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Elections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Actualité 17.01.2019 La rédaction

Le 26 mai 2019, les élections européennes auront lieu en France. Changement majeur par rapport à 2014 : le scrutin par circonscription a été remplacé par une liste nationale unique composée de 79 candidats - un chiffre égal au nombre de députés français qui seront normalement présents au Parlement européen l'année prochaine. Chaque parti doit ainsi désigner une tête de liste qui le représentera pendant la campagne. Si certains ont déjà fait leur choix, le flou persiste dans plusieurs autres formations politiques. Beaucoup sont en effet divisées sur la ligne directrice à adopter et les alliances à contracter.

Élections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Têtes de liste : où en est-on ?

Plusieurs partis ont décidé de présenter leur propre liste aux européennes, et en ont déjà nommé le candidat principal :

  • Jordan Bardella a été désigné comme tête de liste par le conseil national du Rassemblement national, le deuxième parti français à dévoiler sa liste complète de candidats.
  • La France insoumise a choisi l'ancienne porte-parole d'Oxfam-France Manon Aubry comme tête de liste. Le mouvement a été le premier à diffuser sa liste complète de candidats.
  • Nicolas Dupont-Aignan mènera la liste de Debout la France.
  • Yannick Jadot prendra la tête de la liste Europe Écologie-Les Verts (EELV).
  • Jean-Christophe Lagarde mènera la liste de l'Union des démocrates et indépendants (UDI).
  • Florian Philippot mènera la liste Les Patriotes.
  • François Asselineau dirigera celle de l'Union populaire républicaine (UPR).
  • Lutte ouvrière proposera une liste indépendante menée par Nathalie Arthaud.
  • Jean Lassalle mènera la liste de son parti "Résistons !".

Les autres partis n'ont pas encore fait part de leur décision :

  • Du côté de La République en marche (LaREM), plusieurs noms circulent mais le parti dévoilera sa tête de liste vers la fin du mois de février et commencera sa campagne en mars, selon son délégué général.
  • Le philosophe conservateur François-Xavier Bellamy semble convaincre Laurent Wauquiez pour mener la liste des Républicains. La tête de liste devrait être dévoilée fin janvier.
  • Une difficile alliance à gauche ?

    • Le Parti socialiste cherchait à rassembler la gauche autour de lui. Mais faute d'avoir réussi à nouer des alliances avec les Verts et Génération.s, Ségolène Royal, qui était pressentie comme candidate principale du PS, a finalement annoncé qu'elle ne concourrait pas.
    • Benoît Hamon (Génération.s) a annoncé qu'il serait à la tête d'une "alliance citoyenne", mais n'a pas officialisé de rassemblement pour le moment.
    • Egalement ouvert à d'éventuelles alliances, le Parti communiste a de son côté nommé Ian Brossat, adjoint à la Mairie de Paris, comme "chef de file".

(Les partis sont présentés selon leur position dans le sondage Ifop réalisé du 8 au 9 janvier 2019, à partir d'un échantillon représentatif de 934 électeurs).

La République en Marche : la stratégie du rassemblement

De gauche à droite : Clément Beaune, Marlène Schiappa et Stéphane Séjourné - Crédits : Profil Facebook Officiel / Profil Twitter Officiel

Selon un sondage Ifop réalisé les 8 et 9 janvier, la République en Marche (LaREM) se placerait de nouveau en première position devant le Rassemblement national avec 23% des voix si les élections avaient lieu aujourd'hui. Il remonte ainsi de cinq points par rapport au sondage de décembre. Sorti largement majoritaire des élections législatives de 2017 avec le Modem pour allié, le parti ne compte pour l'heure qu'un seul député estampillé LaREM au Parlement européen : Jean Arthuis, qui siège chez les libéraux. Il a indiqué qu'il ne se représentait pas. 

