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A Sandhurst, Emmanuel Macron et Theresa May renforcent la coopération franco-britannique

Revue de presse 19.01.2018

Lors du sommet franco-britannique de Sandhurst jeudi 18 janvier, Emmanuel Macron et Theresa May ont conclu un nouveau traité sur le contrôle de l'immigration. Les deux dirigeants ont aussi convenu d'accords bilatéraux dans de nombreux domaines, dont la défense et la culture.

Theresa May et Emmanuel Macron au sommet de Sandhurst

La Première ministre britannique Theresa May et Emmanuel Macron à l'occasion du 35ème sommet franco-britannique. Crédits : Twitter - Emmanuel Macron

Le président français et la Première ministre britannique se sont rencontrés le 18 janvier à Sandhurst, près de Londres, dans le cadre d'un sommet franco-britannique. Les deux dirigeants étaient accompagnés de leurs ministres des Affaires étrangères et de la Culture, indique The Guardian.

A l'issue de cette rencontre, ils ont convenu d'un nouveau traité, dit "de Sandhurst", sur l'immigration et les frontières communes. Challenges explique que celui-ci est "destiné à compléter les accords du Touquet de 2004, qui avaient instauré des contrôles d'immigration communs dans les ports des deux pays - sans réussir à juguler l'afflux de migrants à Calais".

"Une approche plus humaine"

Avec cet accord, le Royaume-Uni promet de verser "une contribution complémentaire" de 50 millions d'euros "au contrôle de la frontière à Calais, où échouent de nombreux clandestins". Cet argent doit servir selon Theresa May à renforcer "les infrastructures de sécurité avec davantage de vidéosurveillance, des clôtures et des technologies infrarouge à Calais et dans d'autres postes frontières" [TV5 Monde]. The Independent note cependant que "la contribution en retour de la France aux nouvelles mesures de sécurité n'a pas encore été révélée".

Emmanuel Macron a annoncé que les délais de transfert vers le Royaume-Uni devraient être réduits "drastiquement" [Le Monde]. Le délai d'instruction passerait ainsi de six mois à 25 jours pour les enfants et un mois pour les adultes, indique The Independent. Cependant, ces changements "bénéficieraient à ceux qui cherchent à rejoindre leur famille au Royaume-Uni".

Le traité doit, d'après le communiqué de presse conjoint, permettre "un traitement amélioré des mineurs non accompagnés demandeurs d’asile". Le président Macron a affirmé au sujet de l'accord qu'il doit apporter "une approche plus humaine, plus efficace, et (…) préserver la qualité de [la] frontière commune" [Le Monde].

Une plus forte coopération bilatérale en matière de défense

Mais le sommet, qui s'est déroulé à l'Académie militaire royale, a également été l'occasion de renforcer la collaboration franco-britannique en matière de défense.

La locataire du 10 Downing Street a décidé de fournir "trois de ses hélicoptères [de transport] militaires 'Chinook'" aux "forces françaises au Mali", "outil qui manque le plus aux fantassins français au Sahel et au Sahara" [RFI]. Londres s'est, par ailleurs, engagée à fournir "56 millions d'euros d'aide supplémentaire pour l'alliance pour le Sahel".

La France et le Royaume-Uni ont également annoncé "un soutien accentué en Afrique de l'Est en particulier via l'AMISOM, la mission de l'Union africaine pour la Somalie". Pour Theresa May, citée par RFI, "les intérêts communs du Royaume-Uni et de la France vont bien au-delà de nos frontières immédiates. La sécurité et la prospérité de l’Afrique sont d’une importance vitale pour nous".

Du côté français, "un appui au groupement tactique de l'Otan dirigé par le Royaume-Uni en Estonie" a été promis [Challenges], "pour faire face à toute menace venant de la Russie" [Le Monde].

Enfin, "les deux capitales [ont annoncé] que la Force expéditionnaire commune (CJEF), lancée après les accords de Lancaster House signés en 2010, sera prête à être déployée dans les opérations les plus exigeantes d'ici 2020" [RFI].

"Le plus fervent opposant au Royaume-Uni"

Bien qu'il ne fut pas "formellement à l'agenda du sommet", le Brexit a inévitablement été évoqué [The Guardian]. Lors de la conférence de presse, Emmanuel Macron a rappelé que pour les Européens, "la priorité serait de 'préserver' le marché unique", et que pour avoir accès à ce dernier, "dont les services financiers", il faut "contribuer au budget et reconnaître la juridiction européenne" [The Independent]. Pour The Guardian, le président français promet ainsi d'être "probablement le plus fervent opposant au Royaume-Uni dans les négociations à venir".

Mme May et M. Macron ont également signé des "accords bilatéraux" dans les domaines de "la culture, (…) de l'art et du commerce" [The Guardian]. Ce qui a fait dire au président français que les deux pays étaient "en train de faire une nouvelle tapisserie ensemble", en référence à la tapisserie de Bayeux qui sera prêtée au Royaume-Uni en 2022.

Critiques de part et d'autre

Au Royaume-Uni, "ces annonces ont cependant été diversement accueillies par la classe politique et la presse britanniques, des voix s'élevant pour critiquer les concessions de Downing Street". Tel est le cas du tabloïd europhobe Daily Mail, qui ironise : "la France demande 45 millions de livres supplémentaires pour stopper les migrants à Calais, et on nous prête la tapisserie de Bayeux comme lot de consolation" [Challenges]. Harry de Quetteville, éditorialiste au Daily Telegraph cité par Courrier International, estime qu'"Emmanuel Macron est le plus raffiné des manipulateurs affectifs de notre temps".

Pour le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand, le traité de Sandhurst ne contient au contraire "rien de nouveau" [Challenges]. Selon lui, "les Britanniques vont faire un chèque qui ne va permettre de payer qu'une partie de la facture".

Pour conclure, l'hebdomadaire indique que "sur les chaînes d'information britanniques, les images du sommet se sont battues en duel tout au long de la journée avec celles d'un couple particulièrement télégénique : le prince Harry et Meghan Markle, accueillis par des vivats lors d'une visite à Cardiff".