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[Revue de presse] En Andalousie, la droite signe un accord avec l'extrême droite pour prendre la tête de la région

Revue de presse 11.01.2019

En Espagne, le Parti populaire (PP, droite) allié aux centristes de Ciudadanos, a signé un accord avec le parti d'extrême droite Vox. Objectif : obtenir la majorité absolue au parlement d'Andalousie et prendre la tête de la région. Une alliance qui inquiète et déstabilise au-delà des frontières espagnoles dans la perspective des élections européennes. 

Juan Manuel Moreno, le futur chef du gouvernement andalou - crédits : Wikipédia

Juan Manuel Moreno (Parti populaire), le futur chef du gouvernement andalou - Crédits : Wikipédia

"Nous sommes parvenus à un accord avec le PP (Parti populaire, droite)", a déclaré Javier Ortega Smith, le numéro deux du parti d’extrême droite espagnol Vox, mercredi 9 janvier dans la capitale régionale de l’Andalousie, relate La Croix. Ainsi, "le Parti populaire va prendre le pouvoir à Séville, en coalition avec Ciudadanos (libéral), et soutenu par les voix du parti d’extrême droite", observe Le Monde.

Région la plus peuplée d'Espagne mais également parmi "les plus frappées par le chômage (22,8%, soit 8 points de plus que la moyenne nationale)" [Le Temps], l'Andalousie a vu le jeune mouvement politique d'extrême droite (né en 2013) s'imposer dans les urnes lors des élections du 2 décembre en décrochant 12 des 109 sièges du parlement régional, contre 26 pour le PP et 21 pour Ciudadanos. Il devient ainsi "le premier parti d'extrême-droite à envoyer des élus dans un parlement régional depuis la mort [du dictateur] Franco [en 1976]" et le retour de la démocratie, constate encore Euronews.

La droite et le centre au gouvernement

Mercredi 9 janvier, le PP a commencé par se mettre d'accord avec Ciudadanos "sur 90 mesures d'un programme commun d'inspiration libérale, ainsi que la répartition des ministères régionaux", explique Le Figaro. Ce qui permettra très certainement au candidat du PP, Juan Manuel Moreno, de devenir "le prochain président du gouvernement d'Andalousie" à l'issue "d'un vote d'investiture prévu le 16 janvier", relate Euronews. Cette nouvelle alliance mettra ainsi fin "à 36 ans d'hégémonie socialiste sur la région", poursuit le média.

Mais, "ce cabinet de coalition" ne sera majoritaire à la Chambre que "grâce au soutien extérieur de Vox", ajoute Le Figaro.

Ainsi, dans la même journée, un second accord a été signé par le PP avec Vox, permettant à l'extrême-droite d'"inscrire la plupart de ses thématiques de prédilection à l'agenda du futur gouvernement andalou", poursuit le quotidien.

"Nouveau curseur idéologique" et programme réactionnaire

Au regard de son score, le parti s'est révélé indispensable à la formation d'une majorité absolue. Et de fait, "aujourd’hui, c’est Vox qui agite le nouveau curseur idéologique", analyse le politologue Enrique Gil Calvo interrogé par Le Temps. Car si "au terme d’innombrables heures de tractations entre les deux partis, Vox a certes dû revoir à la baisse quelques mesures maximalistes", "sa ferveur idéologique a obligé les conservateurs du PP à muscler leur discours et leur programme", confirme le quotidien suisse.

Le parti d'extrême droite promeut "la tauromachie et […] la chasse, [la] recentralisation musclée du pays rappelant l’ère franquiste [fin de l'autonomie des régions, interdiction des partis indépendantistes catalans, défense de l'unité de l'Espagne, etc.]", multiplie les "charges contre l’islam et les immigrés d’origine musulmane [expulsion de 52 000 réfugiés]" et défend encore "l’enseignement privé au profit des institutions contrôlées par l’Opus Dei", énumère le média suisse.

Vox prône aussi "l'abolition de la loi contre la violence machiste qui favorise, selon lui, les fausses plaintes de femmes 'sans scrupules'". Mais "cette dernière proposition, qui a provoqué l'ire du puissant mouvement féministe espagnol et suscité une levée de boucliers au sein même du PP, ne figure pas dans l'accord signé mercredi", précise France 24.

Une victoire pour l'extrême droite

Bien que ces propositions aient inquiété au-delà des frontières, de nombreux points du programme ultralibéral, conservateur et réactionnaire de Vox ont en effet été écartés par le PP. Le texte signé "se limite à un accord d’investiture, comptant 37 points, souvent des formulations vagues et rhétoriques", relate Le Monde : il "mêle des mesures de compétences régionales et nationales dans une formulation davantage politique que véritablement applicable".

Dans le fond, la participation de l'extrême droite à ce "complexe attelage" servira surtout à "alimenter [s]es ambitions nationales", selon Le Figaro. Pour Juan Montabes, professeur de sciences politiques à l'Université de Grenade, interrogé par le quotidien : "l'essentiel pour Vox est sa présence dans l'opinion publique nationale. Au vu des Unes de la presse espagnole, on peut dire que c'est une réussite".

D'autant plus que "les sondages indiquent que les Espagnols penchent de plus en plus vers des prises de position droitières", selon l'observateur Eric Juliana cité par Le Temps. En conséquence, "il est fort possible que le laboratoire andalou anticipe ce qui va se passer à l’échelle nationale", et ce alors que plusieurs scrutins régionaux et municipaux se tiendront en mai en Espagne, de même que les élections européennes.

Enfin, le "simple fait que le Parti populaire accepte de conclure un accord de soutien avec lui constitue une victoire de taille", commente le chroniqueur Pierre Haski sur France Inter. Comme dans d'autres pays d'Europe, "la droite n'a pas eu d'états d'âmes" pour couper le "cordon sanitaire" avec l'extrême droite.

Un attelage qui déstabilise jusqu'en France

En effet, cet accord "s’inscrit dans le contexte européen de poussée des partis d’extrême droite et populistes, qui contraignent les autres formations à des choix délicats, y compris en France", poursuit le journaliste.

C'est désormais le cas pour La République en marche, alliée de Ciudadanos en vue des élections européennes, même si le parti libéral espagnol "a écarté à tout moment de négocier directement avec Vox, pour ne pas porter préjudice à sa vocation centriste aussi bien en Espagne qu’en Europe" [Le Monde].

Une telle alliance pose "au minimum, un problème d’image", commente pourtant Libération : "pour moi, il ne peut y avoir aucun compromis avec un parti qui porte des valeurs totalement contraires aux nôtres", avait ainsi prévenu Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, lors d'un déplacement mardi à Bruxelles. Pour autant, elle n'a pas encore réagi à l'officialisation de la nouvelle coalition parlementaire.

Ce rapprochement embarrasse également l'ancien député (LaREM) Manuel Valls, soutenu par Ciudadanos à Barcelone (Catalogne) pour l'élection municipale du 26 mai 2019. S'il "partage les vues économiques et anti-indépendantistes" de la formation de centre-droit, Manuel Valls s'était fixé une certaine "ligne de conduite" : "abandonner le pouvoir plutôt que de pactiser avec l'extrême-droite", rappelle LCI.

 

 

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