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Femmes réfugiées en Europe : une vulnérabilité exacerbée

Actualité 10.03.2017

Fuyant les zones de conflit en Irak et en Syrie, les réfugiés rejoignant l'Europe le font au prix d'un long périple, très souvent au péril de leur vie. Si leur situation est des plus préoccupantes, celles des femmes se trouvant parmi eux l'est tout particulièrement. Ces dernières subissent en effet de nombreuses violences liées au genre, qui exacerbent leur vulnérabilité.

Deux femmes avec leurs enfants dans un camp de réfugiés en Grèce, mars 2016

Des violences omniprésentes

Sur les 1 260 000 demandeurs d'asile recensés en 2016 par l'Office européen des statistiques Eurostat, plus de 400 000 sont des femmes, soit environ un tiers d'entre eux. Or avec les enfants, les femmes comptent parmi les individus les plus susceptibles de subir des violences dans la population des réfugiés. Ces femmes subissent des violences spécifiques à leur genre, présentes du début à la fin de leur périple, du Moyen-Orient à l'Europe.

En décembre 2015, l'ONG Amnesty International avait recueilli les témoignages de réfugiées ayant fui l'Irak et la Syrie. 40 d'entre elles avaient été interrogées. Ces réfugiées se trouvaient toutes en Allemagne ou en Norvège et étaient arrivées en Europe via la Grèce depuis la Turquie, puis avaient traversé les Balkans. Leurs témoignages font état d'un calvaire.

Toutes ont dit s'être senties en danger et menacées au cours de leur voyage. Beaucoup, indiquait alors Amnesty International, disaient avoir connu des violences dans tous les pays qu'elles avaient traversés, y compris en Europe. C'est pourquoi l'ONG demande la mise en place de ce que l'on pourrait qualifier de "corridors humanitaires" en Europe, à savoir des itinéraires à la fois sûrs et légaux, pour permettre à l'ensemble des réfugiés de traverser le continent en sécurité.

Les violences sexuelles sont quant à elles très fréquentes. Dans les pays de départ ou de transit, les passeurs exercent régulièrement des pressions sur les réfugiées pour qu'elles aient des relations sexuelles avec eux, notamment quand elles n'ont pas suffisamment d'argent pour payer le voyage.

Arrivées en Europe, leur situation n'est guère améliorée. Les camps de réfugiés sont le plus souvent mixtes, les femmes devant alors dormir avec des centaines d'hommes sans aucune intimité, avec des installations sanitaires mixtes également. Beaucoup préfèrent ainsi dormir dehors pour éviter les attouchements, d'autres vont jusqu'à ne plus s'alimenter pour ne pas aller aux toilettes, notamment pendant la nuit, où elles se sentent particulièrement menacées. Une peur constante renforcée par le fait que ces femmes n'ont pas réellement la possibilité de se plaindre et que, quand elles le peuvent, elles n'osent pas le faire par honte, pudeur ou ne voulant pas perturber le voyage de leur groupe.

Des témoignages font même état de violences sexuelles de la part des personnes travaillant dans les camps de transit européens. A titre d'exemple, Amnesty International rapportait en janvier 2016 les propos d'une Irakienne de 22 ans qui affirmait qu'un agent de sécurité allemand en uniforme lui avait proposé des habits si elle "passait du temps seule" avec lui.

Près d'un an plus tard, fin novembre 2016, ONU Femmes rapportait que la situation des réfugiées était quasiment inchangée.

Que fait l'Europe pour les femmes réfugiées ?

Le 8 mars 2016, les députés européens ont adopté un rapport demandant aux Etats membres de l'UE de prendre en compte le genre dans leur politique d'asile. Le rapport préconise notamment la mise en place d'installations réservées aux femmes ainsi qu'à leurs enfants dans les camps de réfugiés en Europe. Il demande également aux Etats membres un accès à des services de santé spécifiques au genre pour les réfugiées.

Enfin, le rapport souligne que les violences et discriminations liées au genre devraient être une raison valide pour effectuer une demande d'asile dans l'UE.

Toutefois, un an après son adoption, ce rapport n'a, pour l'heure, eu aucune suite législative.