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Elections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Actualité 15.03.2019 La rédaction

Le 26 mai 2019, les élections européennes auront lieu en France. Changement majeur par rapport à 2014 : le scrutin par circonscription a été remplacé par une liste nationale unique composée de 79 candidats - un chiffre égal au nombre de députés français qui seront normalement présents au Parlement européen l'année prochaine. Chaque parti doit ainsi désigner une tête de liste qui le représentera pendant la campagne. Si certains ont déjà fait leur choix, le flou persiste dans plusieurs autres formations politiques. Beaucoup sont en effet divisées sur la ligne directrice à adopter et les alliances à contracter.

Élections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Têtes de liste : où en est-on ?

Plusieurs partis ont décidé de présenter leur propre liste aux européennes, et en ont déjà nommé le candidat principal :

  • Jordan Bardella a été désigné comme tête de liste par le conseil national du Rassemblement national, le deuxième parti français à dévoiler sa liste complète de candidats.
  • François-Xavier Bellamy, philosophe et élu de Versailles, a été désigné par Les Républicains sur proposition de Laurent Wauquiez.
  • Yannick Jadot prendra la tête de la liste Europe Écologie-Les Verts (EELV).
  • Manon Aubry, ancienne porte-parole d'Oxfam-France, a été choisie par la France insoumise. Le mouvement a été le premier à diffuser sa liste complète de candidats.
  • Nicolas Dupont-Aignan mènera la liste de Debout la France.
  •  Raphaël Glucksmann a annoncé le 15 mars qu'il devrait prendre la tête d'une liste citoyenne portée par le mouvement Place publique. Celle-ci pourrait être ralliée le 16 mars par le Parti socialiste.
  • Ian Brossat, adjoint à la Mairie de Paris, conduit la liste du Parti communiste.
  • Jean-Christophe Lagarde mènera la liste de l'Union des démocrates et indépendants (UDI).
  • Jean Lassalle mènera la liste de son parti "Résistons !".
  • Florian Philippot mènera la liste Les Patriotes.
  • Lutte ouvrière proposera une liste indépendante menée par Nathalie Arthaud.
  • François Asselineau dirigera celle de l'Union populaire républicaine (UPR).

Les autres partis n'ont pas encore fait part de leur décision :

  • Du côté de La République en marche (LaREM), plusieurs noms circulent mais le parti dévoilera sa tête de liste le 30 mars et présentera son programme en avril.
  • Le Parti socialiste cherche toujours des alliances. Son premier secrétaire Olivier Faure pourrait conduire une liste isolée, ou annoncer le 16 mars le ralliement du PS à la liste de Place publique.
  • Benoît Hamon (Génération.s) devrait prendre la tête de liste de son parti, qui n'est pas parvenu à susciter l'union des gauches.

(Les partis sont présentés selon leur position dans le sondage Ifop réalisé du 13 au 14 février 2019, à partir d'un échantillon représentatif de 1 367 électeurs).

La République en Marche

De gauche à droite : Agnès Buzyn, Nathalie Loiseau et Stéphane Séjourné - Crédits : Mutualité française, ministère polonais des Affaires étrangères, Twitter

Selon un sondage Ifop réalisé les 13 et 14 février, la République en Marche (LaREM), désormais rejointe par le Modem, le parti Agir du ministre de la Culture Franck Riester, et le Mouvement radical présidé par le maire de Nancy Laurent Hénart, se placerait en première position devant le Rassemblement national avec 24% des voix si les élections avaient lieu aujourd'hui. Le parti gagne 1 point par rapport au sondage de janvier, et 6 points par rapport à celui de décembre.

Sorti largement majoritaire des élections législatives de 2017 avec le Modem pour allié, le parti ne compte pour l'heure qu'un seul député estampillé LaREM au Parlement européen : Jean Arthuis, qui siège chez les libéraux. Celui-ci a indiqué qu'il ne se représentait pas. 

Sans alliance historique à l'échelle européenne, LaREM cherche à "faire éclater les deux principales formations à Bruxelles", le Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D), afin de constituer un large bloc central. A la suite d'une main tendue de Guy Verhofstadt, président du groupe centriste ADLE au Parlement européen, LaREM a ainsi fait savoir début novembre qu'elle le rallierait dans l'optique de créer un groupe plus large au sein du Parlement européen.

Pour mener à bien les ambitions de LaREM, Emmanuel Macron cherche à renforcer le clivage entre ceux qu'il qualifie de "progressistes", qu'il veut rassembler autour de sa ligne pro-européenne, et les "nationalistes" notamment incarnés par le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, et par Marine Le Pen en France.

