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L'Europe dans la présidentielle 2012 : le projet de Nicolas Sarkozy

Actualité 13.03.2012

Le 11 mars à Villepinte, Nicolas Sarkozy, président-candidat de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP) à l'élection présidentielle française, a recentré sa campagne sur l'Europe. Se déclarant favorable à un "Buy European Act" et à un "Small Business Act" européen, Nicolas Sarkozy entend mieux protéger les entreprises européennes dans l'accès aux marchés publics et exiger la réciprocité dans les accords commerciaux avec les pays tiers. De plus, le candidat de l'UMP souhaite revoir le fonctionnement de l'espace Schengen, jugeant défaillante la politique européenne d'immigration.

Mise à jour : Lors de la présentation de son programme le 5 avril, Nicolas Sarkozy a ajouté à ses propositions le gel de la contribution française au budget de l'UE. Une mesure qui, selon le candidat, permettrait d'économiser 600 millions d'euros.

Les propositions européennes de Nicolas Sarkozy sont nécessairement à mettre dans le contexte électoral français. Dans l'optique de rattraper son retard dans les sondages sur François Hollande, le candidat de l'UMP a voulu donner des gages à la France du non (au référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005). De plus, un sondage du Monde a montré que les Français sont majoritairement favorables à ce que les Etats aient plus de pouvoir face à Bruxelles.

Un "Buy European Act" et un "Small Business Act" européen

Ainsi, M. Sarkozy désire mettre en place des mesures protectionnistes pour l'économie européenne : "le libre-échange oui, la concurrence déloyale non!" a-t-il répété. Sur le modèle du "Buy American Act", conçu en 1933 pour faire face à la grande dépression, le candidat de l'UMP veut mettre en œuvre un "Buy European Act" afin que "les entreprises qui produisent en Europe bénéficient de l'argent public européen".

"La proposition à laquelle je travaille avec mon collègue Karel de Gucht sur les marchés publics est précisément une bonne réaction non-protectionniste, mais qui permet d'appliquer une réciprocité sous certaines conditions et nous donne du levier vis-à-vis de nos partenaires commerciaux. Pour nous, l'essentiel est de maintenir les marchés ouverts, mais c'est vrai qu'il n'y a pas d'équilibre pour l'instant entre l'ouverture des marchés européens et celle des marchés des pays tiers". Michel Barnier


Cette loi serait accompagnée d'un "Small Business Act" européen. Avec de telles dispositions, les entreprises européennes – y compris les PME - seraient privilégiées aux dépens des entreprises provenant des pays tiers pour l'obtention de marchés publics. Nicolas Sarkozy reprend ici un de ses thèmes de campagne de 2007. Sa proposition avait alors été combattue, notamment par les pays scandinaves et le Royaume-Uni et avait abouti sur un accord de soutien financier aux PME européennes mais pas à des marchés réservés.

A ce discours du président-candidat, Bruxelles a tenu à répondre, par l'intermédiaire de Michel Barnier, commissaire au Marché intérieur, qu'une réforme visant à limiter l'accès aux marchés publics aux entreprises de pays non-européens qui excluent les sociétés étrangères de leurs propres marchés était d'ores et déjà en préparation et que Nicolas Sarkozy "n'aurait pas à attendre longtemps". La Commission européenne a reconnu avoir manqué de vigilance au cours des dernières années en ouvrant sans restriction les marchés pour favoriser "des réalisations à des tarifs moindres".

Et le président du Conseil européen Herman Van Rompuy d'ajouter qu'il est "nécessaire de jouer à armes égales, avec de meilleurs accès aux marchés étrangers pour les entreprises de l'UE et une meilleure protection des droits de la propriété industrielle", tout en rappelant que restreindre les appels d'offre représenterait des "coûts non-négligeables".

Réformer le fonctionnement de Schengen

Avec sa volonté d'un patriotisme économique accru, Nicolas Sarkozy a mis en avant un second cheval de bataille lors de son discours de Villepinte : la réforme de Schengen. Au risque d'être accusé de vouloir "parler aux électeurs du Front National", comme ce fut le cas par le Parti socialiste, le président-candidat a déclaré que "les accords de Schengen ne permettent plus de répondre à la gravité de la situation et qu'ils doivent être révisés". M. Sarkozy souhaite une "réforme aussi structurelle que celle que nous venons de mettre en œuvre pour l'euro", ajoutant qu'il est impossible "de laisser la gestion des flux migratoires entre les seules mains des technocrates et des tribunaux".

"En déplaçant le débat politique au niveau européen, Nicolas Sarkozy maintient le virage à droite qu'a pris sa campagne depuis le début du mois, quand il a plaidé pour la réduction du nombre d'immigrants, afin de récupérer les électeurs du Front national". Wall Street Journal

En l'état actuel des choses, le candidat de l'UMP estime que la France ne peut plus accueillir dignement ceux qui arrivent et ne peut pas financer son système de protection sociale. Son vœu est la constitution d'un gouvernement politique de Schengen et une discipline commune vis-à-vis de l'immigration. Le président se déclare de fait favorable à des sanctions voire à l'exclusion d'un Etat défaillant qui ne respecterait plus ses obligations. Et de conclure qu'il suspendrait la participation de la France de l'espace Schengen si "aucun progrès sérieux dans cette direction" n'était accompli d'ici douze mois.

Cecilia Malmström, commissaire européenne aux Affaires intérieures, a immédiatement réagi aux positions avancées par Nicolas Sarkozy, rappelant "qu'une modification de Schengen doit passer par un changement de traité".  L'idée de "réformer Schengen sur le modèle de ce qui a été fait pour l'euro" n'est pas nouvelle a poursuivi la Commission et il s'agit d'une autre de ses propositions. Deux changements ont d'ailleurs été soumis :

"Renoncer à Schengen signifierait un retour en arrière et une limitation de la liberté d'un grand nombre de personnes à cause de quelques criminels". La Stampa

 

  • L'isolation d'un pays en cas de défaillance dans le contrôle de ses frontières,
  • Le rétablissement unilatéral des contrôles par un pays et, après cinq jours, le soutien ou non de l'initiative par la majorité des membres.


L'idée est de mutualiser le processus car "une décision d'un Etat a des répercussions sur les autres". A cet égard, l'absence de Claude Guéant à Bruxelles jeudi 8 mars lors d'un Conseil des ministres européens, pourtant en grande partie consacré à l'amélioration de la surveillance des pays qui peinent à contrôler les frontières externes de la zone Schengen, a été remarquée.


En savoir plus

Discours de Nicolas Sarkozy à Villepinte – 11 mars 2012
Réformer Schengen en profondeur ? Pas si simple pour Bruxelles – Libération – 12 mars 2012
Sarkozy en campagne contre Schengen – Presseurop – 12 mars 2012
L'Europe dans la présidentielle 2012 : François Fillon présente sa vision de l'Europe – Toute l'Europe