Sans alliance historique à l'échelle européenne, LaREM cherche à "faire éclater les deux principales formations à Bruxelles", le Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D), afin de constituer un large bloc central. A la suite d'une main tendue de Guy Verhofstadt, président du groupe centriste ADLE au Parlement européen, LaREM a ainsi fait savoir début novembre qu'elle le rallierait dans l'optique de créer un groupe plus large au sein du Parlement européen.

Pour mener à bien les ambitions de LaREM, Emmanuel Macron cherche à renforcer le clivage entre ceux qu'il qualifie de "progressistes", qu'il veut rassembler autour de sa ligne pro-européenne, et les "nationalistes" notamment incarnés par le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini, le Premier ministre hongrois Viktor Orban et en France par Marine Le Pen. Sans abandonner cette stratégie mais face au contexte politique explosif des gilets jaunes, celui-ci devrait réorienter sa campagne vers des thématiques "sociales" et la lutte contre l'évasion fiscale. Les macronistes chercheraient aussi à démontrer la pertinence de l'échelle européenne pour le traitement des préoccupations quotidiennes des citoyens.

En parallèle, le parti se cherche une tête de liste pour mener la campagne française. Et ce n'est pas une tâche facile... Plusieurs personnalités ont déjà refusé le poste : l'ancien eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit a refusé début octobre, de même que François Bayrou et l'ancien ministre et actuel patron de WWF, Pascal Canfin. Qui alors ? L'actuel directeur de la campagne, Stéphane Séjourné, le conseiller Europe du président Clément Beaune ou la secrétaire d'État à l'égalité hommes-femmes Marlène Schiappa ? Pressenti, Alain Juppé a annoncé qu'il n'avait pas "du tout l'intention d'être candidat aux européennes". 

Le parti a lancé un appel à candidatures pour composer sa liste. Deux jours avant la date de clôture fixée au 15 novembre, le parti a fait "un appel aux femmes" constatant que seules 24% des candidatures reçues étaient féminines, déplaçant la date de clôture au 19 novembre.

Le délégué général de LaREM, Stanislas Guérini, a annoncé le 6 janvier que la liste serait divulguée "vers la fin février" et que le parti "partira en campagne vers le mois de mars".

Rassemblement national : l'Europe des nations

Jordan Bardella - crédits : Wikipédia"Grand vainqueur" des dernières élections européennes de 2014, où il avait récolté 24,4% des voix, le Front national – désormais Rassemblement national (RN) – totalise à l'heure actuelle 21% des intentions de vote (-2 points par rapport à octobre), à nouveau derrière la République en Marche créditée de 23% des voix.

Actuellement détenteur de 24 sièges au Parlement européen (sur les 74 attribués à la France en 2014), le parti a lancé sa campagne pour les européennes le 16 septembre à Fréjus en mettant l'immigration au cœur de son discours. Marine Le Pen a revendiqué sa proximité avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban pour s'inscrire dans le clivage "nationalistes" contre "progressistes" que souhaite également installer Emmanuel Macron.

Le RN cherche en effet à s'allier aux autres partis européens d'extrême droite ou de droite radicale, dans le but de former une alliance transnationale. Ses membres se définissent comme "euro-combatifs" et revendiquent une "Europe des nations", mais n'ont pas encore présenté de programme précis.

Alors que les noms des députés Gilbert Collard et Louis Aliot, et du député européen Nicolas Bay revenaient fréquemment, France Inter révèle le 17 décembre que Marine Le Pen a choisi Jordan Bardella (23 ans, voir photo) pour mener sa liste, dont la composition intégrale a été dévoilée le 13 janvier. Y figurent ensuite la conseillère régionale Hélène Laporte, l'ancien député transfuge du LR Thierry Mariani, la députée européenne Dominique Bilde et l'essayiste Hervé Juvin, un temps pressenti pour être tête de liste. Le député européen Nicolas Bay est relégué à la 7e place.

Adhérent au RN depuis ses 16 ans, Jordan Bardella en est porte-parole en plus d'être conseiller régional d'Ile-de-France. Il "coche aussi la case européenne" selon France Inter, puisque "sa famille maternelle est d'origine italienne". Un atout pour le RN qui assume sa proximité avec la Ligue, menée par le sulfureux ministre de l'Intérieur Matteo Salvini. En position non-éligible, Marine Le Pen porte néanmoins la campagne.