Le 5 mars 2019, il publie ainsi une tribune appelant à une "renaissance européenne". Le site de campagne de LaREM, baptisé du même nom et mis en ligne le 7 mars, est traduit en 24 langues.

La forte mobilisation des Gilets jaunes en France, depuis novembre 2018, influence aussi le chef de l'Etat. Avec pour maîtres mots la "liberté", la "protection" et le "progrès", Emmanuel Macron espère démontrer dans sa tribune la pertinence de l'échelle européenne pour traiter les préoccupations quotidiennes des citoyens. Le thème de "l'Europe qui protège", déjà au cœur de ses précédents discours européens, devrait ainsi réapparaître au centre du programme de LaREM, qui sera finalisé en avril.

En parallèle, le parti se cherche une tête de liste pour mener la campagne française. Et ce n'est pas une tâche facile... Plusieurs personnalités ont déjà refusé le poste, comme François Bayrou et Pascal Canfin, l'actuel patron du WWF. Un temps pressenti, une candidature d'Alain Juppé est désormais exclue, le maire de Bordeaux entrant au Conseil constitutionnel. Bien qu'il n'ait pas l'intention de se présenter, l'ancien eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit reste un éventuel recours. Le nom de l'actuel ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a lui aussi été évoqué, ainsi que celui de Laurence Tubiana, négociatrice à la COP21 en 2015, et même Michel Barnier, le négociateur en chef du Brexit.

Mais à l'heure actuelle, alors que la ministre de la Santé Agnès Buzyn semble être retournée à ses dossiers, c'est surtout Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, qui tient la corde pour occuper la première place sur la liste de LaREM. A la fin d'un débat face à la présidente du RN sur France 2 le 14 mars (qualifié de "test médiatique"), la ministre des Affaires européennes s'est ainsi déclarée "prête à être candidate". "Nathalie Loiseau démissionnera de son porte-feuille de ministre des Affaires européennes dès sa nomination, la semaine prochaine", a annoncé Franceinfo dans la foulée.

De leurs côtés, des personnalités comme Stéphane Séjourné, directeur de campagne, et Clément Beaune, conseiller Europe du président, devraient figurer en position éligible. Tout comme l'actuel eurodéputé EELV Pascal Durand, et l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui ont officialisé début mars leur ralliement à une liste LaREM de rassemblement, au détriment des listes EELV et LR.

Le voile devrait être levé lors du premier meeting du parti à Paris le 30 mars. LaREM publiera ensuite son programme son avril. 

Rassemblement national

Jordan Bardella - crédits : Wikipédia

 "Grand vainqueur" des dernières élections européennes de 2014, où il avait récolté 24,4% des voix, le Front national – désormais Rassemblement national (RN) – totalise à l'heure actuelle 20% des intentions de vote (-1 point par rapport à janvier et -4 points par rapport à décembre).

Actuellement détenteur de 16 sièges au Parlement européen à la suite de 8 défections en cours de mandat (sur les 74 attribués à la France en 2014), le parti a lancé sa campagne pour les européennes le 16 septembre à Fréjus en mettant l'immigration au cœur de son discours.

Marine Le Pen ne figure pas en position éligible sur la liste RN. Mais elle n'en porte pas moins la campagne. Elle a ainsi assumé sa proximité avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban, aussi bien qu'avec la Ligue de Matteo Salvini, pour s'inscrire dans le clivage "nationalistes" contre "progressistes" instauré par Emmanuel Macron.

Visé par des affaires juridiques et financières, le RN est demeuré relativement silencieux en 2018. Mais alors que Marine Le Pen a entamé une campagne de terrain au début de l'année 2019, le RN préparerait désormais un important meeting à Rome, le 29 mars. La Ligue de Matteo Salvini, l'AFD allemande, le FPÖ autrichien ou encore le PiS polonais devraient être aux côtés du RN. Mais aussi Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, qui a toujours pris soin jusque-là de minimiser son implication dans les campagnes européennes.

Le RN cherche en effet à s'allier aux autres partis européens d'extrême droite ou de droite radicale, dans le but de former une alliance transnationale. Ses membres se définissent comme "euro-combatifs" et revendiquent une "Europe des nations", mais n'ont pas encore présenté de programme précis.

Alors que les noms de Nicolas Bay (eurodéputé sortant), Gilbert Collard et Louis Aliot (élus à l'Assemblée nationale) revenaient fréquemment, Marine Le Pen a finalement choisi en janvier Jordan Bardella (voir photo), pour mener sa liste.

