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Primaire de la gauche : Benoit Hamon et Manuel Valls s'opposent aussi sur l'Europe

Actualité 26.01.2017

Benoit Hamon ou Manuel Valls ? Les électeurs socialistes éliront dimanche 29 janvier leur champion pour l'élection présidentielle. Pour faire leur choix, un dernier débat a eu lieu mercredi 25 janvier, autour des questions économiques, écologiques, internationales et de sécurité. L'occasion pour les deux candidats de faire valoir leurs différences. S'agissant de l'Europe, elles sont assez nombreuses.

Benoit Hamon et Manuel Valls

Le 22 janvier, lors du premier tour de la primaire de la gauche, Benoit Hamon et Manuel Valls, avec respectivement 35,86 et 31,22% des voix, sont arrivés en tête. L'ancien ministre de l'Education et l'ancien Premier ministre ont largement devancé leurs concurrents, notamment Arnaud Montebourg, qui n'obtient que 17,3% des suffrages. Difficilement calculée, la participation s'élève à environ 1,6 million d'électeurs, un chiffre décevant au regard des 4,4 millions de participants à la primaire de la droite en novembre dernier.



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Deux gauches face à face

Au second tour de la primaire de la gauche, le 29 janvier, ce sont deux positionnements très éloignés au sein du Parti socialiste (PS) qui vont s'affronter. Avec Benoit Hamon d'une part, qui incarne l'aile gauche du parti, a fait partie des "frondeurs" et défend un programme ambitieux sur le plan social et écologique. Il est désormais ouvertement soutenu par M. Montebourg ou encore Martine Aubry. Et avec Manuel Valls d'autre part, qui se réclame de la gauche réformiste, se doit de défendre le bilan du quinquennat de François Hollande en l'absence de ce dernier et propose un programme orienté sur la sécurité ou encore la laïcité. Il a reçu le soutien de Sylvia Pinel et peut compter sur celui de Jean-Yves Le Drian ou encore de Najat Vallaud-Belkacem.

Dans ce contexte, le débat d'entre-deux-tours du 25 janvier s'annonce aussi crucial que tendu entre les deux hommes. En retard sur son concurrent et faisant face à la possibilité d'un vote-sanction contre lui, l'ancien Premier ministre cherchera certainement à se montrer offensif. Il devrait à cet égard à nouveau dénoncer le coût du revenu universel défendu par Benoit Hamon, ou encore ce qu'il a appelé ses "ambiguïtés" s'agissant de l'islamisme radical. A l'inverse, M. Hamon, qui bénéficie de la dynamique la plus favorable, est susceptible d'insister sur sa volonté de rassembler la gauche en proposant un projet de "moyen et long terme".

Respect du Pacte de stabilité pour Valls ; "moratoire" pour Hamon

Sur le plan européen également, les points de convergence entre les deux finalistes socialistes sont peu nombreux. Régulièrement associé au leader du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn, connu pour son positionnement très à gauche qui le rendrait incapable de reprendre le pouvoir aux conservateurs, Benoit Hamon ne réfute pas la comparaison. Pas plus qu'il ne rejette le parallèle avec Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, ou encore Podemos, parti espagnol de gauche radicale. Son ambition, s'il devient président de la République, est d'ailleurs de bâtir un "arc d'alliance des gauches européennes", en tendant par conséquent la main aux gauches radicales et écologistes.

Pour connaître les propositions européennes de Benoit Hamon, consultez également son site de campagne

Une perspective que ne partage pas Manuel Valls. Résolument placé au centre-gauche, ce dernier développe un programme classique de social-démocratie et se tient éloigné des courants de gauche plus radicale, véhiculant selon lui "utopie" et "illusions".

L'affrontement entre l'ancien Premier ministre et son éphémère ministre de l'Education sur le terrain économique est par conséquent considérable. Aux remèdes drastiques de Benoit Hamon, que sont "l'annulation de la dette contractée depuis 2008 par les pays de l'UE" ou le "moratoire sur le Pacte de stabilité", Manuel Valls oppose le sérieux en matière budgétaire, estimant qu'il est "hors de question de laisser déraper le déficit".