Visé par des affaires juridiques et financières, le RN est demeuré relativement silencieux en 2018 - ce qui ne l'avait pas pénalisé dans les intentions de vote, au contraire puisqu'il finissait premier en décembre 2018.

 

Les "gilets jaunes" peuvent-ils chambouler la campagne ?

Selon le sondage de janvier, une liste estampillée "gilets jaunes" pourrait recueillir 7,5% des voix si elle se présentait aux élections européennes.

Elle pourrait ainsi faire perdre 2,5 points au RN et à LFI, et 1,5% à Nicolas Dupont-Aignan. Mais un tel mouvement, particulièrement hétéroclite, doit d'abord parvenir à proposer un programme et une liste de 79 candidats.

 

 

Les Républicains : l'Europe, combien de divisions ?

FX Bellamy

Le même sondage Ifop évalue à présent à 10% (-1 points depuis décembre) les intentions de vote en faveur des Républicains, alors que le parti fait face à de profondes divergences internes. Elus sous l'ancienne appellation de l'UMP, Les Républicains comptent actuellement 16 députés au Parlement européen, contre 20 en 2014 en raison de 4 défections.

Laurent Wauquiez, président des Républicains, se retrouve chef d'une droite divisée sur son orientation européenne. Entre ce qu'il reste de l'alliance centriste (pro-européenne) et sa propre ligne eurocritique, le parti doit d'abord définir la ligne qu'il souhaite défendre avant de désigner sa tête de liste. Dans son livre "Europe : il faut tout changer", il promeut le renforcement de l'intégration européenne pour un premier cercle de douze pays auquel serait limité l'espace Schengen.

Quelle tête de la liste pour surmonter ces divisions internes ? Le vice-président de LR et ancien ministre Jean Leonetti, grand favori pendant plusieurs mois, a finalement annoncé qu'il ne serait pas candidat au nom du "renouvellement". Parmi les autres candidats pressentis pour mener la liste, le nom du philosophe conservateur, élu de Versailles et figure de la Manif pour tous François-Xavier Bellamy (voir photo) semble être le choix de Laurent Wauquiez mais pourrait ne pas convaincre les plus centristes. Celui-ci a d'ailleurs expliqué qu'il ne conduirait la liste des Républicains "qu'à une condition : pouvoir apporter un vrai renouvellement".

Invité par Laurent Wauquiez à être tête de liste LR, le négociateur de l'UE pour le Brexit Michel Barnier a finalement renoncé à cette candidature. Certains observateurs considèrent que sa véritable ambition est d'accéder à la présidence de la Commission européenne, mais il a pour le moment demandé un "délai de réflexion".

L'annonce de la tête de liste LR est prévue pour le 29 janvier 2019, a annoncé le député Eric Ciotti.

La France insoumise : la souveraineté populaire

Manon Aubry - Crédits : La France insoumise

Le parti de Jean-Luc Mélenchon obtiendrait aujourd'hui 9,5% des voix, soit 0,5% point de plus qu'en décembre. Fondé en 2016, il regroupe plusieurs personnalités issues du Front de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon ou Younous Omarjee, eurodéputé sortant. Seul ce dernier est actuellement estampillé France insoumise au Parlement européen.

En 2017, la France insoumise (LFI) défendait pour la présidentielle une remise en question et une refondation des traités européens, dont elle proposait la renégociation (plan A). En cas d'échec, elle appelait à une sortie de la France de l'Union européenne (plan B). LFI a précisé ne pas rejeter  l'Union européenne en elle-même, mais une "certaine construction politique" qui "ne laisse pas de place à une souveraineté pleine et entière des peuples". Cette ligne est-elle toujours d'actualité pour les élections européennes ? La tête de liste, Manon Aubry en a de nouveau fait mention : le plan A, "c'est renégocier tous ensemble et tenir les promesses de l'Europe sociale qui lutte contre le dumping fiscal et social", a-t-elle expliqué. Si ça ne marche pas, le plan B consiste à "instaurer un rapport de force pour renégocier les traités" et "désobéir aux dispositions qui nous posent problème à commencer par les 3% de déficit".

