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Ecosse : Quelques arguments d'un responsable du SNP pour l'indépendance

Actualité 28.02.2014

Le 18 septembre 2014, plus de 5 millions de citoyens écossais s'exprimeront sur un choix historique pour leur pays : l'Ecosse doit-elle être un Etat indépendant ? Membre du Royaume-Uni depuis trois siècles, l'Ecosse a obtenu une large autonomie depuis la fin des années 1990, avec l'institution d'un Parlement et d'un gouvernement à Edimbourg. En 2011, pour la première fois dans son histoire, le Parti National Ecossais (SNP) a obtenu la majorité des sièges dans ce Parlement, réussissant à gouverner seul et à imposer à Londres un référendum sur l'avenir du pays. Toute l'Europe a demandé à Toni Giuliano, jeune membre du SNP et candidat aux élections européennes, quelles sont les raisons qui pourraient pousser les Ecossais à voter "oui" en septembre prochain.

parlement écossais

Un Européen en faveur de l'indépendance écossaise

"Je vis en Ecosse depuis 21 ans", raconte Toni Giuliano, jeune Italo-Ecossais résidant à Glasgow. "J'ai d'abord habité dans la capitale, mais j'ai récemment déménagé ici pour suivre la campagne de "Yes Scotland". Lancée à Edimbourg il y a deux ans, la campagne pour le "oui" a depuis novembre 2012 ses quartiers généraux à Glasgow, première ville d'Ecosse avec près de 600 000 habitants. Toni, 28 ans, est "Responsable des groupes" au sein de la campagne pour l'indépendance du pays. Il est également candidat aux élections européennes pour le Parti national écossais (SNP).

Bien que membre du SNP, Toni ne veut pas être considéré comme un "nationaliste". "Je me définis comme un 'internationaliste' et je suis un Européen convaincu", précise-t-il. "Cette campagne n'est pas anti-britannique, ni contre les immigrés ou contre l'Europe", poursuit le jeune Italo-Ecossais. "Au contraire, il s'agit d'un mouvement de nationalisme civil, ouvert à toutes et à tous : l'Europe n'a rien à craindre d'une Ecosse indépendante". En effet, les Ecossais ne partagent pas la méfiance du Royaume-Uni vis-à-vis de l’Union européenne. Aux dernières élections européennes, l'Ecosse différemment du reste du pays. Alors que le Royaume-Uni compte 27 conservateurs (ECR) et 15 eurosceptiques (ELD et non-inscrits) sur un total de 73 parlementaires européens (57%), l'Ecosse a, quant à elle, élu deux socialistes (S&D) et deux Verts sur un total de 6 députés européens (66%). "En Ecosse", affirme Toni Giuliano, "l'UKIP n'existe pratiquement pas".

L'avenir d'une éventuelle Ecosse indépendante au sein de l'UE n'est pourtant pas si évident. Lors de sa visite à Londres, le 16 février dernier, l'actuel président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré que l'adhésion d'une Ecosse indépendante à l'UE serait "difficile voire impossible". Pour le numéro un de la Commission européenne, "il sera très difficile d'obtenir l'assentiment de tous les Etats membres pour intégrer un nouvel entrant issu d'un pays" déjà membre de l'UE. Une véritable douche froide pour le camp du "oui", généralement europhile et décidé à intégrer l'UE en cas de séparation du Royaume-Uni. "Je comprends Barroso", répond sans hésitations Toni Giuliano : "que voulez-vous que le président de la Commission européenne, choisi par les gouvernements nationaux, déclare lors de sa visite à Londres ?". "Mais la vérité est qu'aucun Etat membre n'a manifesté son opposition à une Ecosse indépendante, même pas l'Espagne", poursuit le jeune candidat au sein du Parlement européen.

Opposée à tout séparatisme (en particulier à celui de la Catalogne), l'Espagne a toujours été intransigeante avec les déclarations d'indépendance de nouveaux Etats. Depuis 2008, Madrid n'a pas reconnu le Kosovo et pourrait (en théorie) opposer son véto à l'entrée d'une Ecosse indépendante dans l'UE. Cependant, la position espagnole a récemment changé, réussissant à promettre une "non interférence" dans la question écossaise. "Si le processus [d'indépendance] est légal, la demande [d'adhésion] pourra être considérée", a déclaré le 2 février M. García-Margallo, ministre des Affaires étrangères espagnol, au quotidien britannique Financial Times. "L'Ecosse n'est pas la Catalogne", insiste Toni Giuliano, "notre pays peut compter sur l'Accord d'Edimbourg, signé en 2012 par les chefs de gouvernement britannique et écossais". Dans ce texte, David Cameron accepte le référendum et la possibilité d'une victoire des indépendantistes.

