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Biographie : Léo Tindemans (1922-2014)

Synthèse 13.02.2015

Léo Tindemans, homme politique belge et fédéraliste convaincu, est avant tout connu pour son "Rapport sur l'Union politique de l'Europe" de 1975. Malgré le faible écho immédiat de ses idées, lors du Sommet européen qui suivit sa parution, nombre d'entre elles furent reprises dans le Traité de Maastricht de 1992 et sont aujourd'hui devenues réalité.

Léo Tindermans

Léo Tindermans - Crédits : EPP Group / CC BY - NC

Sa vie

Propos choisis

Extraits du Rapport sur l'Union européenne, dit "Rapport Tindemans", Bruxelles, 29 décembre 1975.

"J'ai été frappé, au cours de mes visites, par le sentiment partout répandu de notre vulnérabilité et de notre impuissance. C'est là, dans l'histoire contemporaine, une expérience nouvelle pour nos peuples. (...) Pourtant la volonté d'apporter une contribution active est très forte. (...) Nos peuples sont conscients d'être porteurs de certaines valeurs qui ont eu une influence inappréciable dans le développement de la civilisation. (...) Qui de nous n'a été surpris de voir à quel point l'identité européenne paraît évidente pour beaucoup de nos interlocuteurs étrangers ?"

"Nos peuples attendent de l'Union européenne qu'elle exprime, là où il le faut et où on l'attend, la voix de l'Europe. Que notre action commune défende efficacement nos intérêts légitimes, qu'elle assure les bases d'une véritable sécurité dans un monde plus équitable, qu'elle nous fasse participer à ce dialogue de groupe à groupe qui est, de toute évidence, la caractéristique nouvelle de la vie internationale. Comment concilier ces exigences dans le monde d'aujourd'hui sans s'unir ?"

"L'Europe doit fuir à la fois l'isolement, le repli sur soi qui la mettrait en marge de l'histoire, mais aussi la sujétion, l'étroite dépendance, qui l'empêcherait d'exprimer sa voix. Elle doit retrouver une certaine maîtrise de son destin. Elle doit construire un type de société qui nous soit propre, et qui reflète les valeurs qui sont à la fois l'héritage et la création commune de nos peuples."

"La mutation qualitative ne suppose pas un bouleversement du cadre institutionnel existant, mais un accroissement de son autorité, de son efficacité, de sa légitimité et de sa cohérence. (...) Mais finalement le cadre institutionnel vaudra ce que vaut l'esprit qui l'anime. C'est le consensus politique de nos Etats qui doit revitaliser les institutions communes. C'est la conviction que l'union est vitale et nécessaire qui permet de surmonter les conflits d'intérêts et les divergences de points de vue. C'est la volonté de réaliser cette Union qui amène à donner aux institutions communes les compétences requises. Sans ce souffle politique, les institutions de l'union manqueront toujours d'âme et de vigueur."

Né en 1922 et d'origine anversoise, il étudie les Sciences politiques et économiques. Après un passage dans le journalisme et la fonction publique, il s'oriente vers la carrière politique. Elu député du parti social-chrétien en 1961 à la Chambre des Députés belge, où il sera régulièrement réélu jusqu'en 1989, Léo Tindemans fait son entrée au gouvernement belge au poste de ministre des Affaires communautaires flamandes.Deux objectifs ont dominé l'ensemble de son action politique, l'effort en vue de la détente des relations internationales de la guerre froide et l'intensification de l'intégration politique fédérale de l'Europe.Il accumule les responsabilités politiques tant à l'échelle locale, en tant que bourgmestre d'Edegem après 1965, qu'au niveau national, où il se voit confier le portefeuille de l'agriculture et de la classe ouvrière (1971-1973) et du Budget (1973-1974), avant de devenir président du conseil de 1974 à 1978, puis ministre des Affaires Etrangères de 1981 à 1989 et sur le plan européen, en tant que député au Parlement européen de 1979 à 1981 puis de 1989 à 1999, où il a animé la Commission des Affaires Etrangères, de la Politique de Sécurité et de Défense. Il est décédé en décembre 2014.