Plus précisément, M. Hamon propose d'exclure les dépenses militaires et d'investissement – qui représentent près de 100 milliards d'euros – du calcul du déficit, et de mutualiser à terme les dettes européennes. Tandis que M. Valls souhaite "mettre en place un grand plan d'investissement public et privé" ou encore "créer un livret d'épargne européen" dans le but de financer les entreprises et industries innovantes. En ce qui concerne l'idée d'instaurer un salaire minimum européen, les candidats y sont par contre tous deux favorables.

Pour connaître les propositions européennes de Manuel Valls, consultez également son site de campagne

Alliance méditerranéenne vs. Couple franco-allemand

Sur le plan pratique, l'application du programme de Benoit Hamon, s'il est élu président le 7 mai, risquerait fort de heurter l'Allemagne, tant Berlin s'emploie à faire strictement respecter la rigueur budgétaire. En revanche, outre la Grèce, des pays méditerranéens tels que l'Italie, l'Espagne ou encore le Portugal, qui ne sont d'ailleurs pas tous dirigés par un parti de gauche, pourraient être séduits par ces propositions.

Pour sa part, l'ancien Premier ministre a placé le couple franco-allemand au cœur de sa stratégie européenne, souhaitant même que les deux pays organisent conjointement "une conférence de refondation de l'UE". Reprenant à son compte une idée avancée par l'ancien ministre des Affaires étrangères socialiste Hubert Védrine, Manuel Valls estime qu'une telle conférence servirait à "créer les conditions d'un consensus indispensable à la survie du projet européen".

De fait, sur son site de campagne, M. Valls se propose de "refonder" l'Europe afin de résoudre la crise de défiance qui touche l'Union. Selon lui, cette dernière doit se recentrer sur l'unique objectif de "protection des Européens à l'heure de la mondialisation". Une idée que l'on retrouve d'une certaine manière dans les propositions de Benoit Hamon, qui fait notamment de la "défense de nos intérêts face au libéralisme économique", par le biais de la suspension des traités CETA et TAFTA, une priorité.

Manuel Valls et Benoit Hamon, en 2012

Manuel Valls et Benoit Hamon, en 2012

Hamon tend la main aux réfugiés ; Valls insiste sur la maîtrise des frontières

Toutefois, le député des Yvelines, beaucoup plus que l'élu de l'Essonne et ancien maire d'Evry, met également l'accent sur la politique d'ouverture que l'Europe devrait mettre en œuvre, particulièrement en matière d'immigration. Un point majeur de divergence entre les deux candidats.

Benoit Hamon défend en effet l'idée d'un "visa humanitaire" qui réserverait une "voie d'accès légale et sécurisée au territoire français", l'élimination "des obstacles à l'intégration des réfugiés" en réduisant à trois mois la durée de présence nécessaire pour pouvoir travailler, ou encore l'abrogation des règles de Dublin qui imposent aux pays d'accueil – actuellement la Grèce et l'Italie – de faire face à l'accueil des migrants. Pour sa part, Manuel Valls met l'accent sur "la pleine maîtrise de l'espace Schengen et des frontières extérieures", ce qui serait l'un des moyens de "rendre à nouveau l'Europe souveraine".

En désaccord sur les questions migratoires, les deux hommes pourront en revanche se retrouver en ce qui concerne la politique européenne de défense. Manuel Valls et Benoit Hamon l'appellent tous deux de leurs vœux. L'ancien Premier ministre souhaite poursuivre le rapprochement opéré entre la France et l'Allemagne en la matière, particulièrement pour faire face à l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, synonyme selon lui de désengagement militaire des Etats-Unis en Europe. Quant à Benoit Hamon, ce dernier voit la France au cœur du système européen de défense, qui se couplerait d'une "Europe de l'énergie".

 

Par Jules Lastennet