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A quoi ressemble le nouveau Parlement européen ?

Actualité 25.06.2019 Marie Guitton (à Bruxelles)

Aux élections européennes de mai 2019, les conservateurs du PPE et les sociaux-démocrates du S&D ont perdu la majorité qu'ils détenaient depuis plus de vingt ans au Parlement européen. Poussée des Verts, nouvelles alliances au centre et à l'extrême droite... A quoi ressemble désormais l'hémicycle ?

Projections du Parlement européen, le 24 juin 2019

Projections du Parlement européen, le 24 juin 2019

Les élections européennes 2019 se sont achevées le 26 mai. Tant que le Royaume-Uni fera partie de l'UE, ce sont toujours 751 parlementaires européens qui siègeront à Strasbourg.

Quel est le nouveau rapport de force dans l'hémicycle ?

Les résultats provisoires actualisés par le Parlement européen le 24 juin donnent les chrétiens-démocrates du PPE en tête de la future assemblée avec 182 sièges. Viennent ensuite les sociaux-démocrates du S&D (153 sièges), les libéraux de Renew Europe (RE, ex-ADLE, 108 sièges), le groupe Verts/ALE (75 sièges), le groupe d'extrême droite Identité & Démocratie (ID, ex-ENL, 73 sièges), les souverainistes du groupe CRE (62 sièges), les eurosceptiques de l'ELDD (43 sièges) et la gauche radicale (41 sièges).

S'ils constituent toujours les principales forces de l'hémicycle, le Parti populaire européen (PPE) et l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) ne disposent donc plus de la majorité à eux deux. Une première depuis plus de 20 ans.

En troisième et quatrième positions, les libéraux de Renew Europe (l'ex-groupe ADLE rejoint par les élus français de la liste Renaissance) et le groupe des Verts/ALE seront donc appelés à jouer un rôle crucial pour constituer de nouvelles alliances.

Les conservateurs en perte de vitesse

L'écrasante victoire du Fidesz de Viktor Orbán en Hongrie (52% des suffrages, soit 13 sièges), ainsi que les très bons résultats des conservateurs grecs (Nouvelle Démocratie a remporté le scrutin avec 33% des suffrages ; 8 sièges) n'ont pas empêché le recul du Parti populaire européen (PPE) dont ils sont membres.

Au cours de la prochaine législature, ce groupe représentera moins d'un quart du futur hémicycle (182 sièges, soit environ 24% des sièges), contre 29% lors de la mandature 2014-2019. Une perte de vitesse liée au recul des partis traditionnels, comme en France où Les Républicains n'obtiennent que 8,5% des voix (8 sièges).

En Allemagne, Angela Merkel a lâché les rênes de la CDU après plusieurs revers électoraux en 2018. Son parti remporte 28,9% des voix (29 sièges), contre plus de 35% en 2014.

Européennes 2019 : les partis arrivés en tête, pays par pays

Les eurosceptiques progressent toujours

Le Parti conservateur britannique de Theresa May s'effondrant à 8,9% des suffrages (4 sièges), la part des Conservateurs et réformistes européens (CRE) dans l'hémicycle strasbourgeois est elle aussi en recul. Malgré le bond du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir en Pologne (45,4% des suffrages, soit 26 sièges), ces élus souverainistes n'occuperont plus que 8% des sièges (62 sièges), contre plus de 10% aujourd'hui.

De son côté, le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD) stagne à 43 sièges, soit moins de 6 % de l'hémicycle, selon le Parlement européen. Porté par l'envolée du Brexit Party de Nigel Farage (30,7% des suffrages britanniques, soit 29 sièges) il pâtit d'un léger recul du Mouvement 5 étoiles italien (17,1% des voix, 14 sièges). Surtout, après l'appel au rassemblement lancé en avril par la Ligue de Matteo Salvini, le groupe ELDD pourrait être amené à disparaître, faute de réunir des eurodéputés de 7 pays différents.  

En effet, à l'extrême droite, l'Europe des Nations et des Libertés (ENL) s'est fondue au sein d'une nouvelle alliance appelée Identité & Démocratie (ID). Elle obtient actuellement 73 sièges (près de 10% des sièges), contre 36 pour l'ENL à la fin de la législature 2014-2019. Ce groupe est notamment porté par la victoire du Rassemblement national en France (23,3% des voix, 22 sièges) et de celle de la Ligue en Italie (34,3% des suffrages, 28 sièges).

Au total, les partis souverainistes, eurosceptiques voire europhobes obtiennent ainsi 179 élus sur 751, soit presque 24% de l'hémicycle. A Bruxelles le 26 mai au soir, le vice-président du CRE a néanmoins formellement exclu toute alliance avec "les extrémistes de droite".

Les libéraux renforcés par les marcheurs

Au centre, l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), rejointe par les élus français de la liste Renaissance (LaREM, Modem et partenaires), a été rebaptisée Renew Europe (RE). Le groupe connaît une forte progression pour atteindre 108 sièges, soit 14% de l'hémicycle.

En France, la liste de la majorité présidentielle obtient 22,4% des suffrages exprimés (21 sièges). En Allemagne, les libéraux-démocrates du FDP gagnent 2 points (5,40% des voix, 5 sièges).

Les écologistes progressent

La progression est nette, également, du côté des écologistes. Le groupe des Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE) occupera désormais 10% des sièges au Parlement européen (75 sièges, contre 52 sièges jusqu'à présent).

En France, la liste Europe-Ecologie atteint 13,5% des suffrages exprimés (12 sièges). En Allemagne, les Verts terminent à la seconde place, derrière la CDU, avec 20,5% des suffrages (21 sièges).

Les socialistes en chute

L'Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), elle, chute avec un score de 20% des sièges (153 sièges), contre 25% aujourd'hui.

Les beaux scores des partis socialistes espagnol (32,8% des voix, 20 sièges) et portugais (33,4%, 9 sièges) n'ont pas suffi à combler le recul d'autres formations nationales.

Après l'échec à la présidentielle de 2017 et la désertion d'une partie de ses membres, la crise du Parti socialiste français (allié à Place Publique et Nouvelle Donne pour le scrutin) se poursuit puisqu'il n'obtient que 6,2% des voix (5 sièges)… contre 14% en 2014 (avec le Parti radical de gauche).

L'extrême gauche régresse

Ne profitant pas de la situation délétère des socialistes, le groupe de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) est le grand perdant de cette élection. Il n'en ressort qu'avec 41 sièges (5,5% des sièges du futur Parlement européen, contre 52 sièges à la fin de la législature précédente).

La France Insoumise obtient un score décevant en France, avec 6 sièges, soit 6,3 % des voix (contre 6% pour le Front de Gauche en 2014, qui réunissait notamment le Parti communiste et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon).

 

 

Si le Royaume-Uni quittait l'UE pendant la prochaine législature (la date limite du Brexit est actuellement fixée au 31 octobre 2019), le nombre d'eurodéputés passerait à 705 au lieu de 751.

 

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