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Royaume-Uni : l'impossible coalition de Clegg et Cameron sur l'Europe

Actualité 28.04.2010

A J-8, la campagne électorale bat son plein outre-manche. Après 13 ans de gouvernement du Labour, un vent de changement souffle sur le Royaume. C'est en tout cas ce qu'espère Nick Clegg, le challenger et troisième homme dans cette course très serrée. L'avenir politique du Royaume Uni dépendra de lui car aucun parti ne semble pouvoir réunir une majorité absolue le 6 mai prochain. 

 

 

Les duels télévisés changent la donne

Pourtant les choses n'en ont pas toujours été ainsi. En début d'année, les Tories avaient une longueur d'avance avec 40% des intentions de vote, le Labour se situant à 30% et les LibDems se trouvaient à la traine avec seulement 20%.

 

Le premier débat télévisé entre les candidats à créé une situation de grande nouveauté pour le Royaume Uni : Nick Clegg a fait un bond dans les sondages. Ce débat a donné une position jusqu'alors non atteinte à cette troisième formation politique, dans un système qui privilégie des majorités fortes.

 

La logique du scrutin uninominal à un tour est en effet que le gagnant emporte tout ("winner takes all") : un parti ne peut gagner des sièges que s'il remporte la majorité des votes dans la circonscription. Pour cette raison le Royaume-Uni n'a connu que très rarement des gouvernements de coalition. Le dernier exemple remonte à 1974 et avant cela à 1929… 

Le 5 mai, veille des élections britanniques Touteleurope organise un Chat Facebook avec Jean Quatremer, de Libération  et Philip Turle, de RFI et Sky News, à 17h sur le profil Facebook de Touteleurope.fr. Posez toutes vos questions en direct aux deux journalistes sur cette élection importante pour la politique européenne. 

 

Nick Clegg en faiseur de roi

Dès lors, Nick Clegg semble aujourd'hui détenir la clé de ce scrutin. Les électeurs sont attirés par ses promesses de renouveau et de changement dans un débat qui se focalise sur l'économie, la santé, l'immigration et la réforme électorale. S'adressant directement à la camera pendant les débats télévisés, il tente de faire passer une image d'honnêteté et de sérieux.

 

Sa montée en puissance se fait aux dépens de Gordon Brown, le moins médiatique des trois candidats. En tant que candidat sortant et fidèle allié de Tony Blair, il a du mal à incarner la nouveauté. L'actuel Premier ministre espère néamnoins que le débat final de jeudi soir sur l'économie lui permettra de s'imposer comme le choix de la raison et de l'expérience. 

 

Mais les affaires sont mal engagées pour Gordon Brown. Depuis son envolée dans les sondages, Nick Clegg a déclaré que si le Labour se trouvait en troisième position, Gordon Brown ne pourrait pas devenir Premier ministre en cas de coalition entre leurs deux partis. Cet ultimatum des Libéraux met le Labour en difficulté. Il serait très difficile de remplacer Brown rapidement après les élections.

 

Du côté des Conservateurs, l'hypothèse d'une absence de majorité claire inquiète aussi les stratèges : Nick Clegg exige une réforme électorale pour introduire un système proportionnel en Grande Bretagne à laquelle s'oppose David Cameron. En cas de coalition entre les Travaillistes et les LibDem cette réforme pourrait être le grand bouleversement de cette élection britannique.

 

Divergences profondes sur l'Europe

Enfin, les questions européennes constituent l'une des plus grandes lignes de partage et un obstacle majeur pour toute coalition entre les Conservateurs et les Libéraux. On peut difficilement imaginer l'eurosceptique Cameron et l'europhile Clegg s'entendre sur une politique européenne pour la Grande Bretagne sans se renier totalement. 

 

De par son parcours et ses convictions, il n'y a guère d'homme politique plus proeuropéen que Nick Clegg au Royaume-Uni. En analysant les manifestes des trois partis, on peut trouver des zones d'entente entre le pragmatisme européen de Gordon Brown et la vision européenne de Clegg.

 

Par contre, la forme et le fond des propositions des Tories semblent écarter toute possibilité de coalition avec les Libéraux. Le rapatriement des compétences au niveau national, le refus de la coopération dans le domaine de la justice et les affaires intérieures sont autant de points d'achoppement à une future coalition. Sur le papier du moins, la grande société de Cameron ne serait pas compatible avec la grande Europe de Clegg. 

 

 

En savoir plus :

Décryptage: parcours et programmes européens des candidats britanniques - Touteleurope.fr