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L’ombre de Vladimir Poutine et de Donald Trump plane sur le Conseil européen

Actualité 16.12.2016

Lors du dernier Conseil européen de 2016 ce jeudi 15 décembre, les dirigeants européens rassemblées à Bruxelles auront dû évoluer sur un champ de mines. Tous les chefs d’Etat et de gouvernement ont fait part de leurs inquiétudes quant à l’urgence humanitaire en Syrie, dans un conflit qui dure depuis plus de cinq ans, et ont salué la venue de dernière minute du maire d’Alep-Est (notre photo).

Donald Tusk (à gauche) avec Brita Haj Hassan, maire d'Alep

Des milliers de personnes évacuées d’Alep-Est

Le matin même, le président syrien Bachar el-Assad s’était félicité de la prise d’Alep par son armée et la Russie de Vladimir Poutine. En parallèle, débutait l’évacuation des rebelles et de leurs familles des derniers quartiers Est, vers la ville d’Idlib dans laquelle un cessez-le-feu a été déclaré. L’émissaire des Nations unies sur les questions humanitaires Jan Engeland a tenu à préciser que l'ONU avait été "invitée seulement le matin même à superviser et assister les opérations d'évacuation. Nous n'avons pas été partie prenante", a-t-il regretté. Si les deux structures de l’ONU à Idlib peuvent accueillir jusqu’à 100 000 personnes au total, l’émissaire onusien s’inquiète de la suite des événements "quand cette opération sera terminée, pour les gens d'Idlib et des autres zones qui sont toujours disputées". 

Les sanctions européennes contre la Russie prolongées pour six mois

En marge de son intervention devant le Conseil européen, le président sortant du Parlement européen Martin Schulz a indiqué dans une dernière conférence de presse que la reprise d’Alep-Est était un tournant majeur dans la guerre civile syrienne. En conséquence, l’UE devrait sans plus tarder définir son rôle dans le conflit : "Nous pouvons être un acteur incontournable de la paix en Syrie et nous avons une capacité de reconstruction non égalée. Nous devons impérativement trouver la volonté et le courage de faire usage de cette capacité, de notre position et de notre force pour faire la différence. Face aux atrocités dont nous sommes témoins, une autre voie est sans aucun doute nécessaire". Le président sortant du Parlement européen demande ainsi à l’Union de réagir car "la Russie a pour stratégie d’affaiblir l’Union".

Les sanctions économiques européennes actuelles contre la Russie dans les domaines de la défense, de l'énergie et de la finance, expirent fin janvier 2017. Alors que des voix se font de plus en plus fortes aux États-Unis mais aussi au sein de l’Union européenne – à l’image des Pays-Bas – pour réclamer la levée des sanctions contre la Russie, Martin Schulz a réaffirmé que tant que les accords de Minsk II de février 2015 ne seront pas respectés, ces sanctions doivent être prolongées. Cet appel a été entendu : le Conseil européen a décidé de les prolonger pour six mois supplémentaires, jusqu’au 31 juillet 2017, mais sans y lier l'intervention russe en Syrie. La procédure formelle devant être entamée dans la foulée, a précisé le ministre grec des Affaires européennes Tomas Prouza.

"L’inconnue Trump" planait en outre sur ce dernier Conseil européen de l’année. Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov, démissionnaire à la suite de la défaite de son parti lors de l'élection présidentielle du 6 novembre où les socialistes favorables à de meilleures relations avec Moscou l'ont emporté, a ainsi mis en garde ses homologues contre les conséquences d’une levée des sanctions américaines à l’encontre de la Russie.

François Hollande pose un ultimatum humanitaire sur la Syrie

Face à la situation humanitaire en Syrie, le président français François Hollande a affirmé sa volonté de convaincre les pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies de voter une résolution humanitaire pour aider les civils syriens, lors de son point presse nocturne en conclusion du Conseil européen, "n'imagin[ant] même pas" un véto russe.

Bien que la Russie ait mis à plusieurs reprises son véto dans le passé, notamment sur la question de l’utilisation des armes chimiques par le régime du président syrien Bachar el-Assad, François Hollande a affirmé que la Russie n’a aucun intérêt à empêcher l’acheminement de l’aide internationale qui souhaite nourrir et soigner les populations.

Un corridor humanitaire pourrait donc être dressé pour permettre aux citoyens syriens de quitter la ville d’Alep, et leur apporter les soins et l’assistance nécessaires. L’aide humanitaire semble à cet égard la seule voie d’action possible pour une Union aux dissonances fortes.

Face à l’urgence syrienne, l’accord UE-Turquie qualifié de succès

Par ailleurs, malgré les désaccords entre l’UE et la Turquie notamment sur la question kurde et le respect des droits de l’homme, Martin Schulz a qualifié l’accord UE-Turquie de "succès". Les réfugiés sont en effet considérés comme bien traités sur le territoire turc, protégés de l’emprise des passeurs. Un nouveau sommet EU-Turquie sera organisé prochainement, "mais pas dans les quatre mois prochains", a annoncé un représentant européen au média Politico. Les autorités européennes souhaitent maintenir le dialogue avec la Turquie pour peser sur les négociations et faire avancer un réel contre-pouvoir.

Avançant main dans la main en matière de politique extérieure, le couple franco-allemand aura cherché, au cours de ce dernier Conseil de l'année 2016, à parler d'une même voix afin de ne pas laisser cette prérogative à d’autres puissances comme la Russie. Les lignes de la diplomatie européenne risquent cependant de bouger rapidement dans la mesure où des élections majeures sont prévues en 2017 en France et en Allemagne.

 

Par Moïse Ollivier et Céline Schmitt, dans le cadre de notre partenariat avec l'institut Open Diplomacy