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Elections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Actualité 25.07.2018 Agathe Peigney (avec la rédaction)

Le 26 mai 2019, les élections européennes auront lieu en France. Changement majeur par rapport à 2014 : le scrutin par circonscription a été remplacé par une liste nationale unique. Chaque parti doit ainsi désigner une tête de liste qui le représentera pendant la campagne. Si certains ont déjà fait leur choix (c'est le cas du Parti Communiste et des Patriotes), le flou persiste néanmoins pour les autres formations politiques. Beaucoup sont en effet divisées sur la ligne directrice à adopter et les alliances à contracter.

Elections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Crédits : Profil Facebook officiel

 

(Les partis sont présentés selon leur position dans les sondages).

La République en Marche : la stratégie du rassemblement

De gauche à droite : Christophe Castaner, Edouard Philippe et Sylvie Goulard

De gauche à droite : Christophe Castaner, Edouard Philippe et Sylvie Goulard - Crédits : Profil Facebook Officiel |  Pierre PAOLO CITO / Parlement européen

 

Selon un sondage Ifop-Fiducial réalisé le 29 juin 2018, la République en Marche se placerait en première position du scrutin avec 23 % des voix, si les élections avaient lieu aujourd'hui. Sorti largement majoritaire des élections législatives avec le Modem allié, le parti ne compte cependant qu'un seul député estampillé "La République en Marche" au Parlement européen : Jean Arthuis (qui siège chez les libéraux).

La stratégie d'En Marche est simple : "faire exploser les deux principales formations à Bruxelles", le Parti Populaire Européen (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D), afin de se constituer en un bloc central. L'idée est de rallier à la fois des députés de gauche, de droite et du Modem, tout en laissant la porte ouverte à la société civile, afin de rassembler le plus de monde possible. Le député des Français à l'étranger Pieyre-Alexandre Anglade a par ailleurs été missionné pour nouer des alliances à l'étranger (notamment avec le parti espagnol de centre-droit Ciudadanos et les pays de l'Est). Enfin, le parti souhaite présenter la transition écologique comme axe majeur de son programme.

Plusieurs personnalités sont actuellement pressenties pour prendre la tête de liste : parmi elles, le Premier ministre Edouard Philippe, Christophe Castaner, délégué général de La République en Marche ou encore Sylvie Goulard, ancienne ministre des Armées dans le premier gouvernement d'Edouard Philippe et députée européenne de 2009 à 2017.

 

Rassemblement National : l'Europe des nations

De gauche à droite : Gilbert Collard, Louis Alliot et Nicolas BayDe gauche à droite : Gilbert Collard, Louis Alliot et Nicolas Bay - Crédits : Profil Facebook officiel

"Grand vainqueur" des dernières élections européennes de 2014, où il avait récolté 24,4% des voix, le Front national – désormais Rassemblement National – se placerait juste derrière la République en Marche, avec 19% des voix.  Actuellement détenteur de 24 sièges au Parlement européen (sur les 74 attribués à la France), le parti semble vouloir s'allier aux autres partis populistes dans le but de former une alliance transnationale.

Ses membres se définissent comme "euro-combatifs" et revendiquent une "Europe des nations", mais ne présentent pas encore de programme précis. C'est notamment l'une des raisons pour lesquelles Nicolas Dupont-Aignan aurait refusé la proposition de Marine Le Pen de créer une liste commune. Les noms de Gilbert Collard et Louis Aliot reviennent fréquemment comme possibles têtes de liste. Concernant Nicolas Bay, pourtant grand favori jusque-là, sa candidature semble de moins en moins probable au regard de sa mise en cause dans une récente affaire d'assistants parlementaires présumés fictifs.

 

Les Républicains : l'Europe, combien de divisions ?

De gauche à droite : Jean Leonetti, Damien Abad et Nadine MoranoDe gauche à droite : Jean Leonetti, Damien Abad et Nadine Morano - Crédits : Profil Facebook officiel | Fred MARVAUX / Parlement européen

Le même sondage évalue à 15% les intentions de vote en faveur des Républicains, au moment où le parti fait face à de profondes divergences internes. Elus sous l'ancienne appellation de l'UMP, les Républicains comptent actuellement 16 députés au Parlement européen, contre 20 élus en 2014.

