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Angela Merkel arrache un compromis pour sauver son gouvernement

Revue de presse 03.07.2018

Acculée depuis plusieurs semaines par son ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, la chancelière allemande Angela Merkel est finalement parvenue à un compromis sur la question migratoire pour sauver son gouvernement. Un accord que devront encore acter les sociaux-démocrates, membres de la coalition au pouvoir.

Horst Seehofer et Angela Merkel

Le ministre de l'Intérieur allemand Horst Seehofer et la chancelière Angela Merkel - Crédits : Sven Mandel / CC-BY-SA-4.0| Michael Lucan / CC-BY-SA 3.0

En Allemagne, la crise politique arrive peut-être à son terme. Lundi 2 juillet, dans la soirée, "Angela Merkel a réussi à sauver (…) in extremis son gouvernement, en trouvant un compromis avec son ministre de l’Intérieur rebelle pour restreindre le nombre de demandeurs d’asile dans le pays", indique Le Monde.

La question migratoire était en effet "au cœur du conflit qui opposait la chancelière, présidente du parti de centre droit CDU, à son ministre Horst Seehofer, dirigeant du parti conservateur bavarois CSU, et qui menaçait de faire éclater la fragile coalition gouvernementale, difficilement mise en place en mars", poursuit le quotidien.

La crise remonte au 11 juin dernier. M. Seehofer avait prévu de présenter son plan général pour la migration, qualifié de "pièce maîtresse de son mandat en tant que ministre de l'Intérieur" par la Deutsche Welle (Allemagne). Mais Angela Merkel s'était opposée à l'une des dispositions, qui prévoyait de renvoyer à la frontière les demandeurs d'asile déjà enregistrés dans un autre pays de l'UE.  M. Seehofer avait alors menacé de faire appliquer sa proposition par décret ministériel, ce qui "aurait entraîné son limogeage par la chancelière et l'éclatement de la coalition gouvernementale", explique la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF).

Faute de compromis, le ministre de l'Intérieur avait proposé lundi 2 juillet sa démission, avant de se raviser et de proposer une dernière tentative de négociation [Le Monde].

"Centres de transit"

D'après le New York Times, l'accord trouvé prévoit la mise en place "de camps, appelés 'centres de transits', le long de la frontière" avec l'Autriche. "Les nouveaux arrivants seraient contrôlés dans ces centres et ceux ayant déjà effectué une demande d'asile dans un autre pays de l'Union européenne seraient refoulés", poursuit le journal new-yorkais. "Toutefois ces retours devront être organisés dans le cadre d'accords administratifs conclus avec les pays concernés", précise la RTBF.

Angela Merkel s'est félicitée d'un accord équilibré, qui "concilie les approches nationale et internationale du contrôle des migrations", écrit la Deutsche Welle. "L'esprit de coopération au sein de l'Union européenne est préservé et, en même temps, c'est une étape importante pour organiser et contrôler la migration secondaire [les migrations au sein de l'UE]", a indiqué la chancelière lors d'une conférence de presse.

Réunion des sociaux-démocrates

Un dernier obstacle reste toutefois à franchir pour pouvoir dénouer la crise : "le troisième partenaire de cette coalition, le parti social-démocrate [SPD], doit encore dire s’il accepte les termes de l’accord trouvé", indique Le Monde. Si la présidente des sociaux-démocrates, Andrea Nahles, "a salué la fin des hostilités dans le camp conservateur", elle a également "estimé que son parti devait examiner en détail mardi le compromis avant de rendre son verdict", rapporte Courrier International.

La Deutsche Welle note en effet que "des voix contradictoires s'élèvent au sein du parti pour dénoncer une trop forte influence populiste" au sein de la droite allemande. C'est le cas d'Aziz Bozkurt, "l'un des spécialistes des questions migratoires au sein de [la] formation", qui a "fustigé des restrictions migratoires" allant, selon lui, "'totalement dans le sens' de l’extrême droite" [Le Monde]. Ainsi, tant que le SPD ne donnera pas son feu vert, la survie du gouvernement d'Angela Merkel ne sera pas totalement assurée, commente la Deutsche Welle.

Fragilisée      

Même si les membres de la coalition parviennent à un accord, le "compromis ne sera pas sans conséquences pour Angela Merkel", estime RTL. La chaîne de radio cite le quotidien allemand Bild, qui note que "le climat dans une coalition gouvernementale n'a probablement jamais été aussi empoisonné que dans celle-ci". "En dépit de l’accord, le conflit sur l’immigration laisse des plaies profondes entre M. Seehofer et Mme Merkel", abonde l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, dans un article repéré par Courrier International.

Angela Merkel est d'autant plus fragilisée que l'immigration n'est pas le seul point sur lequel le parti chrétien-démocrate de la chancelière et la CSU de Horst Seehofer divergent. Le New York Times rappelle la réprobation de la CSU lorsque Angela Merkel a décidé de mettre fin à la conscription militaire, et lorsqu'elle s'est engagée à fermer les centrales nucléaires en Allemagne. D'après Challenges, de nombreux médias ont d'ailleurs vu dans la fronde de M. Seehofer une tentative de "putsch" de la part de l'aile droite des conservateurs.

Ainsi, commente Le Monde, "après presque treize années au pouvoir", Angela Merkel devra "redoubler d’efforts afin de restaurer son autorité et consolider la fragile coalition gouvernementale, difficilement mise en place en mars" dernier.