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Un veto sino-russe au projet de résolution syrienne profondément regretté par l'UE

Actualité 06.02.2012

Le double veto russe et chinois, intervenu  dans la nuit de samedi à dimanche au Conseil de sécurité des Nations Unies,  et qui empêche l'adoption d'une résolution condamnant la répression syrienne a suscité l'indignation et l'inquiétude de la communauté internationale. La situation est urgente dans le pays, alors que, la nuit précédant le déroulement du vote, des bombardements dans la ville de Homs ont causé la mort d'au moins 230 personnes selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

La répression du régime de Bachar el-Assad 

Depuis février 2011, la Syrie traverse une crise politique et sociale grave, le peuple syrien demandant le départ de son dirigeant, Bachar el-Assad, au pouvoir depuis le 17 juillet 2000. Le pays est animé de manifestations quotidiennes réprimées par la violence, alors que le mouvement, d'abord limité aux grandes villes, a fini par gagner peu à peu l'ensemble du pays.
Le 3 août 2011, le Conseil de sécurité des Nations Unies condamne à l'unanimité les "violations généralisées des droits de l'homme et l'emploi de la force contre des civils" par les autorités syriennes. Une première résolution avait déjà été bloquée en octobre 2011 par la Russie et la Chine. Par la suite, Moscou avait déposé son propre projet  de résolution, qui mettait sur le même plan la répression commise par le régime de Bachar el-Assad et les attaques des opposants armés, ce que les Occidentaux avaient rejeté.

Selon les Nations Unies, au mois de décembre 2011, soit environ 10 mois après le début des révoltes, la répression aurait provoqué la mort de plus de 5.000 personnes, et l'arrestation de 14.000 syriens.

Un nouveau veto sino-russe qui amoindrit le rôle des Nations Unies

En dépit d'une "édulcoration" censée satisfaire la Russie, le Conseil de sécurité des Nations Unies n'est toujours pas parvenu à faire voter la résolution condamnant la répression sanglante en Syrie. Le document, qui bénéficie du soutien des 13 autres pays membres du Conseil de sécurité, dénonce les violations des droits de l'homme commises par le régime syrien et soutient le plan de règlement de la Ligue arabe. Ce dernier, adopté le 22 janvier, vise à permettre une transition démocratique. C’est la deuxième fois que Moscou et Pékin empêchent le Conseil de sécurité de sortir de près de 11 mois de silence sur la situation en Syrie.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies est constitué de 5 membres permanents (la Chine, la Russie, la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis), et 10 membres non permanents, non pourvus du droit de veto, dotés d'un mandat de deux ans (l'Allemagne, l'Inde, la Colombie, le Portugal, l'Afrique du Sud, l'Azerbaïdjan, le Guatemala, le Maroc, le Pakistan et le Togo).


Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon déplore ce double veto, qui  "amoindrit le rôle des Nations unies et de la communauté internationale à un moment où il faudrait que les autorités syriennes entendent une seule et même voix appelant à mettre fin immédiatement à la violence contre le peuple syrien". Il appelle à "redoubler d'efforts pour trouver une transition politique vers la démocratie qui soit conduite par les Syriens eux-mêmes".

La recherche d'un "règlement pacifique" pour la Chine et la Russie

La nouvelle résolution avait pourtant été "édulcorée", afin de satisfaire la Russie et la Chine, qui avait signifié leur opposition à une première résolution en octobre. La question du départ du pouvoir du dirigeant Bachar el-Assad avait été supprimée, de même que toute mention de sanctions économiques. A travers ce nouveau veto, les deux pays cherchent à permettre "la poursuite de la recherche d'un règlement pacifique de la crise syrienne chronique".