Mais Laurent Wauquiez, Président des Républicains, se retrouve face à une droite divisée sur son orientation européenne. Entre ce qu'il reste de l'alliance centriste (pro-européenne) et sa propre ligne eurocritique, le parti doit d'abord définir la ligne qu'il souhaite défendre avant de désigner sa tête de liste. Ce qui s'apparente à un véritable casse-tête : si Valérie Pécresse souhaite conserver et consolider l'Europe des 28, Laurent Wauquiez défend quant à lui le retour à une Europe des douze, se limitant à un marché commun. De leur côté, Julien Aubert (député du Vaucluse) et Bruno Retailleau (président du groupe LR au Sénat) revendiquent une ligne beaucoup plus souverainiste. Cependant, le Conseil national des Républicains du 30 juin dernier semble avoir permis un début de consensus : sept piliers ont été définis comme socle du futur programme des européennes de 2019. La priorité est donnée à la protection des frontières ainsi qu'à la préférence communautaire.

Parmi les candidats pressentis, les grands favoris sont pour le moment Jean Leonetti, qui vient d'être élu vice-président des Républicains, et Damien Abad, conseiller départemental de l'Ain. Nadine Morano a également exprimé son souhait de se porter candidate, mais ne semble pas convaincre en interne. L'annonce de la tête de liste est prévue pour la fin de l'année, ce qui laisse encore du temps au parti pour préciser sa ligne.

 

La France Insoumise : la souveraineté populaire

De gauche à droite : Younous Omarjee, Charlotte Girard et Manuel BompardDe gauche à droite : Younous Omarjee, Charlotte Girard et Manuel Bompard - Crédits : Parlement européen, 2018 | Profil Facebook Officiel

Le parti de Jean-Luc Mélenchon obtiendrait aujourd'hui 11% des voix. Fondé en 2016, il regroupe plusieurs personnalités issues du Front de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon ou Younous Omarjee, eurodéputé sortant. Seul ce dernier est actuellement estampillé France Insoumise au Parlement.

En 2017, La France Insoumise défendait pour les présidentielles une remise en question et une refondation des traités européens, dont elle proposait la renégociation (plan A). En cas d'échec, elle appelait à une sortie de la France de l'Union européenne afin de proposer d'autres coopérations (plan B). "L'UE on la change ou on la quitte" est cependant toujours d'actualité au programme des élections européennes. La France Insoumise a précisé qu'elle ne rejetait pas l'Union européenne en soi mais une "certaine construction politique" qui "ne laisse pas de place à une souveraineté pleine et entière des peuples". A travers la mise en place d'une alliance à l'échelle européenne (Podemos, le Bloco au Portugal et diverses formations de gauche au Danemark, en Finlande et en Suède), le parti souhaite renégocier les traités sur un certain nombre de sujets : évasion fiscale, smic européen ou encore "protectionnisme solidaire".

Suite à la réunion du comité électoral du parti le 30 juin dernier, deux listes de 33 hommes et 33 femmes ont été proposées, et approuvées à 86,97%  des votants. 13 places restantes pourront être attribuées à des candidatures d'ouverture, c'est-à-dire des personnalités n'étant pas affiliées au parti. Au sommet de la liste se retrouvent Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, Charlotte Girard, responsable du programme de LFI ou encore Leïla Chaibi, militante associative. Le 1er juillet, la divulgation d'un "vrai-faux mail", accusant Jean-Luc Mélenchon d'avoir intentionnellement placé ses proches en tête de liste, a provoqué des tensions en interne. Pour l'ex-eurodéputé PS Liem Hoang-Ngoc, fondateur des "Socialistes Insoumis", c'est une manière d'empêcher son mouvement d'être représenté au Parlement, c'est pourquoi il choisit de suspendre sa participation à FI. Les militants sont amenés à voter pour leur candidat, afin de proposer une première liste. Une version définitive de la liste sera adoptée à l'automne.

