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Venu pour parler des priorités de la présidence, le ministre des Affaires étrangères hongrois s'explique sur la loi sur les médias

Actualité 10.01.2011

De passage à Paris pour l'inauguration en France de la présidence hongroise, le ministre hongrois des Affaires étrangères s'est prêté ce matin au jeu des questions-réponses auprès de journalistes réunis par le Club Grande Europe. Venu pour discuter des priorités et des enjeux de la présidence, le ministre a dû se justifier sur la nouvelle loi hongroise sur les médias, qui défraye la chronique dans toute l'Europe.

Pas facile de venir faire la promotion de la présidence hongroise lorsque tous les regards, sourcils froncés, sont tournés vers la nouvelle loi sur les médias. Mais face aux nombreuses questions en forme de critiques, M. János Martonyi ne s'est pas laissé impressionner. Dans un français impeccable, il a invité les journalistes à se pencher davantage sur le texte d'une loi qui possède "suffisamment de garanties" de protection de la liberté de la presse, et ne mérite pas ce "débat vibrant".

"Ce n'est pas mon devoir de critiquer la presse. C'est au contraire à la presse de nous critiquer. Mais je trouve que le discours que relaient les journaux à ce sujet est excessif, émotionnel, en proie à des généralisations qui n'ont pas lieu d'être", a-t-il regretté. Et d'ajouter, "Lisez notre presse hongroise ! Vous y trouverez un langage au moins aussi fort qu'ici!".

Pour le ministre, la balle est à présent dans le camp de la Commission européenne, à qui le texte a été transmis et qui sera capable d'une analyse rigoureuse et dépassionnée. "Quand les critiques éventuelles seront connues, nous en tiendrons compte : nous sommes ouverts à la discussion". Pas question néanmoins de retirer la loi, a-t-il confirmé. "Il faudra aussi respecter le principe de non-discrimination. Si la Hongrie doit modifier sa loi, il faudra que les autres Etats qui ont des lois similaires les modifient aussi" a-t-il ajouté.

La transposition d'une directive européenne

Pour expliquer la raison d'être de cette loi qui suscite tant d'interrogations, M. Martonyi a décrit une "situation insoutenable" qui régnait parmi les médias hongrois, et qui rendait urgente une intervention : des dysfonctionnements dans leur mode de financement, ou pire, le développement d'un "langage inacceptable" dans la presse qui contribuait à "violer la dignité humaine", et qu'il fallait pouvoir condamner. "Cette loi n'est que la transposition de la directive européenne de 2010 sur les services audiovisuels, qui prévoit les limites de la liberté de la presse", a-t-il expliqué.

Mais il ne s'est pas justifié sur le calendrier d'entrée en vigueur de la loi, qui coïncide avec le lancement de la présidence : un symbole qui entache la crédibilité du pays.

La loi sur les médias n'est pas le seul objet de critiques pour la Hongrie, et la conférence a pu prendre à certains moments des airs de réquisitoire contre les récentes initiatives de la Hongrie, comme l'extension du droit de vote à toutes les personnes d'origine hongroise, la réduction des compétences de la cour constitutionnelle, ou encore le conflit avec la banque centrale.

Schengen : "l'important est que, si les critères sont remplis, ils rentrent"

Abordant finalement les priorités de la présidence, M. Martonyi a confirmé ses objectifs en matière d'élargissement. "Il faudra un progrès avec tous les candidats, y compris la Turquie", a-t-il annoncé, précisant qu'il espérait que le chapitre sur la concurrence soit ouvert prochainement.

Quant à l'élargissement de l'espace Schengen, prévu pour mars mais contesté par le couple franco-allemand, le ministre a confirmé qu'il restait prioritaire et que son pays continuerait à défendre une accession rapide. Pour convaincre ses partenaires, la Hongrie intensifiera les discussions et jouera les médiateurs entre la France et l'Allemagne d'un côté, et la Roumanie et la Bulgarie de l'autre. Pour cela, il faudra faire preuve d' "habileté diplomatique", a-t-il prévenu.

Finalement, pour M. Martonyi, "c'est en faisant le travail, correctement, efficacement, en faisant en sorte que l'Europe ressorte de ces six mois un peu plus forte, que nous parviendrons à redorer l'image de la Hongrie. Ce serait le plus beau succès de la présidence hongroise".

Photo : (c) CAPE


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