Adhérent au RN depuis ses 16 ans, le candidat de 23 ans en est aujourd'hui le porte-parole, en plus d'être conseiller régional d'Ile-de-France. D'origine italienne, il coche la case "européenne" recherchée par Marine Le Pen.

Au total, ce sont les douze premiers candidats de la liste RN qui ont été dévoilés le 13 janvier. Y figurent aussi la conseillère régionale Hélène Laporte, l'ancien député transfuge du LR Thierry Mariani, la députée européenne Dominique Bilde et l'essayiste Hervé Juvin, un temps pressenti pour être tête de liste. Nicolas Bay, lui, y est relégué à la 7e place.

 

Les "Gilets jaunes" peuvent-ils chambouler la campagne ?

Une liste menée par l'une des figures emblématiques du mouvement des Gilets jaunes, Ingrid Levavasseur, a été annoncée mercredi 23 janvier, avant d'être officiellement retirée le 13 février. Celle-ci devait prendre le nom de "Ralliement d'initiative citoyenne", en référence au fameux référendum d'initiative citoyenne (RIC) revendiqué par les manifestants.

Depuis, Ingrid Levavasseur a définitivement renoncé. Mais d'autres figures du mouvement ont émis le souhait de participer au scrutin, comme Christophe Chalençon et son éventuelle liste intitulée "Évolution citoyenne".

Alors quelles conséquences une telle liste pourrait avoir sur les intentions de vote ? En janvier, selon un sondage Ifop, une hypothétique liste estampillée "Gilets jaunes" aurait pu recueillir 7,5% des voix, surtout au détriment des listes RN, LFI et Debout la France. En février, ces intentions de vote ont fortement chuté, à 3%.

Estimer les intentions de vote d'une telle liste est aujourd'hui particulièrement difficile dans la mesure où de nombreux courants cohabitent au sein des Gilets jaunes. Par ailleurs, personne ne sait si le mouvement se poursuivra jusqu'en mai. Ni si une liste Gilets jaunes permettrait de ramener aux urnes des personnes qui s'abstiennent habituellement.

Les Républicains

FX Bellamy

Le sondage Ifop de février évalue à 10% (stable par rapport à janvier) les intentions de vote en faveur des Républicains, alors que le parti fait face à de profondes divergences internes. Elus sous l'ancienne appellation de l'UMP, Les Républicains comptent actuellement 16 députés au Parlement européen, contre 20 en 2014 en raison de 4 défections.

Laurent Wauquiez, président des Républicains, est le chef d'une droite divisée sur son orientation européenne. Entre ce qu'il reste de l'alliance centriste résolument pro-européenne et ses propres positions eurocritiques, le parti a pour difficile tâche de définir une ligne à la fois claire et à même de rassembler. Pour mémoire, dans son livre Europe : il faut tout changer, M. Wauquiez promeut le renforcement de l'intégration européenne pour un cercle restreint de douze pays auquel serait limité l'espace Schengen.

C'est le philosophe et adjoint au maire de Versailles François-Xavier Bellamy (photo ci-dessus) qui a été choisi, sur proposition de Laurent Wauquiez, pour prendre la tête de la liste LR. En amont de sa nomination, M. Bellamy, réputé proche de la Manif pour tous, avait déclaré que son ambition était "d'apporter un vrai renouvellement". Sa candidature n'était toutefois pas défendue par les plus centristes, à l'instar du président du Sénat Gérard Larcher qui a estimé qu'il n'était pas la personne idoine pour "incarner l'équilibre, l'épicentre du mouvement".

Pour éviter la dispersion des troupes, Laurent Wauquiez a aussi défendu la nomination de deux personnalités plus consensuelles à la seconde et la troisième places de la liste LR : Agnès Evren, vice-présidente de l'Ile-de-France, candidate putative à la mairie de Paris et proche de Valérie Pécresse. Et l'eurodéputé sortant Arnaud Danjean : ancien soutien d'Alain Juppé, spécialiste des questions de sécurité et de défense.

Le 6 mars, les 23 noms suivants sont officialisés. A la suite du trio de tête, la liste LR sera emmenée par les eurodéputés sortants et anciens ministres Nadine Morano et Brice Hortefeux. Viennent ensuite, mais pas toujours en position éligible, les autres eurodéputés sortants (Geoffroy Didier, Anne Sander, Franck Proust, Alain Cadec et Angélique Delahaye), ou encore le sarkozyste Frédéric Péchenard, ancien directeur général de la police nationale.

