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Jean-Pierre Jouyet : "Je vois de la complémentarité dans les objectifs des Présidences française, tchèque et suédoise"

Actualité 13.06.2008

Le 12 juin dernier, le Club Grande Europe a réuni Jean-Pierre Jouyet, Cecilia Malmström et Alexandr Vondra pour un séminaire autour de la thématique "Quelle convergence entre les trois prochaines Présidences de l’Union européenne ?". L’occasion pour le secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes, la ministre suédoise des Affaires européennes et le Vice-premier ministre tchèque chargé des Affaires européennes de revenir sur plusieurs mois de préparation en commun, sur le programme des 18 mois à venir et sur les points de convergence, comme de divergence, entre leurs trois pays sur les questions européennes.

Le trio France - République tchèque - Suède

"Nous sommes à la veille de la Présidence française, mais nous sommes aussi à la veille des Présidences tchèque et suédoise". C’est par ces mots que Cécilia Malmström, ministre suédoise des Affaires européennes, a introduit le débat sur les trois Présidences de l’Union européenne qui vont se succéder à partir du 1er juillet 2008, et qui ont travaillé de concert pour définir "un catalogue des sujets à aborder" au cours de ses 18 mois.

Institutionnalisé par le Conseil de l'Union européenne en septembre 2006, le système de la troïka implique que "pour chaque période de 18 mois, les trois présidences qui seront en exercice à ce moment-là élaborent (…) un projet de programme des activités du Conseil pour ladite période" (Règlement intérieur du Conseil).

En effet, depuis 2006 le programme des Présidences de l’Union européenne est établi sur 18 mois. C'est ce que l'on appelle le trio présidentiel ou "troïka".
Depuis le mois d’août 2007, la Présidence française travaille donc en collaboration étroite avec la Présidence tchèque qui débutera le 1er janvier 2009 et la Présidence suédoise, qui sera lancée le 1er juillet 2009. Les trois présidences ont élaboré un programme de travail commun de 18 mois qui sera adopté lundi 16 juin par le Conseil Affaires générales de l'UE.

Ce mécanisme institutionnel permet de nombreuses améliorations dans le fonctionnement de la Présidence tournante du Conseil de l'Union européenne. Pour Cécilia Mallström, le système de "troïka" permet plus de "continuité, de compréhension et d'efficacité" dans le travail des Présidences.

Convergences et divergences des trois prochaines Présidences de l’Union européenne

Le séminaire du 12 juin a permis aux représentants des Etats qui vont assurer les trois prochaines Présidences de l’UE de préciser les objectifs communs qui ont été définis, mais également de mettre en lumière les priorités plus individuelles de chacun d’entre eux.

Ainsi, selon Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes, il faut voir dans les programmes des trois Présidences "non pas des objectifs différents mais de la complémentarité". Il estime que le programme de travail du trio est "très ambitieux", tout en restant "réaliste dans ses objectifs".

Le "Club Grande Europe" a été créé en février 2003 pour contribuer au débat sur les enjeux de l’Europe élargie dans les médias en France, en Europe centrale et dans toute l’Union européenne. Il compte plus de 110 membres dont 85 journalistes. Présidé par Jacques Rupnik, spécialiste de l’Europe centrale et des Balkans, il est animé par Françoise Pons, journaliste.

Le programme commun a donc dû concilier une "Europe sans barrière", chère à la République Tchèque, une " Europe de l’environnement" voulue par la Suède et une "Europe proche des citoyens", primordiale pour la France. Jean-Pierre Jouyet a insisté sur la volonté de la Présidence française de l’Union européenne de faire en sorte que les aspirations des citoyens européens sur un certain nombre de sujets d’actualité, notamment la crise alimentaire, soient prises en compte. "Les stratégies de l’Union européenne, valides sur le moyen terme, doivent rencontrer à court terme les préoccupations du citoyen", a-t-il précisé, rappelant que cette articulation serait l’une des difficultés que les trois Présidences successives auront à résoudre.

Les trois Etats membres se sont entendus sur les grandes priorités que vont partager ces trois Présidences successives : l’environnement, et notamment la définition d’une position européenne forte en vue de la Conférence de Copenhague en décembre 2009; la mise œuvre du traité de Lisbonne, et tout particulièrement la nomination, dès le mois de décembre 2008 du Président du Conseil européen et du Haut-Représentant de la politique étrangère européenne; enfin la poursuite de la réforme des institutions, nécessaire dans une Europe élargie.

Ces objectifs communs ne font pas oublier que ces Etats ont des traditions et des préoccupations très différentes, notamment la République Tchèque, qui est entrée récemment dans l’Union européenne. Ainsi, Alexandr Vondra a rappelé son désir de voir l’Europe s’ouvrir aux pays de l’Est, et notamment aux Etats voisins de son pays. En effet, si la France a décidé de se tourner vers les pays du Sud de la Méditerranée, portant le projet d’Union pour la Méditerranée, la République Tchèque priorise surtout la conclusion d’un accord avec les pays des Balkans dans le courant de l’année 2009. Le Vice-premier ministre tchèque chargé des Affaires européennes a ainsi précisé que si l’Ukraine n’était pas encore prête à devenir un Etat membre, "il [fallait] laisser la porte ouverte dans l’intérêt de l’Union européenne dans son ensemble".

Les priorités de la Présidence française de l'Union européenne

La France s'efforce donc de travailler de concert avec les deux autres Présidences qui lui succéderont, mais elle a élaboré également un programme de travail qui lui est propre.

Paris devra mettre en œuvre ses priorités dans un contexte particulier de crises économiques, financières et politiques sur le plan international. Au niveau européen, le second semestre 2008 se situera juste avant les élections au Parlement européen et la nomination du nouveau collège de la nouvelle Commission européenne. L'agenda législatif sera ainsi très chargé.

La Présidence française de l'UE sera donc un "exercice très difficile" souligne Jean-Pierre Jouyet. La France devra aborder sa Présidence avec "gravité et humilité". La victoire du "non" au référendum sur le traité de Lisbonne en Irlande risque de rendre la tâche de la Présidence française plus ardue.

La France a présenté quatre priorités pour sa Présidence :

  • Parvenir à un accord européen exemplaire en matière de changement climatique afin que l'UE soit prête pour la conférence internationale de Copenhague fin 2009. Pour Jean-Pierre Jouyet l'Europe doit être "plus écologique".
  • Assurer la sécurité énergétique de l'Europe, en particulier dans le contexte de la hausse du pétrole.
  • Mettre en place une politique plus coordonnée au niveau européen sur la question des flux migratoires. Un accord sur un Pacte européen de l'immigration est l'un des objectifs de la PFUE. Pour Jean-Pierre Jouyet, le Pacte ne doit "pas être une machine à expulser en commun" mais une "coordination commune".
  • Faire le bilan de santé de la Politique Agricole Commune. Les réflexions sur les orientations futures de la PAC seront menées sous Présidence française.


Sources

Séminaire "Quelle convergence pour les trois Présidences de l'Union européenne ?" - 12/06/08 - Grand Club Europe

En savoir plus

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