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Margot Wallström : "Il faut mobiliser les citoyens pour qu'ils aient envie de contribuer à ce fantastique projet qu'est l'UE"

Actualité 02.02.2007

Margot Wallström est vice-Présidente de la Commission européenne et chargée des Relations institutionnelles et de la stratégie de communication. A l'occasion de son déplacement à la Maison de l'Europe de Paris, Touteleurope.fr a recueilli ses réflexions sur la politique de communication de l'UE.


Il y a tout juste un an, la Commission européenne a adopté un Livre blanc sur la politique de communication européenne et a ouvert une consultation publique. La Commission doit adopter prochainement un rapport final. Quel est votre bilan ?

Nous allons dresser le bilan de la consultation lancée dans le cadre du Livre blanc sur la politique de communication de la Commission. Ce bilan sera réalisé à partir des contributions qui ont été adressées par Internet (près de 6000) et des résultats des débats organisés dans les Etats membres.

Le Livre blanc sur la politique de communication contenait 5 chapitres. A partir des propositions et des commentaires que nous avons rassemblés, nous allons lister dans chaque chapitre les contributions les plus pertinentes et décider des actions que nous voulons entreprendre. Il s'agit bien plus d'un 'plan d'action' que d'un rapport. Ce travail de préparation est réalisé de concert avec le Parlement européen.

L'aspect le plus positif de ce bilan est sans doute la création d'une nouvelle matière. Auparavant, chacun s'estimait expert en communication, il  n'y avait pas vraiment de relais, ni d'interlocuteurs. Désormais, nous avons créé un débat pour communiquer sur l'Europe. Il y a des réactions et des critiques sur l'action de la Commission mais également des attentes. C'est l'un des effets les plus importants de ce débat qui a été lancé il y a plus d'un an.


En mars 2007, l'Union européenne va fêter le 50e anniversaire des Traités de Rome. Quelle portée ces célébrations devraient avoir pour les citoyens européens ?

La célébration des 50 ans des Traités de Rome est l'occasion de dresser un bilan de la construction européenne depuis 1957 et de tout ce qui a été accompli grâce à l'Europe. Cet anniversaire est l'occasion de rappeler que l'Union européenne a permis la création et le maintien de la paix en Europe.

Mais cet événement est surtout l'occasion de regarder vers le futur. Il faut chercher à comprendre à quoi l'UE correspond aujourd'hui et réfléchir aux missions de l'Union.

L'un des thèmes essentiels sur lesquels l'Union doit concentrer son action, est le développement durable. Comment faire pour qu'il soit effectif en Europe ? Comment combiner la croissance économique, la protection de l'environnement et le maintien de normes sociales élevées ?

Le Président de la Commission européenne a, dès le début de son mandat, identifié 3 objectifs qui sont toujours valables et qui le resteront sûrement très longtemps : garantir la prospérité, la solidarité, et la sécurité.

Il faut mobiliser les citoyens pour qu'ils aient envie de contribuer à ce fantastique projet. Nous parviendrons à avancer à la seule condition que nous travaillons ensemble.


Est-ce que vous pensez que les 50 ans du Traité de Rome va rassembler les citoyens européens ? 

Si un événement comme les 50 ans des Traités de Rome ne permet pas de rassembler les citoyens européens et que cet anniversaire souligne seulement l'existence d'une crise de la cinquantaine, alors nous avons de graves ennuis.

L'anniversaire des Traités de Rome est une chance pour nous. Cet événement peut nous permettre de créer un lien avec les citoyens européens en leur expliquant que l'UE est leur destinée, et qu'ils doivent s'y impliquer.


Existe-il une citoyenneté européenne ? Comment l'UE peut elle rendre cette idée familière pour les Européens ?

Toutes ces questions de citoyenneté européenne et d'identité ne peuvent pas être imposées. Elles doivent avant tout être expliquées.

A titre d'exemple, nous nous sentons davantage Européens lorsque nous nous rendons aux Etats-Unis. Dans cette situation, nous percevons toute la spécificité de nos valeurs. Il existe un véritable modèle européen.

Juridiquement, la citoyenneté européenne existe car tout citoyen de l'UE peut faire appel aux institutions européennes, contacter la Commission européenne, saisir le Médiateur européen… Mais nous sentons nous vraiment citoyen européen ?  Je ne pense pas que cela soit le cas de beaucoup d'Européens…


Vous suggérez que la Commission européenne devrait mieux associer les Etats membres afin d'améliorer la communication sur l'Europe. Concrètement, dans quelle mesure cette coopération peut-elle être bénéfique ?


Il faut que les Etats membres cessent de blâmer Bruxelles. Cette attitude est sans doute pratique pour certains Etats membres à court terme mais lorsqu'il faudra interroger les citoyens, ceux-ci auront une image négative de l'UE et ils voteront contre le projet européen. Il faut donc plus d'ouverture et de transparence afin de permettre une meilleure relation entre les Etats membres et l'UE.

D'autre part, les institutions européennes doivent mieux communiquer auprès des citoyens. A titre d'exemple, lors d'un voyage en Roumanie, un habitant m'a interpellée, croyant qu'il lui était inderdit de tuer ses cochons dans son jardin depuis l'adhésion de son pays à l'UE. Je lui ai alors expliqué que rien dans la législation européenne ne l'en empêchait, à condition toutefois que sa viande ne soit pas commercialisée sur le territoire de l'Union.

Il faut donc davantage informer les citoyens européens. Nous devons trouver un point d'équilibre entre la responsabilité des Etats membres et celle de l'Union européenne.

Propos recueillis le 02/02/07