Malgré l'élargissement à deux candidates des Centristes d'Hervé Morin, ce tableau très droitier et conservateur ne convainc toujours pas toute la famille. Alors que l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, officialise son ralliement à LaREM dès le 4 mars, la maire de Morlaix Agnès Le Brun et l’ancienne députée Marie-Jo Zimmermann quittent Les Républicains de Laurent Wauquiez, estimant ne plus s'y reconnaître.

De leurs côtés, ni Alain Juppé, nommé au Conseil constitutionnel, ni Rachida Dati, qui choisit finalement de se lancer dans la course à la mairie de Paris, ne participeront au scrutin du 26 mai.

Le programme de LR pour les européennes doit être formalisé par le Conseil national du parti le 16 mars.

Europe Ecologie-Les Verts

Yannick Jadot

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) recueille 9% des intentions de vote, soit 2,5 points de plus qu'en janvier. Le parti écologiste compte actuellement 6 eurodéputés, dont José Bové et Eva Joly qui ne se représentent pas. Par ailleurs, les sortants Pascal Durand et Karima Delli auraient été sollicités par LaREM, selon Le Monde.

Le député européen Yannick Jadot (voir photo) sera la tête de liste du parti pour les élections, suite à son élection par les adhérents d'EELV (59% des voix) contre Michèle Rivasi (35%), qui prend donc la seconde place. Damien Carême, maire de Grande-Synthe, une commune du Nord qui accueille de nombreux migrants et réfugiés, a été désigné candidat en troisième position.

Proposant une alternative à l'Europe d'Emmanuel Macron, le parti ouvre les bras à "tous les acteurs et actrices de l'écologie", y compris aux personnalités de la société civile, afin de "refonder une Europe écologiste, solidaire et fédérale". Alors qu'EELV compte mettre en avant le bilan de ses eurodéputés depuis 2014, l'enjeu pour Yannick Jadot sera de convaincre que "l’échelle européenne est la bonne, pas parce que l’Europe est bonne par principe ou par nature, mais parce que c’est l’échelle pertinente pour régler nos problèmes", résume un élu EELV proche du candidat.

Hors de question pour Yannick Jadot de renouveler l'expérience de la présidentielle en s'associant avec Benoît Hamon ou avec le PS. Il a d'ailleurs rapidement refusé la main que Ségolène Royal lui a tendue le 29 décembre. Sans regrets, EELV a lancé sa campagne depuis la ville de Grande-Synthe faisant le pari de se démarquer dans les prochains mois du clivage gauche-droite, revendiquant un programme d'écologie politique entre l'écosocialisme de La France insoumise (groupe GUE/NGL) et la social-démocratie (groupe S&D).

Le parti, qui obtient habituellement ses meilleurs scores aux élections européennes (16,3% en 2009, 9% en 2014 contre 2,3% à la présidentielle de 2012), cherche aussi à utiliser ce scrutin pour se rassembler, clarifier sa ligne, et sortir de la crise dans laquelle il est plongé depuis sa participation aux gouvernements Ayrault et Valls.

La France insoumise

Manon Aubry - Crédits : La France insoumise

Le parti de Jean-Luc Mélenchon obtiendrait aujourd'hui 7,5% des voix, soit une baisse de 2 points par rapport à janvier. Fondé en 2016, il regroupe plusieurs personnalités issues du Front de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon ou Younous Omarjee, eurodéputé sortant. Seul ce dernier est actuellement estampillé France insoumise au Parlement européen.

En 2017, la France insoumise (LFI) défendait pour la présidentielle une remise en question et une refondation des traités européens, dont elle proposait la renégociation (plan A). En cas d'échec, elle appelait à une sortie de la France de l'Union européenne (plan B). LFI a précisé ne pas rejeter  l'Union européenne en elle-même, mais une "certaine construction politique" qui "ne laisse pas de place à une souveraineté pleine et entière des peuples". Cette ligne est-elle toujours d'actualité pour les élections européennes ? La tête de liste, Manon Aubry en a de nouveau fait mention : le plan A, "c'est renégocier tous ensemble et tenir les promesses de l'Europe sociale qui lutte contre le dumping fiscal et social". Si ça ne marche pas, le plan B consiste à "instaurer un rapport de force pour renégocier les traités" et "désobéir aux dispositions qui nous posent problème à commencer par les 3% de déficit".

Jean-Luc Mélenchon a toutefois refait planer un doute sur cette ligne de LFI dans une tribune intitulée "Sortez des traités, stupides !", et publiée mi-mars 2019 dans Libération. L'ancien candidat à la présidentielle conditionne sans détours la réalisation du programme des Insoumis à une "sortie" de la France "des traités qui organisent l’UE".

