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Le gaz russe reste bloqué en Ukraine

Actualité 13.01.2009

Rebondissement dans la crise du gaz : alors que la Russie et l'Ukraine ont signé un accord lundi 12 janvier un accord sur une reprise des livraisons de gaz russe en Europe, l'Ukraine a admis mardi qu'elle bloque volontairement ces livraisons pour cause des "conditions de transit inacceptables" qui lui seraient imposées par la Russie. Bruxelles a salué cette annonce mais a reconnu que la situation devenait "très sérieuse".

Un accord ... mais pas de solution

Lundi 12 janvier, appelé par la Présidence tchèque du Conseil de l'Union européenne, ainsi que les ministres européens de l'Energie réunis en conseil extraordinaire a trouvé une solution à la crise sur le gaz, la Russie et l'Ukraine ont envoyé une délégation à Bruxelles afin de négocier.

Un accord était ainsi signé lundi soir entre les deux partenaires commerciaux. Cependant, alors que la Russie annonçait le 13 janvier au matin que les livraisons vers l'Europe allaient reprendre, l'Ukraine a avoué qu'elle bloquait intentionnellement le transit du gaz russe sur son territoire, pour cause de conditions inacceptables.

La Commission européenne, qui a salué cette annonce et admis que ces observateurs, envoyés en Ukraine pour vérifier si les accusations de Gazprom selon lesquelles l'Ukraine bloquait les livraisons étaient avérées n'avaient pu accéder aux infrastructures, s'inquiète cependant de la tournure du conflit.

Si elle souhaite rester en dehors de ce qu'elle considère comme un simple différend commercial, la Commission souhaite en effet qu'une issue soit trouver afin que les Etats membres privés de gaz depuis maintenant plusieurs jours soient livrés de nouveau.

Retour sur un conflit russo-ukrainien ...

Le 7 janvier 2009, Gazprom, le géant russe de la fourniture de gaz, a décidé de stopper ses livraisons à l'Ukraine, après que celle-ci ait refuser de payer le prix courant sur le marché mondial.

En effet, jusqu'à cette date, l'Ukraine obtenait le gaz russe à prix préférentiel.

Bien qu'il ait approuvé le principe d'un alignement du tarif du gaz sur celui du marché mondial, le gouvernement ukrainien avait réclamé une période transitoire d'au moins cinq ans, ce que la Russie n'a pas respecté en augmentant de façon rapide les tarifs.

Le 1er janvier, les quantités de gaz à destination de l'Union européenne étaient en net recul, et les importateurs se plaignirent de déficits atteignant jusqu'à 30 %. Gazprom accusa alors l'Ukraine d'avoir détourné illégalement de grandes quantités de gaz. 

Le gouvernement Ukrainien s'est cependant défendu d'un tel vol, tout en menaçant aussi de "se servir du gaz russe comme d'une taxe sur le transit" en cas de froid persistant. La Russie a donc suspendu ses livraisons.

L'Ukraine souhaitant couvrir ses besoins en gaz, elle envisage de recourir à des livraisons en provenance du Turkménistan, pays avec lequel elle a, l'an dernier, signé un contrat prévoyant l'importation de 40 milliards de m3 de gaz. Ce gaz transite par le territoire russe et Gazprom a déjà laissé entendre qu'il pourrait bloquer l'approvisionnement.

Pour les médias ukrainiens, il s'agit avant tout d'une action politique de la part du Kremlin, l'interruption des livraisons de gaz servant à soutenir, aux élections législatives de mars prochain, le camp du candidat perdant de l'élection présidentielle de 2005, Victor Ianoukovich et à pousser des parties de l'industrie ukrainienne à la banqueroute, afin d'acquérir à bas prix le réseau de pipelines et certaines industries clés.

... auquel l'Union européenne ne peut rester indifférente

60%

C'est le taux de dépendance de la Pologne à la Russie en matière de fourniture de gaz

La suspension des livraisons de gaz russe vers l'Ukraine a été unanimement dénoncée par les Etats membres et les institutions européennes.

Ainsi, le président de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, Jacek Saryusz-Wolski (PPE-DE, PL), a déclaré que "l'UE doit agir de manière énergique pour qu'une décision soit prise avant vendredi vu les conditions climatiques extrêmes qui frappent les pays d'Europe centrale".

L'Union européenne a donc décidé d'envoyer une mission d'observation en Ukraine afin de vérifier si les accusations de Gazprom, qui assure qu'une partie du gaz traversant ce pays est volé, sont vérifiés. La Présidence tchèque de l'Union européenne s'est ainsi rendu à Kiev ce jour, vendredi 9 janvier.

Une crise qui relance le débat sur la sécurité énergétique de l'UE

Débat

La crise du gaz fera l'objet d'un débat entre les députés, la Commission européenne et le Conseil, le 14 janvier en session plénière du Parlement européen.

La Commission européenne a annoncé la réunion ce jour de son groupe de coordination sur le gaz, pour y examiner la situation de chaque Etat membre.

Dans l'UE, l'interruption des livraisons depuis mardi affecte principalement la Hongrie, dépendante à 65 % du gaz russe, la Grèce (81 %), et la Bulgarie (90 %). Hors de l'UE, les pays les plus touchés sont ceux des Balkans, notamment la Croatie, la Bosnie, la Macédoine et la Serbie, ainsi que la Turquie.
 
La Commission européenne a précisé qu'elle n'était pas partie prenante aux négociations en cours entre Moscou et Kiev mais qu'elle ferait tout pour "faciliter les choses".
 
La crise sur le gaz a amené plusieurs députés européens à plaider en faveur d'une politique européenne de sécurité énergétique capable d'améliorer la sécurité des pays de l'UE et aussi de permettre de diversifier les ressources d'approvisionnement.
 
L'option du gazoduc Nabucco, qui acheminerait le gaz de la mer Caspienne en passant par la Turquie et qui aboutirait en Autriche, a notamment été soutenue par Janusz Onyszkiewicz (ALDE, PL).
 

Sources

M. Topolánek à Kiev pour des négociations sur les livraisons de gaz russe - Présidence tchèque de l'UE

Crise du gaz : les députés européens s'inquiètent pour leurs concitoyens - Parlement européen

 

En savoir plus

La Présidence tchèque du Conseil de l'Union européenne
L'Europe de l'énergie