A travers la mise en place d'une alliance à l'échelle européenne (Podemos, le Bloco au Portugal et diverses formations de gauche au Danemark, en Finlande et en Suède), le parti souhaite renégocier les traités sur un certain nombre de sujets : évasion fiscale, smic européen ou encore "protectionnisme solidaire". A l'occasion de l'Université d'été de LFI à Marseille le 25 août, Jean-Luc Mélenchon a enfin déclaré vouloir faire des élections européennes un "référendum anti-Macron".

Comme au sein des gauches radicales européennes, des dissensions idéologiques sur la question migratoire ont cristallisé des frictions en interne. La députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain a ainsi subi les reproches de ses collègues de l'Assemblée nationale pour avoir signé un manifeste pour l'accueil des migrants aux côtés de diverses personnalités. Jean-Luc Mélenchon préfère lui mettre en avant que "l'exil est une souffrance" et qu'il faut donc "traiter les causes de l'immigration" - tout en conservant "un devoir d'humanité" comme l'explique Manuel Bompard, coordinateur de LFI. "Si nous adoptons la même ligne que les formations d'extrême gauche sur l'immigration, dans le contexte actuel, nous sommes morts politiquement", a par ailleurs conclu un cadre du mouvement cité par Le Figaro.

Après l'annonce du retrait de la co-responsable du programme LFI Charlotte Girard, initialement pressentie pour mener la liste, la France insoumise a finalement présenté sa liste lors d'une convention à Bordeaux, samedi 8 décembre. Pour la mener, l'ancienne porte-parole de l'ONG Oxfam-France Manon Aubry a été choisie par le mouvement. Cette spécialiste des questions d'évasion fiscale et d'inégalités, âgée de 29 ans, souhaite "répondre aux urgences de l'injustice fiscale [...] et climatique [...] et d'offrir des réponses politiques le plus rapidement possible". Manuel Bompard, coordinateur de la France insoumise, est placé en seconde position, suivi de Leïla Chaibi, militante associative, puis de Younous Omarjee et d'Anne-Sophie Pelletier, syndicaliste. L'actuel député européen Emmanuel Maurel, qui avait quitté le Parti socialiste pour rejoindre la France insoumise début octobre, est placé en sixième position. En position non-éligible (79e), Jean-Luc Mélenchon devrait porter la campagne.

Debout la France : les "Amoureux de la France"

Nicolas Dupont-Aignan - Crédits : Profil facebook officiel

Le parti recueillerait  7,5% des intentions de vote, soit un demi-point de moins qu'en décembre. Se positionnant frontalement contre la politique menée par Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan (voir photo) a déclaré, à l'occasion d'un meeting à Paris le 23 septembre, qu'il serait tête de liste pour son parti. "NDA" a également appelé des membres et sympathisants de LR et du RN à le soutenir. Il souhaite ainsi mener une "union" de droite pour "résister à ceux qui veulent nous coloniser". Ouvert à des candidatures issues de l'extrême droite et de la droite, il n'a pas encore dévoilé la liste de DLF.

Nicolas Dupont-Aignan avait rejeté, dès le mois de juin, la proposition de Marine Le Pen, qu'il avait soutenue au second tour de l'élection présidentielle, de constituer une liste commune pour les élections européennes. Afin de marquer un peu plus son indépendance par rapport au RN, la liste de DLF s'est associée avec le groupe parlementaire des Conservateurs et réformistes européens (ECR), concurrent de l'Europe des nations et des libertés (ENL) auquel appartiennent les actuels députés du RN.

Plus précisément, le parti défend une renégociation des traités européens afin que la France puisse notamment "contrôler ses frontières, expulser les clandestins et préserver son mode de vie sans rendre de compte à personne".