Quoi qu'il en soit, à travers la mise en place d'une alliance à l'échelle européenne (Podemos, le Bloco au Portugal et diverses formations de gauche au Danemark, en Finlande et en Suède), le parti souhaite au minimum renégocier les traités sur un certain nombre de sujets : évasion fiscale, salaire minimum européen ou encore "protectionnisme solidaire".

A l'occasion de l'Université d'été de LFI à Marseille le 25 août, Jean-Luc Mélenchon avait également déclaré vouloir faire des élections européennes un "référendum anti-Macron".

Comme au sein des gauches radicales européennes, des dissensions idéologiques sur la question migratoire ont cristallisé des frictions en interne. La députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain a ainsi subi les reproches de ses collègues de l'Assemblée nationale pour avoir signé un manifeste pour l'accueil des migrants aux côtés de diverses personnalités. Jean-Luc Mélenchon préfère lui mettre en avant que "l'exil est une souffrance" et qu'il faut donc "traiter les causes de l'immigration" - tout en conservant "un devoir d'humanité" comme l'explique Manuel Bompard, coordinateur de LFI. "Si nous adoptons la même ligne que les formations d'extrême gauche sur l'immigration, dans le contexte actuel, nous sommes morts politiquement", a par ailleurs conclu un cadre du mouvement cité par Le Figaro.

Après l'annonce du retrait de la co-responsable du programme LFI Charlotte Girard, initialement pressentie pour mener la liste, la France insoumise a finalement présenté sa liste lors d'une convention à Bordeaux, samedi 8 décembre. Pour la mener, l'ancienne porte-parole de l'ONG Oxfam-France Manon Aubry a été choisie par le mouvement. Cette spécialiste des questions d'évasion fiscale et d'inégalités, âgée de 29 ans, souhaite "répondre aux urgences de l'injustice fiscale [...] et climatique [...] et d'offrir des réponses politiques le plus rapidement possible". Manuel Bompard, coordinateur de la France insoumise, est placé en seconde position, suivi de Leïla Chaibi, militante associative, puis de Younous Omarjee et d'Anne-Sophie Pelletier, syndicaliste. L'actuel député européen Emmanuel Maurel, qui avait quitté le Parti socialiste pour rejoindre la France insoumise début octobre, est placé en sixième position. En position non-éligible (79e), Jean-Luc Mélenchon a déjà montré dans sa tribune publiée mi-mars qu'il porterait la campagne.

Debout la France 

Nicolas Dupont-Aignan - Crédits : Profil facebook officiel

Le parti recueillerait  6% des intentions de vote, soit 1,5 point de moins qu'en janvier. Se positionnant frontalement contre la politique menée par Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan (voir photo) a déclaré, à l'occasion d'un meeting à Paris le 23 septembre, qu'il serait tête de liste pour son parti. "NDA" a également appelé des membres et sympathisants de LR et du RN à le soutenir. Il souhaite ainsi mener une "union" de droite pour "résister à ceux qui veulent nous coloniser". Ouvert à des candidatures issues de l'extrême droite et de la droite, il n'a pas encore dévoilé la liste de DLF.

Nicolas Dupont-Aignan avait rejeté, dès le mois de juin, la proposition de Marine Le Pen, qu'il avait soutenue au second tour de l'élection présidentielle, de constituer une liste commune pour les élections européennes. Afin de marquer un peu plus son indépendance par rapport au RN, la liste de DLF s'est associée avec le groupe parlementaire des Conservateurs et réformistes européens (ECR), concurrent de l'Europe des nations et des libertés (ENL) auquel appartiennent les actuels députés du RN.

Plus précisément, le parti défend une renégociation des traités européens afin que la France puisse notamment "contrôler ses frontières, expulser les clandestins et préserver son mode de vie sans rendre de compte à personne".

Le Parti socialiste... et Place publique ?

Actuellement crédité de 6% des intentions de vote (+2 points par rapport à janvier), le Parti socialiste (PS) pourrait proposer, lors de son conseil national organisé le 16 mars, de s'allier à une liste lancée quelques jours plus tôt par Place publique.

Raphaël GlucksmannDeux des fondateurs de ce mouvement, l'essayiste Raphaël Glucksmann (photo ci-contre) et la militante écologiste Claire Nouvian ont en effet annoncé vendredi 15 mars dans les colonnes du Monde le lancement d'une liste citoyenne pour les européennes. M. Glucksmann devrait en prendre la tête et Mme Nouvian serait présente sur la liste.