Le "Rapport Tindemans"

En 1974, le Sommet de Paris charge Léo Tindemans, qui vient d'être nommé Premier ministre de Belgique, de "définir une conception d'ensemble de l'Union européenne".

Connu pour ses convictions fédéralistes, Léo Tindemans considère que l'Union européenne n'est pas une fin en soi, mais une étape sur le chemin de l'unification.

En décembre 1975, le "Rapport Tindemans" est présenté au Conseil européen. Il est publié en janvier de l'année suivante. La méthode qu'il envisage pour faire progresser la construction européenne se caractérise non par une modification fondamentale des traités, mais par un renforcement des institutions existantes et un développement de la coopération intergouvernementale.

Le "Rapport Tindemans" préconise un élargissement des pouvoirs d'exécution de la Commission européenne.

De plus, son président bénéficierait d'une légitimité accrue : il devrait être investi par un Parlement européen élu au suffrage universel et aurait le pouvoir de choisir les autres membres de la Commission.

Quant à la Cour de Justice des Communautés européennes, elle verrait également ses compétences accrues. Afin d'améliorer la prise de décision au niveau communautaire, le rapport prône le recours à un vote à la majorité au sein du Conseil des ministres ainsi qu'une meilleure coordination des conseils spécialisés.

En vue d'intensifier la coopération intergouvernementale, qui doit aboutir, entre autres, à un approfondissement des politiques communes, le texte envisage d'obliger juridiquement les Etats à se concerter avant toute prise de décision nationale.

Enfin le "Rapport Tindemans" prévoit la mise en place d'une union économique et monétaire et d'une véritable politique étrangère et de sécurité commune. Par ailleurs, la création d'une Agence européenne de l'armement est envisagée.

Tous ces éléments ont été l'objet de réalisations progressives dans les dernières décennies, soulignant la cohérence et la dimension visionnaire du projet de Léo Tindemans.

Les autres actions de Tindemans en faveur de l’Europe

En défenseur actif de l'idée européenne, Léo Tindemans n'en délaisse pas pour autant la vie politique nationale.

Après son départ de la présidence du gouvernement belge en 1978, en raison du refus du Parlement d'entériner le pacte d'Egmont censé résoudre les relations institutionnelles entre les communautés belges, il dirige pendant deux ans le parti chrétien-démocrate flamand (CVP). L'année 1981 marque son retour au gouvernement, au poste de ministre des Relations extérieures, qu'il occupe jusqu'en 1989.

Sur le plan européen, il préside le Parti populaire européen (PPE) de 1976 à 1985.

Après avoir été élu député européen en 1979, à l'issue des premières élections au suffrage universel du Parlement européen, Léo Tindemans abrège son mandat pour entrer au gouvernement belge en 1980.

Réélu à deux reprises au Parlement en 1989 et 1994, il est co-président de l'Assemblée paritaire Afrique-Caraïbes-Pacifique-Communauté européenne de 1989 à 1992 et prend la tête du groupe parlementaire du PPE de 1992 à 1994.

Au cours de la législature 1994-1999, il est membre de la Commission des Affaires étrangères, de la Sécurité et de la Politique de défense.

S'il ne se représente pas lors des élections de 1999, Léo Tindemans poursuit néanmoins son engagement pour la cause européenne, qui lui a déjà valu de recevoir les prix Charlemagne et Robert Schuman.

Président d'honneur du PPE, il préside également le Conseil universitaire européen pour l'Action Jean Monnet.

Sélection d'ouvrages de Léo Tindemans

  • Leo Tindemans, Rapport sur l'établissement progressif d'une politique de défense commune de l'Union européenne, Parlement européen (Commission des Affaires étrangères), 1998.
  • Leo Tindemans, Rapport sur le développement de perspectives pour la politique de sécurité commune de l'Union européenne, Parlement européen (Commission des Affaires étrangères), 1997.

Adresses utiles :

Conseil universitaire européen pour l'Action Jean Monnet - 67 rue de Trèves - 1040 Bruxelles - Tél.: 00.322.286.94.60 - Fax : 00.322.230.56.08