Les raisons du "oui"

"Tout d'abord, l'Ecosse n'est pas une région, mais une nation. Une nation sans Etat", lance Toni Giuliano. L'histoire de l'Ecosse est complexe. Indépendant jusqu'au 18e siècle, le Royaume d'Ecosse entre dans une union politique avec le Royaume d'Angleterre en 1707. Se crée alors le Royaume de Grande Bretagne", qui existe jusqu'à l'annexion de l'Irlande en 1800 : le nom devient alors Royaume de Grande Bretagne et d'Irlande". Avec l'indépendance de cette dernière dans les années 1920, l'Etat prend enfin le nom actuel : "Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord". "La première raison en faveur de l'indépendance est une question de démocratie", poursuit le candidat SNP, "notre slogan est : 'le futur de l'Ecosse dans les mains des Ecossais'".

Suite à l'autonomie législative approuvée par Londres dans les années 1990, le Parlement d'Edimbourg est aujourd'hui compétent en matière d'éducation, de justice, de santé ou encore d'environnement. Le Palais de Westminister, le Parlement britannique, s'occupe quant à lui, d'économie, de fiscalité, des Affaires étrangères, de la défense ou encore de la gestion des ressources naturelles.

"Voilà pourquoi nous n'avons pas accès au pétrole de la mer du Nord, ou pourquoi nous risquons de sortir de l'UE alors que l'Ecosse est un pays pro-européen", résume Toni Giuliano, "pour ne pas parler des guerres menées par le gouvernement de Londres, de sa politique d'austérité ou des armes nucléaires britanniques que nous devons héberger ici". Les choix pris au Palais de Westminister sont pourtant démocratiques. L'Ecosse y est représentée avec 59 députés sur 650 : un nombre assez élevé pour défendre les intérêts de 5 millions de personnes sur un total de 63 millions d'habitants au Royaume-Uni. Mais depuis quelques années, Edimbourg et Londres semblent avancer dans deux directions différentes. Aux élections générales de 2010, l'Ecosse a envoyé un seul député conservateur à Westminster (contre 41 travaillistes). Le reste du Royaume-Uni en a élu 306, donnant les clefs du 10, Downing Street au conservateur David Cameron.

Les élections du Parlement d'Edimbourg ont montré des différences encore plus grandes. En 2007, les indépendantistes du Parti national écossais (SNP) ont remporté 31% des voix devenant le premier parti d'Ecosse. Son chef, Alex Salmond, a alors pu former un gouvernement de minorité avec les Verts. En 2011, le SNP a battu un nouveau record, remportant 44% des votes. Avec ses 69 sièges sur 129 au Parlement écossais, le SNP a cette fois-ci formé un gouvernement de majorité et forcer Londres à accepter l'hypothèse d'un référendum. "La demande d'indépendance ne naît pas d'une volonté de revanche", commente l'activiste SNP, "nous avons bien gouverné depuis 2007 et nous voulons continuer à le faire, mais cette fois-ci dans tous les domaines de la vie publique". Quant aux limitations de souveraineté qu'une Ecosse indépendante aurait en tant que membre de l'UE, Toni Giuliano n'a aucun doute : "c'est complètement différent : avec l'UE, c'est l'Ecosse qui décide de transmettre de pouvoirs à Bruxelles. Dans le Royaume-Uni, c'est Londres qui choisit quelle compétences déléguer à Edimbourg".

Un Ecossais sur trois reste indécis

Selon le dernier sondage TNS réalisé en janvier 2014, le camp du "oui" a convaincu 29% des adultes écossais, contre 42% pour le "non". La part d'indécis (29%) fera donc basculer le vote d'un côté ou de l'autre. "L'objectif de la campagne est tout d'abord d'informer les électeurs, car l'idée d'indépendance peut faire peur, si on ne sait pas ce que cela signifie", explique Toni Giuliano. En effet, selon le sondage de TNS, 56% des Ecossais avouent ne pas être "assez informés" sur la question, un chiffre qui grimpe à 81% chez les indécis. A sept mois du référendum, la bataille reste donc à jouer et les élections européennes pourraient être un test pour les forces politiques. Mais le résultat ne sera pas facilement analysable : "le parti des Verts est également pour le 'oui', tout comme une grande partie des électeurs du Parti travailliste", explique M. Giuliano. Quant au SNP, "le parti cherchera à remporter un troisième siège au Parlement européen". Pour le jeune Italo-Ecossais, c'est une double campagne électorale qui commence.