Si le rapprochement était confirmé, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure (photo ci-dessous) n'aurait donc pas à prendre lui-même la tête d'une liste socialiste esseulée.
Olivier Faure

Après les refus de plusieurs "éléphants" de se lancer dans la course (Ségolène Royal, Christiane Taubira, Bernard Cazeneuve, Najat Vallaud-Belkacem ou encore Pierre Moscovici), il avait en effet été longtemps pressenti pour conduire son parti aux européennes.

Le PS cherche à redéfinir son identité et ses positions après sa déroute à la présidentielle de 2017. Détenteur de 9 sièges au Parlement européen, le parti est divisé entre différents courants et a du mal à se positionner entre LaREM, LFI et les Verts.

"Le PS n’a pas pris la mesure du défi existentiel auquel fait face l’Europe", avait notamment déclaré le commissaire européen Pierre Moscovici dans la presse en octobre 2018, dénonçant un manque de clarification de la position du PS entre les "accents nationalistes" de LFI et les "socialistes ou progressistes" du Parti socialiste européen (PSE).

Si les représentants du PS au Parlement européen sont pro-européens, ils ne s'inscrivent pas dans une ligne fédéraliste. La gauche s'entend sur le danger du populisme et les inégalités sociales, mais se divise sur le plan économique entre ceux qui assument le libéralisme et ceux qui le rejettent, ainsi que sur les questions migratoires.

À l'issue d'une réunion du Conseil national du parti le 13 octobre 2018, un texte intitulé "Changeons l'Europe" a été adopté. Il détaille 7 axes de réflexion tels que le besoin de clarifier les stratégies et politiques du Parti socialiste européen (PSE) et de refuser les alliances avec la droite, ou encore de remettre en question le pilotage économique et la gestion migratoire par l'Union.

Ségolène Royal, qui avait pour sa part conditionné sa candidature à une éventuelle alliance à gauche, a finalement annoncé le 11 janvier qu'elle ne concourrait pas. Mi-décembre, l'ancienne candidate à la présidentielle avait proposé à EELV de former une liste commune dont elle serait numéro 2 derrière Yannick Jadot. Ce dernier a rapidement fait savoir qu'il ne donnerait pas suite. Benoît Hamon, qui a quitté le parti en 2017, a également rejeté cette éventualité.

Mais le premier secrétaire du PS Olivier Faure n'a eu de cesse de proposer une alliance pour défendre "des combats communs" dans le cadre d'un "intergroupe au Parlement européen". En l'absence de véritable union des gauches, le PS pourrait donc finalement trouver un accord avec le mouvement Place publique de Raphaël Glucksmann, qui plaide lui-aussi pour éviter une dispersion des voix.

Génération.s

Benoît Hamon

Crédité de 3,5% des intentions de vote (+1 point par rapport à janvier), le mouvement créé par Benoît Hamon (voir photo) compte actuellement trois eurodéputés au Parlement (Guillaume Balas et Isabelle Thomas, qui ont quitté le PS en novembre 2017 ainsi que l'ancien syndicaliste Edouard Martin). Génération-s a rejoint le mouvement "Diem 25" lancé par l'ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis.

Le parti propose notamment la création d'un "green new deal", un programme d'investissement de l'Europe dans la reconversion écologique. Il souhaite "concrétiser la naissance d'une nouvelle force écologique, démocratique et sociale". Le 6 décembre, à l'occasion d'une interview au journal Le Monde, Benoît Hamon a déclaré qu'il serait candidat "à la tête d'une alliance citoyenne".

Malgré le refus d'EELV, Génération.s avait appelé au rassemblement depuis plusieurs mois "avec tous ceux qui partagent le même sentiment d'urgence de ne laisser l'Europe ni aux libéraux ni aux nationalistes". Se revendiquant "le plus populaire à gauche", Benoît Hamon souhaite incarner l'espace entre LaREM et LFI. Il a d'ailleurs appelé les formations de gauche à se rassembler derrière la candidature de Yanis Varoufakis pour la présidence de la Commission européenne.

Des discussions avec le PCF, le Parti socialiste ou encore Place publique, le mouvement lancé par l'essayiste Raphaël Glucksmann, ont été engagées. Cependant, Génération.s a fermé la porte à une liste commune avec le PS en raison de sa proximité avec le Parti socialiste européen : "[...] tant que cette clarification au niveau européen n’a pas eu lieu et que le Parti socialiste reste attaché à un parti européen qui est le supplétif des conservateurs, il n’est pas possible, pour la clarté des idées qu’on défend, de faire liste commune", a ainsi déclaré Benoît Hamon le 6 janvier.

