divisions sont néanmoins d'ores et déjà à prévoir, du moins en ce qui concerne la question des migrants. En effet, comme le rapporte Le Monde, les dirigeants hongrois, polonais, tchèque et slovaque – quatre pays formant le groupe informel dit de Višegrad – ont annoncé que, suite aux attentats de mardi, ils n'accepteraient pas d'accueillir des réfugiés sur leurs territoires. Résumant parfaitement la position de ces pays, le président tchèque Milos Zeman a ainsi fait valoir que "la menace terroriste est liée à la crise des migrants". Dans ce contexte, comme l'a déclaré Beata Szydlo, Première ministre polonaise, "il n'est pas possible en ce moment de dire que nous sommes d'accord pour accepter un groupe quelconque de migrants" [Europe 1].

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