 

Le Parti Socialiste : une Europe progressiste

De gauche à droite : Pierre Moscovici, Christian Eckert et Olivier FaureDe gauche à droite : Pierre Moscovici, Christian Eckert et Olivier Faure - Crédits : Yorgos Karahalis / Parlement européen, 2018 | Profil Facebook officiel

Actuellement doté de 6% des intentions de vote aux élections, le Parti Socialiste (PS) peine à se trouver une tête de liste. Détenteur de 13 sièges au Parlement européen, le parti est divisé entre différents courants de gauche et a du mal à se positionner entre la ligne très européenne de LREM, et celle beaucoup plus radicale des Insoumis.

Si les représentants du PS sont globalement pro-européens, ils ne s'inscrivent pas dans une ligne fédéraliste (au contraire des Verts) et ont jusque-là partagé la vision libérale de la construction européenne en votant de nombreuses fois avec le PPE et l'ADLE. Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste fraîchement élu, doit composer avec une possible fronde menée par le mini-courant "Nos causes communes", emmené par Emmanuel Maurel et Marie-Noelle Liennemann. La gauche s'entend sur le danger du populisme et les inégalités sociales, mais se divise sur le plan économique entre ceux qui assument le libéralisme et ceux qui le rejettent. Olivier Faure appelle à une "position nuancée", sans plus de précisions.

Concernant le choix de la tête de liste, le Premier secrétaire a essuyé des refus de la part de Ségolène Royal, Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem. De leur côté Pierre Moscovici (actuel commissaire européen) et Christian Eckert (ancien secrétaire d'Etat chargé du budget) se sont proposés mais ne semblent pas susciter de réel enthousiasme en interne. Olivier Faure a repoussé la date de désignation en rappelant que la priorité était de définir le "fond" de la ligne à adopter. Pour cela, reste à attendre la tenue en octobre d'une "convention" définissant les grandes orientations européennes.

 

Europe Ecologie Les Verts : "une Europe écologiste, solidaire et fédérale"

Yannick JadotComme le Parti Socialiste, Europe Ecologie Les Verts (EELV) recueille 6% des intentions de vote dans le dernier sondage Ifop sur les élections européennes. Le parti écologiste compte actuellement 5 eurodéputés, dont José Bové et Eva Joly qui ne se représentent pas.

Elu avec 59% des voix contre Michèle Rivasi (35%), le député européen Yannick Jadot  (voir photo) devient la tête de liste du parti pour les élections. Proposant une alternative à l'Europe d'Emmanuel Macron, le parti ouvre les bras à "tous les acteurs et actrices de l'écologie" afin de "refonder une Europe écologiste, solidaire et fédérale", y compris aux personnalités de la société civile.

Si Les Verts ont pu donner l'impression d'appeler à un rassemblement des gauches, et particulièrement avec le mouvement de Benoît Hamon Génération-s, Yannick Jadot a contredit cette hypothèse. Cependant, nombreux sont ceux qui au sein des Verts continuent de souhaiter cette collaboration. Il n'y a pour l'instant pas de programme précis, mais les écologistes doivent se retrouver à Strasbourg du 23 au 25 août pour les Journées d'été européennes.

 

Génération-s. : une force démocratique et sociale

Benoît HamonReprésentant 3% des intentions de vote dans les sondages, le mouvement créé par Benoît Hamon (voir photo) compte actuellement deux eurodéputés au Parlement et en appelle au rassemblement. Avec les Verts déjà, bien que Yannick Jaddot ait clairement exprimé sa volonté de rester indépendant, et plus globalement "avec tous ceux qui partagent le même sentiment d'urgence de ne laisser l'Europe ni aux libéraux ni aux nationalistes". Rejoignant la formation "Diem 25" lancé par le ministre grec des finances Yanis Varoufakis, il a annoncé la tenue d'une grande consultation à la rentrée, portant à la fois sur le projet à défendre et le processus d'élection du président de la Commission européenne ("Spitzenkandidat").