Le 8 février, Benoît Hamon propose l'organisation d'une votation citoyenne qui rassemblerait les forces de gauches afin d'élaborer un programme et une liste commune pour les européennes. Soutenue par une majorité de militants, l'initiative n'a cependant pas été suivie par les autres partis et donc abandonnée par Génération.s.

En conséquence, le parti publie une liste non ordonnancée de 30 noms. Y figurent naturellement Benoît Hamon, Guillaume Balas et Isabelle Thomas, ainsi que des personnalités de la société civile comme Eric Pliez, président du Samu social, et Françoise Sivignon, ancienne présidente de Médecins du monde.

Parti communiste français

Ian Brossat

Le PCF recueillerait pour l'instant 3% des voix (+0,5 point par rapport à janvier). Ian Brossat (voir photo), actuellement adjoint à la mairie de Paris, a été officiellement désigné le 26 janvier comme tête de liste. Suivent Marie-Hélène Bourlard ainsi que les deux eurodéputés sortants Patrick Le Hyaric et Marie-Pierre Vieu.

S'il ne souhaite pas que la gauche parte en campagne de manière dispersée, Ian Brossat est hostile à un rapprochement avec La France insoumise. Des discussions avec Génération.s ont été engagées et le secrétaire national du PCF Fabien Roussel a encore publiquement appelé un accord de ses vœux lors d'une interview sur Radio J le 27 janvier, sans qu'un accord n'ait été trouvé depuis.

Le parti a lancé sa campagne à l'occasion de la fête de l'Humanité en septembre. Le projet du parti vise notamment à "rompre avec l’Europe de la concurrence, de l’austérité et du chômage" avec un "plan d’urgence pour les services publics", à s'attaquer à "l’emprise des marchés sur les politiques européennes" avec un "plan de justice fiscale", à permettre à la France de "négocier librement les contours de sa participation à l’UE, à travers une construction à géométrie choisie", ou encore à "s'affranchir de l'OTAN" et à "accueillir les migrants avec dignité et dans le respect de leurs droits". Fabien Roussel a par ailleurs annoncé que le PCF souhaitait accueillir des "Gilets jaunes" sur sa liste.

L'Union des démocrates et indépendants (UDI) 

Jean-Christophe Lagarde - Crédits : Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons

L'UDI est créditée de 2% des intentions de vote, selon le dernier sondage Ifop (-1,5 points par rapport à janvier). Le parti, réuni le 14 décembre en congrès extraordinaire, a confirmé qu'il présenterait sa propre liste menée par son président, Jean-Christophe Lagarde.

Ses membres défendent une "véritable Europe politique" et une "refonte des traités pour donner à la zone euro les moyens d’une politique économique créatrice d’emplois".

En menant sa propre liste, l'UDI affiche son indépendance par rapport à la liste de la majorité présidentielle, à l'égard de laquelle M. Lagarde dit ressentir une "profonde déception", et ne se reconnaît pas non plus dans la droite de Laurent Wauquiez.

L'UDI envisageait initialement de s'allier avec Agir, la droite constructive, parti politique issu des Républicains et avec lequel elle forme déjà le groupe des Constructifs à l'Assemblée nationale. La nomination de l'ex-président d'Agir Franck Riester au ministère de la Culture, qui se rapproche ainsi de la majorité, a contribué à remettre en question cette perspective. D'autant plus que l'UDI n'a de son côté pas été appelée à prendre part au gouvernement lors du dernier remaniement.

Résistons !

Jean Lassalle

L'ancien candidat à l'élection présidentielle de 2017 et député, Jean Lassalle (ex-Modem) a également pris la tête de la liste de son mouvement Résistons ! pour le scrutin européen. Il est pour l'instant crédité de 2% des intentions de vote (-1 point par rapport à janvier). Dès le mois de mai, celui-ci a affirmé vouloir ainsi défendre la "ruralité" en proposant que la France réduise de 5 milliards sa contribution au budget européen pour relancer son agriculture, notamment. Il se positionne également en faveur d'une "Europe des nations", se revendiquant "d'abord français, ensuite européen".

 

Les Patriotes

Florian Phillipot - Crédits : page Facebook officiel

Le parti des Patriotes, jeune formation créée en septembre 2017 par le dissident du Front national Florian Philippot (voir photo), est aujourd'hui crédité de 1,5% des intentions de vote (stable par rapport à janvier). Il sera représenté par son fondateur aux élections européennes.

Le 2 septembre 2018, à l'occasion de la rentrée de son parti à Forbach (Moselle), la tête de la liste des Patriotes a en effet rappelé son engagement ferme en faveur d'une sortie de l'UE et de l'euro, qui contraint la France à une politique migratoire selon lui trop laxiste. Il souhaite faire de ces élections "un référendum sur l'Union européenne, comme sur la personne d'Emmanuel Macron".