Europe Ecologie-Les Verts : "une Europe écologiste, solidaire et fédérale"

Yannick Jadot

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) recueille 6,5% des intentions de vote, soit 1,5 point de moins qu'en décembre. Le parti écologiste compte actuellement 6 eurodéputés, dont José Bové et Eva Joly qui ne se représentent pas. Par ailleurs, les sortants Pascal Durand et Karima Delli auraient été sollicités par LaREM, selon Le Monde.

Le député européen Yannick Jadot (voir photo) sera la tête de liste du parti pour les élections, suite à son élection par les adhérents d'EELV (59% des voix) contre Michèle Rivasi (35%), qui prend donc la seconde place. Damien Carême, maire de Grande-Synthe, une commune du Nord qui accueille de nombreux migrants et réfugiés, a été désigné candidat en troisième position.

Proposant une alternative à l'Europe d'Emmanuel Macron, le parti ouvre les bras à "tous les acteurs et actrices de l'écologie", y compris aux personnalités de la société civile, afin de "refonder une Europe écologiste, solidaire et fédérale". Alors qu'EELV compte mettre en avant le bilan de ses eurodéputés depuis 2014, l'enjeu pour Yannick Jadot sera de convaincre que "l’échelle européenne est la bonne, pas parce que l’Europe est bonne par principe ou par nature, mais parce que c’est l’échelle pertinente pour régler nos problèmes", résume un élu EELV proche du candidat.

Hors de question pour Yannick Jadot de renouveler l'expérience de la présidentielle en s'associant avec Benoît Hamon ou avec le PS. Il a d'ailleurs rapidement refusé la main tendue que Ségolène Royal a formulée à l'égard des Verts le 29 décembre.

Le parti, qui obtient habituellement ses meilleurs scores aux élections européennes (16,3% en 2009, 9% en 2014 contre 2,3% à la présidentielle de 2012), cherche aussi à utiliser ce scrutin pour se rassembler, clarifier sa ligne, et sortir de la crise dans laquelle il est plongé depuis sa participation aux gouvernements Ayrault et Valls. Du 23 au 25 août, à l'occasion des Journées d'été européennes à Strasbourg, les Verts ont lancé leur campagne en revendiquant notamment une politique migratoire souple.

Le Parti socialiste : une Europe "progressiste"

Olivier Faure

Actuellement crédité de seulement 4% des intentions de vote, le Parti socialiste (PS), dont le premier secrétaire Olivier Faure cherche à redéfinir l'identité et les positions après la déroute du parti à la présidentielle de 2017, peine à se trouver une tête de liste. Détenteur de 9 sièges au Parlement européen, le parti est divisé entre différents courants et a du mal à se positionner entre LaREM, LFI et les Verts.

Si les représentants du PS au Parlement européen sont pro-européens, ils ne s'inscrivent pas dans une ligne fédéraliste. La gauche s'entend sur le danger du populisme et les inégalités sociales, mais se divise sur le plan économique entre ceux qui assument le libéralisme et ceux qui le rejettent, ainsi que sur les questions migratoires.

À l'issue d'une réunion du Conseil national du parti le 13 octobre 2018, un texte intitulé "Changeons l'Europe" a été adopté. Il détaille 7 axes de réflexion tels que le besoin de clarifier les stratégies et politiques du Parti socialiste européen (PSE) et de refuser les alliances avec la droite, ou encore de remettre en question le pilotage économique et la gestion migratoire par l'Union.

Concernant le choix de la tête de liste, le premier secrétaire a essuyé des refus de la part de Christiane Taubira, Bernard Cazeneuve et Najat Vallaud-Belkacem. De leur côté, les "éléphants" Christian Eckert (ancien secrétaire d'Etat chargé du Budget) et Pierre Moscovici (actuel commissaire européen) se sont officiellement désistés dans la presse au début du mois d'octobre. "Le PS n’a pas pris la mesure du défi existentiel auquel fait face l’Europe", a ainsi justifié ce dernier, dénonçant un manque de clarification de la position du PS entre les "accents nationalistes" de LFI et les "socialistes ou progressistes" du Parti socialiste européen (PSE). Julien Dray s'est proposé, mais ne semble pas susciter de réel enthousiasme en interne. Même François Hollande aurait été sollicité de manière informelle, mais aurait écarté la proposition.

