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Wim Wenders, vagabond européen

Synthèse 13.02.2015

Depuis environ 40 ans, Wim Wenders est un cinéaste qui parcourt le monde. Résolument Allemand et Européen, il ne s’est jamais contenté du Vieux Continent et a longtemps eu la fascination de l’Amérique. Jusqu’en 1984 au moins, où avec Paris, Texas il la représenta à l’écran pour l’éternité et des générations de cinéphiles. Présent au festival de Berlin cette année avec un film au casting international, quasi hollywoodien, l’homme de 69 ans continue ses pérégrinations : documentaires amoureux et fictions souvent philosophiques.

Wim Wenders

Le rêve américain

C’est l’histoire d’un homme un peu sans âge, plus si jeune en tout cas, qui erre dans le désert. Il a laissé derrière lui son fils de 4 ans, dont son frère s’occupe. Et a perdu de vue sa femme, très belle et beaucoup plus jeune que lui. Incontestablement, Paris, Texas a marqué l’histoire du cinéma et constitue encore aujourd’hui le point d’orgue de la carrière de Wim Wenders. Sur l’adaptation d’un livre de l’écrivain et acteur Sam Shepard, le cinéaste allemand a tourné un film universel sur un homme qui a été dépassé par ses sentiments et sur une famille qui a périclité. A l’écran, Harry Dean Stanton, fabuleux, qui se trouvait "trop laid et trop vieux" pour le rôle et la jeune Nastassja Kinski – fille de – à couper le souffle dans son pull angora rouge. Pendant le tournage, Wim Wenders n’était pas sûr de pouvoir le terminer. A la fin, il savait qu’il avait réussi. Achevé quelques jours avant sa projection au festival de Cannes 1984, il gagna en effet la Palme d’Or.

Pas de quoi en faire tout un foin cependant. De cette soirée, Wenders garde certes un souvenir ému, mais se rappelle surtout avoir fêté ça avec Jim Jarmusch au Carlton, qui avait lui-aussi remporté un prix, et s’être demandé jusqu’au bout si John Huston n’allait pas remporter la récompense à sa place. Le monument du cinéma américain se vit plutôt décerner une Palme d’honneur pour sa carrière. "Etait-ce mérité ? Pour lui sûrement !", plaisante Wenders.

Le cinéma allemand par Matthias Seinle

Le cinéma allemand, par Matthias Seinle, maitre de conférence à l'Université Paris III, interrogé par Arte

De l’Amérique, Wim Wenders était fasciné depuis toujours. Né à Düsseldorf en 1945, une zone occupée par les forces britanniques, il s’est d’abord destiné aux sciences ou à la philosophie, avant de quitter l’Allemagne pour s’installer à Paris, où il découvrit véritablement le cinéma. Le début d’un amour fou. Recalé de l’IDHEC – aujourd’hui la Fémis, soit la plus prestigieuse école française de cinéma – il fit ses classes à Munich et trouva rapidement le succès en adaptant Peter Handke et L’Angoisse du gardien de but au moment du pénalty. Automatiquement intégré parmi les cinéastes du Nouveau cinéma allemand, aux côtés de Volker Schlöndorff ou de Werner Herzog, Wenders commença à enchainer les tournages : un premier road movie avec Alice dans les villes et une première fausse incursion dans le cinéma américain avec L’Ami américain, adaptation de Patricia Highsmith avec Dennis Hopper, mais tourné à Hambourg avec des fonds européens.

Des premiers succès qui valent à Wenders d’être repéré par Francis Ford Coppola : l’auteur du Parrain et d’Apocalypse Now a pour projet un film sur le romancier Dashiell Hammett. Wenders sera le réalisateur et il veut Sam Shepard dans le rôle-titre, aux côtés de Gene Hackman. Le casting a fière allure mais les studios refusent. Le film, tourné sur plusieurs années et avec d’innombrables réécritures, sera un petit fiasco. Wim Wenders ne tournera plus à Hollywood. Son producteur pour Paris, Texas sera en effet européen, celui de Schlöndorff.

Documentariste fasciné

Ensuite ? D’autres grands succès comme Les Ailes du désir, film racontant l’histoire de deux anges au chômage dans un Berlin encore coupé en deux, pour lequel il remporta le Prix de la mise en scène à Cannes en 1987. Une ou deux débâcles comme Jusqu’au bout du monde, road movie de science-fiction, projet le plus ambitieux de la carrière de Wim Wenders, tourné dans 7 pays différents. Et surtout des documentaires qui lui donneront de nouveau une notoriété mondiale, comme Buena Vista Social Club. Part incontournable de la carrière de Wenders, les non-fictions lui auront, de son propre aveu, donné une plus grande liberté. "Le récit se réinvente en permanence", dira-t-il à Laurent Djian pour l’Express. "Dans une fiction, un cinéaste qui ne maitrise pas son scénario s’appelle un tocard. Alors que dans un doc', il doit au contraire se laisser guider par ses découvertes, réécrire son film en fonction des imprévus et de ce que les événements lui offrent".



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Sur le tournage de Pina, qu’il avait entrepris grâce à la technologie 3D, Wenders fut en effet rattrapé par l’événement de la mort de la chorégraphe Pina Bausch. Il l’admirait depuis des années et avait enfin trouvé un moyen de représenter son œuvre à l’écran. En hommage il termina le tournage. Avant de partir ensuite pour le Brésil, sur les traces du photographe Sebastiaõ Salgado. Un énième documentaire panégyrique diront ses détracteurs. Wenders l’assume complètement : "seule la fascination peut [me] donner la force et l’énergie". Nommé dans la catégorie Meilleur documentaire aux Césars et aux Oscars, Wenders n’a probablement pas totalement raté son coup.

Et cette année, il revient à la fiction en présentant un nouveau long-métrage, Every Thing Will Be Fine, au casting international et glamour : James Franco, Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams et Marie-Josée Croze. L’avant-première de cette coproduction… européenne a eu lieu le 10 février dernier à la Berlinale. Deux jours plus tard, il devra également monter sur le podium, la mèche rebelle et grisonnante qui n’en fait qu’à sa tête sur son front, pour aller recevoir un Ours d’or d’honneur. John Huston n’est plus de ce monde depuis des années, mais à la question "est-ce mérité ?", il répondrait sans aucun doute "pour lui sûrement".

 

Portrait réalisé en partenariat avec 28'ARTE