M. Philippot a également publié, le 19 septembre, son livre-programme intitulé Frexit. UE : en sortir pour s'en sortir, qui reflète la thématique phare de son parti. La volonté de sortir la France de l'UE coûte que coûte est un thème de campagne qu'il ne partage plus qu'avec François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine. Ce dernier a par ailleurs refusé de faire alliance avec les Patriotes, qualifiant Florian Philippot d'"escroc" qui lui a "volé toutes ses idées". Des alliances avec Marine Le Pen, avec qui Florian Philippot est en mauvais termes, ou avec Nicolas Dupont-Aignan ont également été exclues.

Après plusieurs autres tentatives pour constituer une liste transpartisane - les propositions à Henri Guaino (ancien député LR) et à Jean Lassalle (député français, non inscrit) n'ont pas abouti - Florian Philippot conduira la liste de son parti aux européennes. L'actuelle eurodéputée Mireille d'Ornano sera en seconde position sur la liste et la campagne débutera en janvier.

L'ancien proche de Marine Le Pen a ouvert la porte à la présence de "Gilets jaunes" sur sa liste. Inexistant lors des précédentes législatives, le parti ne bénéficie pas de subventions publiques (distribuées en fonction des résultats obtenus) et a lancé un appel aux dons pour financer sa campagne.

Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA)

Philippe Poutou - Crédits : Rémi Noyon / Flickr

Le NPA est crédité d'1% des intentions de vote (-0,5 point par rapport à janvier). Le parti défend une Europe internationaliste et anticapitaliste, avec une liberté totale de circulation et d'installation des individus. En 2017, lors de la campagne présidentielle, le candidat et actuel porte-parole du parti, Philippe Poutou, avait défendu une Europe des travailleurs et des peuples avec un alignement des droits sociaux "par le haut" et la sortie des traités actuels. Car l'Union européenne et ses institutions "servent de machine de guerre des classes dominantes des différents pays contre les classes populaires, pour mettre en concurrence les travailleur.e.s et tirer les droits vers le bas, pour imposer l’austérité", explique le comité exécutif du NPA sur son site.

Plusieurs rencontres entre le NPA et Lutte ouvrière ont eu lieu afin de monter une liste commune "pour faire entendre une voix anticapitaliste et internationaliste des révolutionnaires". Cependant, le 8 novembre, LO a indiqué son refus de s'allier avec le NPA. Ce dernier débute donc l'organisation de leur propre campagne et une campagne de levée de fonds. La tête de liste n'est pas encore connue.

Lutte ouvrière (LO)

Nathalie Arthaud sur LCi le 8 janvier 2019 (copie d'écran)Après plusieurs sessions de discussions avec le NPA, Lutte ouvrière (LO) présentera finalement une liste indépendante aux élections européennes, menée par l'actuelle porte-parole du parti Nathalie Arthaud. Candidate à l'élection présidentielle de 2017, elle avait obtenu 0,6% des suffrages. Pour la première fois intégrée au sondage Ifop en février, la liste LO est créditée de 1% des intentions de vote.

Cette-dernière a expliqué vouloir "centrer cette campagne sur le camp des travailleurs [comme l'indique le slogan du parti]" et ne pas en faire "une caisse de résonance de tous les combats".

Durant la campagne, Lutte ouvrière avait défendu une Europe unie "pour les intérêts communs des travailleurs" et non ceux de la bourgeoisie. Se revendiquant internationaliste, la candidate envisageait l'avènement d'une Europe "unie et fraternelle : les États-Unis socialistes d’Europe" comme premier pas vers une "union de tous les peuples à l'échelle mondiale".

L'Union populaire républicaine

François Asselineau

Le parti de François Asselineau (voir photo), l'Union populaire républicaine (UPR), plaidait dans son programme de 2017 pour une sortie de l'UE, de l'OTAN et de l'euro. Selon l'UPR, l'UE "une utopie funeste qui conduit nécessairement la France et les pays d’Europe vers une structure politiquement dictatoriale, économiquement inefficace […]".

François Asselineau considère qu'avec "la liste du Frexit", l'UPR est le seul parti qui propose une véritable sortie de l'UE mais Les Patriotes de Florian Philippot partagent également cette thématique.

L'UPR est actuellement créditée de 0,5% des intentions de vote (stable par rapport à janvier). Fin octobre, François Asselineau a annoncé qu'il mènerait la liste pour la campagne des européennes, devant un millier de sympathisants.

 

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