Ségolène Royal, qui avait pour sa part conditionné sa candidature à une éventuelle alliance à gauche, a finalement annoncé le 11 janvier qu'elle ne concourrait pas. Mi-décembre, l'ancienne candidate à la présidentielle avait publiquement proposé à EELV de former une liste commune dont elle serait numéro 2 derrière Yannick Jadot. Ce dernier a rapidement fait savoir qu'il ne donnerait pas suite. Benoît Hamon, qui a quitté le parti en 2017, a également rejeté cette éventualité. "Voir que l'on n'est pas capable de s'unir au niveau de la gauche, des démocrates et des écologistes, c'est assez désolant", a de son côté commenté l'ancienne ministre lors de son renoncement.

Le PS se retrouve donc à nouveau sans candidat potentiel alors qu'il devra probablement constituer sa propre liste, sans alliance.

Génération-s. : une "force écologique, démocratique et sociale"

Benoît Hamon

Crédité de 2,5% des intentions de vote, le mouvement créé par Benoît Hamon (voir photo) compte actuellement trois eurodéputés au Parlement (Guillaume Balas et Isabelle Thomas, qui ont quitté le PS en novembre 2017 ainsi que l'ancien syndicaliste Edouard Martin). Génération-s a a rejoint le mouvement "Diem 25" lancé par l'ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis.

Le parti propose notamment la création d'un "green new deal", un programme d'investissement de l'Europe dans la reconversion écologique. Il souhaite "concrétiser la naissance d'une nouvelle force écologique, démocratique et sociale". Le 6 décembre, à l'occasion d'une interview au journal Le Monde, Benoît Hamon a déclaré qu'il serait candidat "à la tête d'une alliance citoyenne".

Malgré le refus d'EELV, Génération.s avait appelé au rassemblement depuis plusieurs mois "avec tous ceux qui partagent le même sentiment d'urgence de ne laisser l'Europe ni aux libéraux ni aux nationalistes". Se revendiquant "le plus populaire à gauche", Benoît Hamon souhaite incarner l'espace entre LaREM et LFI. Des discussions avec le PCF, le Parti socialiste ou encore Place publique, le mouvement lancé par l'essayiste Raphaël Glucksmann, ont été engagées. Cependant, Génération.s a fermé la porte à une liste commune avec le PS en raison de sa proximité avec le Parti socialiste européen : "[...] tant que cette clarification au niveau européen n’a pas eu lieu et que le Parti socialiste reste attaché à un parti européen qui est le supplétif des conservateurs, il n’est pas possible, pour la clarté des idées qu’on défend, de faire liste commune", a ainsi déclaré Benoît Hamon le 6 janvier.

L'Union des démocrates et indépendants (UDI) : une "Europe puissance"

Jean-Christophe Lagarde - Crédits : Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons

L'UDI est créditée de 3,5% des intentions de vote, selon le dernier sondage Ifop. Le parti, réuni le 14 décembre en congrès extraordinaire, a confirmé qu'il présenterait sa propre liste menée par son président, Jean-Christophe Lagarde.

Ses membres défendent une "véritable Europe politique" et une "refonte des traités pour donner à la zone euro les moyens d’une politique économique créatrice d’emplois".

En menant sa propre liste, l'UDI affiche son indépendance par rapport à la liste de la majorité présidentielle, à l'égard de laquelle M. Lagarde dit ressentir une "profonde déception", et ne se reconnaît pas non plus dans la droite de Laurent Wauquiez.

