Derniers articles publiés

Levée de l'embargo européen sur les armes en Syrie

Actualité 28.05.2013

On aurait pu craindre le "pire spectacle" selon un diplomate allemand. Après des négociations qui se sont poursuivies tard dans la soirée, les Vingt-Sept sont finalement parvenus, dans la nuit de lundi à mardi, à un compromis concernant la levée de l'embargo sur les armes à destination des rebelles en Syrie. Une décision qui suscite la controverse au sein de la diplomatie internationale.

Au pied du mur à seulement quelques jours du terme des sanctions imposées par l'Union européenne au régime syrien depuis l'été 2011 (gel des avoirs, embargo sur les armes et le pétrole, rejet des visas), les ministres européens des Affaires étrangères se sont entendus ce lundi sur leur maintien. Les Vingt-Sept ont en revanche validé à l'unanimité la levée de l'embargo sur les exportations d'armes à destinations de la rébellion syrienne. "L’UE a décidé de mettre fin à l’embargo sur les armes pour l’opposition syrienne et de maintenir les autres sanctions contre le régime syrien", a déclaré à l'issue de la réunion le chef de la diplomatie britannique William Hague. Une initiative franco-britannique à laquelle l'Autriche, la République tchèque, la Suède, la Finlande et la Roumanie s'opposaient pourtant, en raison notamment des lourdes incertitudes pesant sur la traçabilité des armés distribuées aux rebelles syriens, parmi lesquels des combattant d'al-Nosra, branche du réseau islamique al-Qaïda."L'UE vient de recevoir le prix Nobel de la paix, ce n'est pas pour s'engager directement dans un conflit par le biais de livraison d'armes", s'était exprimé auparavant le ministre des Affaires étrangères autrichien, Michael Spindelegger.

 

Avec l'Allemagne et les Pays-Bas, l'Autriche aura finalement retourné sa veste. Frans Timmermans, chef de la diplomatie néerlandaise, s'est ravisé, affirmant que la levée de l'embargo "pourrait être un message utile à adresser à Assad". Cependant,  le compromis adopté ne devrait à court terme avoir aucun effet sur la situation des rebelles, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne s'étant "engagés à s’abstenir d’exporter des armes à ce stade et, en tout état de cause, à appliquer un certain nombre de critères stricts à d’éventuelles exportations futures", a déclaré le luxembourgeois Jean Asselborn. Un engagement qui écarte l'éventualité de livraisons d'armes à la rébellion syrienne avant la prochaine réunion des ministres de l'UE tenue d'ici le 1er août prochain. Une mesure de précaution donc, en vue de la conférence internationale "Genève 2" programmée en juin. 

Reçus ce lundi soir par le ministre français des Affaires étrangères, les chefs de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, et américaine, John Kerry, se sont entretenus à Paris sur les préparatifs de la conférence internationale. S'ils semblent prudemment s'accorder sur la mise en place d' "un gouvernement de transition, doté des pleins pouvoirs", "par consentement mutuel" des parties prenantes au conflit, rien de permet  à l'heure actuelle de prédire l'avenir du dirigeant syrien Bachar el-Assad. La conférence devrait réunir les fidèles de Bachar el-Assad et les opposants au régime, une présence qui reste toutefois incertaine. Si la diplomatie de Damas vient de valider "un accord de principe" quant à sa participation, le silence de la Coalition nationale syrienne, actuellement réunie en assemblée générale à Istanbul (Turquie,) laisse planer le doute.

La levée de l'embargo sur les exportations européennes d'armes en Syrie a été froidement  accueillie par la Russie, fidèle allié d'Assad, qui n'hésite pas à remettre en question la tenue de la conférence internationale de paix dont elle est co-initiatrice (aux côtés des Etats-Unis) : "Cela porte un préjudice direct à la possibilité d'organiser une conférence internationale […]. Cela va à l'encontre de la politique de l'UE", a réagi Sergueï Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères.

Les négociations diplomatiques se sont déroulées sur fonds de suspicions d'utilisation d'armes chimiques par le régime Assad à l'encontre de la rébellion. L'enquête de deux journalistes du Monde publiée ce lundi, semble attester cette pratique. Au départ de Bruxelles, Laurent Fabius a exprimé son "inquiétude" à cet égard : "Il semble qu'il existe des présomptions de plus en plus étayées d'usage localisé d'armes chimiques. Elles nécessitent des vérifications très précises, nous le faisons".