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Derrière la campagne d'expulsion des Roms, un esprit du temps anti-européen

Actualité 02.09.2010

"Sécurité et confort ". Cet été, avec un groupe d'amis, nous nous sommes amusés à utiliser cette formule comme clé d'interprétation des événements qui se déroulaient autour de nous. Nous avons constaté, non sans surprise, que cette formule pouvait s'appliquer à des domaines aussi divers que la vie en couple, la mode, l'automobile... Nous avons été moins surpris lorsque les journaux français ont commencé à évoquer la politique d'expulsion à l'égard des Roms : Nicolas Sarkozy a été élu il y a trois ans sur un programme qui accordait une large part à la sécurité.

Le Parti socialiste n'a pas tardé à dénoncer ces mesures comme un détournement du débat sur les problèmes économiques de la France vers d'autres sujets, en principe plus favorables à l'UMP de Sarkozy. Mais une enquête de l'IFOP a montré que 79% français approuvaient la politique de démantèlement des campements illégaux de Roms.

 

Le faux " problème des Roms "

Avant de nous indigner, il faut bien reconnaître, en tant que Roumains, qu'une telle mesure appliquée dans notre pays recueillerait probablement des taux de soutien similaires. Néanmoins, comme Européens, nous devons noter qu'en tant que citoyens de l'UE, les Roms de Roumanie et de Bulgarie ont droit à la liberté de circulation, même si celle-ci est encadrée par certaines restrictions. Il est tout à fait normal de sanctionner quelqu'un qui n'a pas respecté le cadre juridique définissant le droit d'installation dans un autre État membre de l'UE.

Ce qui indigne les défenseurs des droits de l'homme, c'est la désignation d'un groupe ethnique comme principale cible de cette politique. L'article 2 du Traité sur l'Union européenne énonce à ce titre que "l'Union est fondée sur le respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités".

Europuls.roEuropuls est une organisation dont l’objectif est la stimulation des débats sur des questions européennes dans l'espace public roumain. Europuls veut contribuer d’une manière active à la structuration d’un espace public européen promouvant comme sujet de débat les enjeux européens à l’ordre du jour,  les politiques européennes, ainsi que la vie politique des autres Etats membres. Ses instruments sont des rapports, des conférences et des analyses des politiques roumaines et européennes, tous présentés sur le site internet www.europuls.ro. Europuls est composé de spécialistes roumains en sciences politiques et affaires européennes qui développent leurs activités entre Bucarest et Bruxelles. Europuls fait partie du réseau européen de Touteleurope.eu. 

Des critiques à l'égard de la politique française ont été formulées par des experts du Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale, dont certains membres sont originaires d'Algérie, de Russie ou du Pakistan. La réaction du sénateur Christian Vanneste, qui a mis la Roumanie dans la même catégorie que ces pays en matière de démocratie et de droits de l'homme est erronée, tant du point de vue factuel que logique : ce n'est pas un argument valable que de reprocher à celui qui vous critique de commettre les mêmes erreurs.


Mais ce qui est vraiment choquant, c'est de montrer du doigt la Roumanie comme principale source du "problème des Roms". Le fond du raisonnement est en partie vrai : la situation des Roms en Roumanie est loin d'être exemplaire.

Toutefois, il n'y a pas que les Roms qui quittent le pays. Les derniers chiffres montrent que les États membres de l'Union ont accueilli entre 2,5 et 2,7 millions de Roumains, soit plus de 10% de la population totale. Une étude a montré que la principale raison invoquée par les Roms pour justifier leur installation dans un autre État membre de l'UE est la pauvreté. Au fond, ils partent pour les mêmes raisons que l'ensemble des citoyens roumains.

 

La nécessaire mobilité européenne

Une telle mobilité ne devrait pas choquer. Tout comme elle ne peut être empêchée. La France doit accepter que l'Union politique qu'elle défend avec tellement de fougue présuppose la mobilité entre les pays, et que celle-ci ne peut pas être limitée à des catégories "choisies" (médecins, informaticiens, etc.).

Les mesures françaises s'inscrivent dans un cadre devenu tristement familier aux Roumains au cours des trois dernières années. Cela a commencé aux Pays-Bas avec la campagne de Geert Wilders, qui a proposé l'exclusion de la Roumanie et la Bulgarie de l'UE. Il y eut ensuite la décision des autorités italiennes de relever les empreintes digitales de Roms, mais aussi la volonté de nombreux Etats européens de restreindre le marché du travail aux deux nouveaux membres de l'Union. Comment ne pas s'étonner du fait que de plus en plus de Roumains se considèrent comme des citoyens européens de deuxième classe ? 

 

L'UE contre-attaque, mais avec quelle conviction?

Après avoir été critiqués pour s'être tenus à l'écart du débat, les représentants de l'Union européenne ont réagi en précisant que l'intégration des Roms ne figurait pas parmi les critères d'adhésion à l'espace Schengen. Cette déclaration faisait suite  aux propos du  secrétaire d'État aux Affaires européennes Pierre Lellouche sur un possible ajournement de l'entrée de la Roumanie et la Bulgarie dans l'espace Schengen.

Dans un second temps, la Commission s'est proposée comme médiateur dans le cadre d'une rencontre entre tous les pays de l'UE, en rejetant implicitement l'idée d'une réunion à la carte proposée par la France pour aborder la mobilité au sein de l'UE – faut-il encore rappeler qu'on ne peut pas parler d'immigration ?


Le discours des représentants européens n'est pas convaincant. Certes, la commissaire Viviane Reding a ajouté des éléments de bon sens au débat, lorsqu'elle s'est exprimée en personne, et non plus par l'intermédiaire de son porte-parole. Mais jusqu'à présent, sa prise de position n'a pas eu beaucoup de poids.


Ce qu'on aimerait entendre, c'est un discours dans lequel le Président de la Commission, José Manuel Barroso, reprendrait la célèbre formule américaine "We swim or sink together". Qu'il rappelle que le projet européen est fondé sur la solidarité et la tolérance, des valeurs essentielles pour faire une vérité palpable du concept de  citoyenneté européenne.

Ni la France ni les autres États membres ne peuvent fermer leurs frontières à un pan entier de la population. Les Roms ne sont pas une patate chaude qu'on se repasse de main en main, mais des citoyens qui ont les mêmes droits que tout le monde. Leur inclusion dans l'espace communautaire ne peut être qu'une question partagée.

 

Alina Girbea, Europuls - Coordinatrice de la rubrique Société


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