Le parti propose notamment la création d'un "green new deal", un programme d'investissement de l'Europe dans la reconversion écologique. Il souhaite "concrétiser la naissance d'une nouvelle force écologique, démocratique et sociale".

Le choix de la tête de liste est en revanche encore flou. Benoît Hamon a indiqué ne pas vouloir se présenter afin d'ouvrir le poste à des personnalités qui ne soient pas à Génération-s : "des écologistes, des progressistes, des démocrates".

 

Parti Communiste Français : accueillir les réfugiés

Ian BrossatLe PCF recueillerait pour l'instant 2,5% des voix et a déjà désigné sa tête de liste en la personne de Ian Brossat (voir photo), actuellement adjoint au maire de Paris. Il compte trois eurodéputés sortants.

S'il ne souhaite pas que la gauche parte en campagne de manière éparpillée, il est l'un des plus hostiles à un rapprochement avec la France Insoumise. Cependant le parti a proposé à différents mouvements de gauche (Génération-s, Ensemble ! la Gauche démocratique et sociale) de se réunir le 2 juillet pour discuter d'une plateforme commune. Un nouveau rendez-vous est proposé à Angers à la fin de l'été, afin de préciser d'éventuelles alliances. De nombreux députés et élus estiment qu'il est nécessaire de parvenir à un rassemblement plus large que le PCF, afin de ne pas risquer une hégémonie de la France Insoumise. 

Différentes priorités ont été fixées, telles que l'écologie, l'évasion fiscale, le rôle de la BCE… Le PCF entend de plus placer la question de l'accueil des réfugiés au cœur de la campagne européenne de 2019. Cependant des divergences sont présentes, notamment sur la question de la rupture avec les traités.

 

Les Patriotes : le Frexit

Florian PhilippotLe Parti des Patriotes, jeune formation créée en septembre 2017 par le dissident du Front national Florian Philippot (voir photo) est aujourd'hui crédité de 1% des intentions de vote. Il sera représenté par son fondateur aux élections européennes.

M. Philippot entend lancer officiellement sa campagne pour les élections de 2019 avec son livre Frexit, qui reflète la thématique phare de son parti.  Il espère rassembler et constituer une liste transpartisane, mais ses appels à Henri Guaino (député), François Asselineau (président de l'Union populaire républicaine) et Jean Lassalle (député français) sont pour le moment restés sans réponses.

Inexistant lors de précédentes législatives, le parti ne bénéficie pas de subventions publiques et a lancé un appel aux dons pour financer sa campagne.

 

Debout la France : les "Amoureux de la France"

Le parti recueillerait actuellement 6% des intentions de vote. Se positionnant frontalement contre la politique menée par Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan (voir photo) a rejeté la proposition de Marine le Pen de constituer une liste commune aux élections européennes. Il considérait auparavant que les programmes de la Présidente du Rassemblement National, tout comme celui de Laurent Wauquiez, devaient être clarifiés et précisés, mais qu'il était nécessaire de s'allier afin de crée une "opposition crédible".

Il crée avec le président du Parti Chrétien Démocrate Jean-Frédéric Poisson, et le CNIP (Centre National des Indépendants Paysans) le collectif les "Amoureux de la France", destiné à contrecarrer le projet politique d'Emmanuel Macron en formant un "programme commun des droites".

Plus précisément, le parti défend un retour aux frontières nationales et un renvoi des migrants dans leur pays d'origine. M. Dupont-Aignan ne souhaite pour l'instant pas se prononcer sur son éventuelle nomination en tête de liste, qu'il a annoncé pour la rentrée.

 

L'Union Populaire Républicaine: "sortir de l'UE, de l'OTAN et de l'Euro"

François AsselineauLe parti de François Asselineau (voir photo), l'Union Populaire Républicaine, plaide quant à lui pour une sortie de l'UE, de l'OTAN et de l'Euro.

Il rejoint donc à la fois le Rassemblement National, Debout la France et Les Patriotes, mais ne s'est pas encore prononcé sur la conduite d'une liste.

Il est actuellement crédité de 1% des intentions de vote.