L'UDI envisageait initialement de s'allier avec Agir, la droite constructive, parti politique issu des Républicains et avec lequel elle forme déjà le groupe des Constructifs à l'Assemblée nationale. La nomination de l'ex-président d'Agir Franck Riester au ministère de la Culture, qui se rapproche ainsi de la majorité, a contribué à remettre en question cette perspective. D'autant plus que l'UDI n'a de son côté pas été appelée à prendre part au gouvernement lors du dernier remaniement.

Résistons ! : défendre la "ruralité" et "l'Europe des nations"

Jean Lassalle

L'ancien candidat à l'élection présidentielle de 2017 et député, Jean Lassalle (ex-Modem) a également pris la tête de la liste de son mouvement Résistons ! pour le scrutin européen. Il est pour l'instant crédité de 3% des intentions de vote. Dès le mois de mai, celui-ci a affirmé vouloir ainsi défendre la "ruralité" en proposant que la France réduise de 5 milliards sa contribution au budget européen pour relancer son agriculture, notamment. Il se positionne également en faveur d'une "Europe des nations", se revendiquant "d'abord français, ensuite européen".

 

Parti communiste français : accueillir les réfugiés

Ian Brossat

Le PCF recueillerait pour l'instant 2,5% des voix. Il compte deux eurodéputés sortants : Patrick Le Hyaric et Marie-Pierre Vieu. Son "chef de file" pour mener la campagne sera Ian Brossat (voir photo), actuellement adjoint à la mairie de Paris. Pour l'instant dans l'incertitude sur ses potentielles alliances, le parti n'a toutefois désigné aucune tête de liste.

S'il ne souhaite effectivement pas que la gauche parte en campagne de manière dispersée, Ian Brossat est hostile à un rapprochement avec La France insoumise. De nombreux députés et élus communistes estiment d'ailleurs qu'il est nécessaire de parvenir à un rassemblement plus large.

Si des discussions avec Génération.s ont été engagées, le nouveau Premier secrétaire du PCF Fabien Roussel a publiquement énoncé ses conditions le 17 décembre : une alliance impliquerait que Ian Brossat soit à la tête de la liste.

Alors qu'il cherche à redéfinir son identité, le PCF n'a pas confirmé qu'il serait prêt à partir seul en cas d'incapacité à nouer des alliances, mais le parti a tout de même lancé sa campagne à l'occasion de la fête de l'Humanité.

Réunis pour l'université d'été du parti à Angers à la fin du mois d'août, l'ex-secrétaire général et actuel numéro 2 Pierre Laurent a déclaré vouloir "combattre les orientations libérales de l'Union européenne et […] la politique d'Emmanuel Macron". Différentes priorités ont été fixées, telles que l'écologie, l'évasion fiscale, le rôle de la Banque centrale européenne… Le PCF entend de plus placer la question de l'accueil des réfugiés au cœur de la campagne européenne de 2019. Fabien Roussel a par ailleurs annoncé que le PCF souhaitait accueillir des "Gilets jaunes" sur sa liste.

Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) : la fin des frontières

Philippe Poutou - Crédits : Rémi Noyon / Flickr

Le NPA est crédité d'1,5% des intentions de vote. Le parti défend une Europe internationaliste et anticapitaliste, avec une liberté totale de circulation et d'installation des individus. En 2017, lors de la campagne présidentielle, le candidat et actuel porte-parole du parti, Philippe Poutou, avait défendu une Europe des travailleurs et des peuples avec un alignement des droits sociaux "par le haut" et la sortie des traités actuels. Car l'Union européenne et ses institutions "sert de machine de guerre des classes dominantes des différents pays contre les classes populaires, pour mettre en concurrence les travailleur.e.s et tirer les droits vers le bas, pour imposer l’austérité", explique le comité exécutif du NPA sur son site.

Plusieurs rencontres entre le NPA et Lutte ouvrière ont eu lieu afin de monter une liste commune "pour faire entendre une voix anticapitaliste et internationaliste des révolutionnaires". Cependant, le 8 novembre, LO a indiqué son refus de s'allier avec le NPA. Ce dernier débute donc l'organisation de leur propre campagne et une campagne de levée de fond. La tête de liste n'est pas encore connue.

