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Débat préparatoire : L'Europe à combien ? – 1er mars 2012

Actualité 07.03.2012

Au cours de ce débat de deux heures les intervenants et la salle ont pu échanger sur le projet européen et sur  la nécessité de porter une vision politique et de communiquer de manière pédagogique auprès des citoyens, afin de rendre le fonctionnement de l'UE transparent.

Si les intervenants se sont accordés sur les dangers de la méthode intergouvernementale, et notamment la prédominance du couple franco-allemand en Europe, le fédéralisme n'est pas apparu comme l'unique solution, même si tous ont reconnu qu’une forme de fédéralisme existe de facto, ou du moins une "fédération de nations" selon l'expression consacrée par Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne. Jean-Paul Gauzès, eurodéputé français (PPE), avance ainsi qu'au Parlement européen l'esprit fédéraliste est bien présent et que les députés travaillent de concours à trouver les meilleures solutions pour les 500 millions de citoyens européens – il s'agit d'ailleurs du seul exemple dans l'histoire. Il avance également, à l'exemple du dernier Traité européen et des sommets qui se sont succédé, que la méthode intergouvernementale n'a pas fait d'avantage ses preuves que la méthode communautaire.

Jean-Marie Cavada, eurodéputé français (PPE) et président du ME-F, a réitéré son soutien au fédéralisme, en rappelant que l'Etat fédéral ne privait pas de souveraineté mais se voyait déléguer des compétences que les Etats membres ne pouvaient pas assumer. Selon Joachim Bitterlich, Vice-président exécutif pour les Affaires internationales de Veolia Environnement et ancien conseiller du chancelier Helmut Kohl, ce n'est pas la méthode de travail qu'il faut remettre en cause mais bien plus la méconnaissance de l'autre et du système politique des autres Etats membres. Selon lui, un état des lieux est aujourd'hui nécessaire et la "navigation à vue" pratiquée par le Conseil européen doit cesser.

Etienne Pfimlin, ancien Président de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel, a soulevé que l'Europe a toujours avancé par crises. Il estime que le Parlement européen a toujours pris plus de pouvoirs et que des nouvelles pistes de réflexion s'ouvriront.

Pour Yves Leterme, secrétaire général adjoint de l’OCDE et ancien premier ministre de Belgique (2009-2011), l'UE est aujourd'hui à géométrie variable et il est primordial de se poser la question de la direction que l'on souhaite lui voir prendre. Ainsi s'il estime que l'intégration de la Serbie est nécessaire, afin d'apporter une stabilité et la paix à cette partie de l'Europe, la question de la Turquie est plus complexe. Selon lui, c'est surtout la capacité d'absorption économique par l'UE de cet Etat qui pose problème. Pour Joachim Bitterlich, la géométrie de l'Europe est variable depuis ses débuts et finalement constitutive de l'UE. L'Union européenne doit trouver de nouvelles formes de coopération avec des pays partenaires.

Des pistes de développement de l'Union ont été évoquées, comme le renforcement du marché intérieur ou l'accord d'un pouvoir d'initiative législative au Parlement européen. Par ailleurs, Yves Leterme a rappelé qu'assainissement du budget et relance pouvait aller de pair, arguant notamment que le développement du brevet européen pourrait constituer un réel vecteur de croissance.

Les échanges avec la salle ont permis de soulever les questions suivantes : comment faire comprendre le fonctionnement de l'UE aux citoyens ? Comment enseigner l'histoire européenne ? Comment favoriser l'émergence d'une identité européenne ? Les citoyens se montrent très visiblement en quête de pédagogie et d'une histoire commune. L'occasion pour les intervenants de rappeler que malgré la diversité des Etats-Unis, tous les Américains se sentent appartenir à un même Etat, de même pour la France, un Etat hyper-centralisateur qui se caractérise par la diversité de ses coutumes et de forts particularismes régionaux. Parmi les causes de ce défaut de connaissances de l'UE, la responsabilité des médias et des responsables politiques nationaux a été citée.

En résumé, un débat résolument pro-européen, se positionnant en faveur d'un renforcement de la coopération politique et d'un dialogue plus visible, plus transparent avec le citoyen européen. Au fond ce n'est pas tant la question du nombre que du projet qui a été soulevée et discutée : quelle Europe voulons-nous ? Quelles doivent être ses missions ? Ses pouvoirs ?