La Chine ajoute qu'il est un moyen d'éviter de "nouveaux troubles et victimes" en Syrie selon l'Agence officielle Chine, tandis que du côté de la Russie, les raisons invoquées tiennent à la condamnation de toute "ingérence" extérieure dans les affaires d'un pays souverain. La Russie veut également garder la main sur la Syrie, où elle possède une base militaire à Tartous, en Méditerranée, et à qui elle a vendu 529 millions d'euros de contrats d'armements en 2010 et livré 36 avions de combat Yak 130.

L'UE regrette profondément le veto russe et chinois

Au mois d'août 2011, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, annonce une série de sanctions à l'encontre la Syrie, qui se traduisent par une interdiction de visa et un gel des avoirs d'une vingtaine de personnes faisant partie du régime de Bachar El-Assad. De plus, l'UE décrète un embargo sur les exportations de pétrole syriennes, et interdit les relations commerciales avec cinq entreprises militaires impliquées dans les violences.

Suite au nouveau veto sino-russe de samedi dernier, Catherine Ashton regrette "profondément" ce geste. Selon elle, "le temps est venu de parler d'une seule voix, de réclamer la fin du bain de sang et de se prononcer en faveur d'un futur démocratique pour la Syrie". Elle a encore ajouté que "Nous (l'UE) appelons le président Al-Assad à mettre fin immédiatement aux massacres de civils, à retirer l'armée syrienne des villes assiégées et à faire un pas de côté pour permettre une transition pacifique pour le bien de son pays".

Le président du Parlement européen, Martin Schulz a de son côté a appelé "la communauté internationale à s'unir, y compris la Russie et la Chine. Elles doivent prendre au sérieux leurs responsabilités internationales et je regrette le veto de la résolution de l'ONU condamnant la violence et le régime syrien", a t'-il déclaré, avant d'ajouter que "Le régime d'Al Assad n'a plus de légitimité".

Les réactions de la communauté internationale

De même, les réactions de la communauté internationale face au nouveau veto ne se sont pas fait attendre. La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, s'inquiète sur le risque que le pays se retrouve en guerre civile et s'interroge : "Que nous faut-il de plus pour agir avec force au Conseil de Sécurité ?". Le Président Barack Obama a lui appelé le président syrien à quitter le pouvoir. Les Etats-Unis entendent encore renforcer les sanctions à l'encontre de Damas afin d'assécher les sources de financement et les livraisons d'armes du régime syrien.

Du côté français, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a déclaré que "nous allons essayer de faire monter cette pression internationale et il y a bien un moment où le régime sera obligé de constater qu'il est totalement isolé et qu'il ne peut pas continuer". Il a également parlé d'une "tâche morale" que fait peser le double veto sur le Conseil de sécurité.

Pour son homologue britannique William Hague "Par leur démarche, ils (la Russie et la Chine) abandonnent le peuple syrien et ne font qu'encourager le régime brutal du président al-Assad à commettre davantage de tueries, comme cela a été fait à Homs." Il s'interroge : "Combien encore faut-il de morts avant que la Russie et la Chine autorisent le Conseil de sécurité de l'ONU à agir ? Ceux qui s'opposent à une action du Conseil de sécurité devront rendre des comptes à la population syrienne".

Les réactions de la communauté arabe ont également été très vives. Pour le Premier ministre du Qatar, Hamed ben Jassem Al-Thani, ce vote est "un mauvais signal" envoyé à M. Assad, qui "donne le droit de tuer". Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali a annoncé l'expulsion de l'ambassadeur syrien à Tunis, et appelle "tous les pays" à faire de même.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a annoncé hier que "L’Organisation panarabe poursuivra ses efforts avec le gouvernement syrien et l’opposition, en coordination avec les parties concernées, pour parvenir à son objectif principal qui est de mettre un terme aux violences et protéger les civils à travers une solution politique à la crise syrienne". Sur le double veto, Nabil al-Arabi estime que ce dernier "n’empêche pas qu’il y a un soutien international clair aux décisions de la ligue". Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a exhorté la communauté internationale à agir vite pour "empêcher un nouveau massacre".