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Allemagne : les pourparlers pour former le prochain gouvernement au point mort

Revue de presse 17.11.2017

Deux mois après les élections législatives allemandes, qui se sont tenues le 24 septembre, les pourparlers entre les trois partis supposés former une coalition gouvernementale n'ont toujours pas abouti. Conservateurs, libéraux et verts peinent en effet à s'entendre sur certains sujets comme l'écologie ou l'immigration.

Angela Merkel

Angela Merkel - Crédits : Arno Mikkor (EU2017EE)

Échec des pourparlers : Merkel "joue les prolongations"

Les négociations préliminaires entre les chrétiens-démocrates allemands (CDU/CSU) - le bloc conservateur dirigé par Angela Merkel - les Verts et les libéraux-démocrates du FDP n'ont pas abouti, jeudi 16 novembre, date-butoir fixée par la chancelière sortante. Faute de "majorité évidente" obtenue lors des élections du 24 septembre, Mme Merkel doit en effet composer avec les Verts et le FDP afin d'obtenir une coalition et former son quatrième gouvernement, explique RFI

Les "discussions marathon" [Le Point] entre les trois partis allemands "semblaient au point mort en fin de soirée", selon Le Monde et ont été interrompues "après 4h du matin", précise Le Point.

Cependant, les trois partis "n'ont pas jeté l'éponge" [Le Figaro]. Les négociateurs doivent se retrouver ce vendredi vers midi "pour une ultime tentative de mettre sur pied une coalition". Angela Merkel "joue donc les prolongations", commente Euronews, mais peut "encore compter sur la volonté de ses interlocuteurs" [Le Figaro]. Par ailleurs, Volker Kauder, l'un des ténors de la CDU "a affirmé partir du principe que ces négociations se prolonge[ro]nt éventuellement durant le week-end", selon Le Point.

S'ils parviennent à un accord approuvé par les partis, les négociations officielles ou "négociations de coalition" pourront alors débuter, explique le correspondant à Berlin du Monde. Ils engageront ainsi "l'élaboration d'un 'contrat de coalition'" dans l'espoir de former un gouvernement "au plus tôt d'ici Noël", observe Le Point.

Les élections ont eu lieu il y a près de deux mois et les discussions ont débuté trois semaines après. Depuis 1949, "il s’est écoulé en moyenne quarante jours entre les élections législatives et la constitution d’un nouvel exécutif", observe Le Monde. Cependant, ces trois partis "n’ont jamais gouverné ensemble au niveau fédéral et (…) ne sont pas d’accord sur de nombreux sujets", poursuit le quotidien.

Des "différences profondes"

Et ce n'est pas peu dire. La chancelière sortante a reconnu jeudi des "différences graves" entre les négociateurs, relate La Croix. Le leader du Parti libéral démocrate, Christian Lindner a également admis qu'il restait encore "des différences de vue", rapporte Le Figaro. Un "euphémisme tant les positions des libéraux, des écologistes et des conservateurs sont à l'opposé", commente l'envoyé spécial du quotidien à Berlin.

Première pierre d'achoppement : l'immigration, "sujet sensible dans un pays qui a accueilli plus de 1 million de demandeurs d'asile depuis 2015", rappelle Le Point. En la matière, les Verts maintiennent leurs exigences de campagne : ils souhaitent "lever l’interdiction du regroupement familial pour les réfugiés ayant obtenu une simple protection dite subsidiaire"[La Croix]. Cependant les conservateurs bavarois de la CSU "furieux contre la dérive centriste d'Angela Merkel" [Le Figaro] s’y opposent, "soucieux de la montée du parti d'extrême-droite Alternative für Deutschand (AfD)" [Le Point].

Vient ensuite la question climatique, "explosive" selon La Croix. Les Verts "ont dû revenir sur l'interdiction des moteurs à combustion qu'ils demandaient d'ici à 2030 et la fermeture des mines de lignite et de charbon", explique la Deutsche Welle. "Un pas vers leurs partenaires" [La Croix] en contrepartie de quoi "ils demandent aux autres partis des objectifs plus ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2" [Deutsche Welle]. Cette question "pourrait bien faire achopper ces négociations" car ce sont les membres du parti écologiste qui décideront finalement de la participation à la coalition, observe  La Croix.

Enfin, les discussions sur l'Europe constituent un autre sujet de discorde. Les libéraux excluent l'idée de budget européen proposée par le président français, "tandis que les conservateurs font preuve d'une certaine ouverture et les écologistes soutiennent pleinement l'idée", rappelle Le Point. Ce sujet au moins réunit les Verts et les conservateurs, qui s'accusent l'un l'autre de bloquer les discussions [Deutsche Welle].

Elections allemandes 2017 : quelles implications pour l'Europe ?

Christian Lindner, le leader du FDP a cependant jugé ces différences "surmontables" et assuré que "de nombreux pas en avant" avaient été effectués [Le Point].

De nouvelles élections législatives

Que se passera-t-il si les leaders des partis concernés ne parviennent pas à trouver de compromis ? "Rien n’empêche en théorie Angela Merkel de chercher à constituer une autre majorité que celle initialement envisagée", observe Le Monde. Sauf que la chancelière a déjà plusieurs fois écarté l'idée de gouverner avec la gauche radicale de Die Linke ou avec l'extrême droite.

De leur côté, les sociaux-démocrates du SPD, "deuxième formation du Bundestag" [Le Monde] et "avec qui elle a déjà gouverné à deux reprises (2005-2009 et 2013-2017)" [Le Monde] refusent de renouveler une telle coalition. Le parti mené par Martin Schulz préfère siéger dans l'opposition après sa défaite aux législatives. Le SPD avait obtenu 20,5% des suffrages exprimés soit "le plus mauvais score obtenu par le parti depuis la Seconde Guerre mondiale", rappelle le correspondant du quotidien à Berlin.

Par conséquent, "en cas d’échec de ces négociations préparatoires, l’Allemagne pourrait retourner aux urnes", indique La Croix. Un scénario pour le moins "risqué pour Angela Merkel", dont la formation a également obtenu "un score historiquement bas en septembre", poursuit le quotidien. En effet, "pour la chancelière, ce n'est pas seulement son prochain mandat qui dépend de la réussite de la coalition Jamaïque, mais aussi la poursuite de sa carrière politique", estime le journal populaire allemand Bild, cité par RFI.

Ces éventuelles élections législatives anticipées seraient également convoquées "à la plus grande joie, sans doute, du parti extrémiste AfD", observe France Culture. Avec près de 13% des voix, l'extrême-droite a fait une entrée historique au Bundestag, rappelle RFI. De ce fait, "personne [ne] veut [de nouvelles élections]", pointe Der Spiegel, cité par la chaîne de radio.