Les Patriotes : le Frexit

Florian Phillipot - Crédits : page Facebook officiel

Le parti des Patriotes, jeune formation créée en septembre 2017 par le dissident du Front national Florian Philippot (voir photo), est aujourd'hui crédité de 1,5% des intentions de vote. Il sera représenté par son fondateur aux élections européennes.

Le 2 septembre 2018, à l'occasion de la rentrée de son parti à Forbach (Moselle), la tête de la liste des Patriotes a en effet rappelé son engagement ferme en faveur d'une sortie de l'UE et de l'euro, qui contraint la France à une politique migratoire selon lui trop laxiste. Il souhaite faire de ces élections "un référendum sur l'Union européenne, comme sur la personne d'Emmanuel Macron".

M. Philippot a également publié, le 19 septembre, son livre-programme intitulé Frexit. UE : en sortir pour s'en sortir, qui reflète la thématique phare de son parti. La volonté de sortir la France de l'UE coûte que coûte est un thème de campagne qu'il ne partage plus qu'avec François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine. Ce dernier a par ailleurs refusé de faire alliance avec les Patriotes, qualifiant Florian Philippot d'"escroc" qui lui a "volé toutes ses idées". Des alliances avec Marine Le Pen, avec qui Florian Philippot est en mauvais termes, ou avec Nicolas Dupont-Aignan ont également été exclues.

Après plusieurs autres tentatives pour constituer une liste transpartisane - les propositions à Henri Guaino (ancien député LR) et à Jean Lassalle (député français, non inscrit) n'ont pas donné suite - Florian Philippot conduira la liste de son parti aux Européennes. L'actuelle eurodéputée Mireille d'Ornano sera en seconde position sur la liste et la campagne débutera en janvier.

L'ancien proche de Marine Le Pen a ouvert la porte à la présence de "Gilets jaunes" sur sa liste. Inexistant lors des précédentes législatives, le parti ne bénéficie cependant pas de subventions publiques (distribuées en fonction des résultats obtenus) et a lancé un appel aux dons pour financer sa campagne.

L'Union populaire républicaine : "sortir de l'UE, de l'OTAN et de l'euro"

François Asselineau

Le parti de François Asselineau (voir photo), l'Union populaire républicaine (UPR), plaidait dans son programme de 2017 pour une sortie de l'UE, de l'OTAN et de l'euro. Selon l'UPR, l'UE "une utopie funeste qui conduit nécessairement la France et les pays d’Europe vers une structure politiquement dictatoriale, économiquement inefficace […]".

François Asselineau considère qu'avec "la liste du Frexit", l'UPR est le seul parti qui propose une véritable sortie de l'UE mais Les Patriotes de Florian Philippot partagent également cette thématique.

L'UPR est actuellement créditée de 0,5% des intentions de vote. Fin octobre, François Asselineau a annoncé qu'il mènerait la liste pour la campagne des européennes, devant un millier de sympathisants.

Lutte ouvrière (LO) : "le camp des travailleurs"

Nathalie Arthaud sur LCi le 8 janvier 2019 (copie d'écran)Après plusieurs sessions de discussions avec le NPA, Lutte ouvrière (LO) présentera finalement une liste indépendante aux élections européennes, menée par l'actuelle porte-parole du parti Nathalie Arthaud. Candidate à l'élection présidentielle de 2017, elle avait obtenu 0,6% des suffrages. La liste n'a pas encore été ajoutée au sondage mené par l'Ifop.

Cette-dernière a expliqué vouloir "centrer cette campagne sur le camp des travailleurs [comme l'indique le slogan du parti]" et ne pas en faire "une caisse de résonance de tous les combats".

Durant la campagne, Lutte ouvrière avait défendu une Europe unie "pour les intérêts communs des travailleurs" et non ceux de la bourgeoisie. Se revendiquant internationaliste, la candidate envisageait l'avènement d'une Europe "unie et fraternelle : les États-Unis socialistes d’Europe" comme premier pas vers une "union de tous les peuples à l'échelle mondiale".