Derniers articles publiés

1961-1989 : de la construction à la destruction du Mur de Berlin

Synthèse 08.11.2017

Dans la nuit du 12 au 13 août 1961 est érigé en plein Berlin ce qui deviendra l'un des symboles physiques de la Guerre Froide : le Mur de Berlin. Pendant presque trente ans c'est non seulement la capitale allemande, mais le pays, l'Europe et le monde lui-même que va scinder en deux le "Berliner Mauer".

Construction et destruction du mur de Berlin

Destruction du mur de Berlin - Crédits : Commission européenne

Un mur que les Allemands de l'Est n'auront de cesse de tenter de franchir, au péril de leur vie, et qui ne sera abattu qu'en 1989, avec l'affaiblissement de l'Union soviétique, la politique de libéralisation conduite par Gorbatchev. Emblème d'un monde bipolaire au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et alors que l'Union européenne célèbre cette année l'anniversaire de sa chute, le Mur de Berlin est une page de l'Histoire à lui tout seul.

Pourquoi a-t-il été construit ? Comment les Berlinois ont-ils vécu l'édification d'un tel rempart ? Comment l'Allemagne a-t-elle finalement accédé à sa réunification ?Retour sur trente ans de faits pas si lointains ...

La Seconde Guerre mondiale et la partition de Berlin

 Ultimatum de Khrouchtchev

Khrouchtchev

Le 27 novembre 1958, le premier secrétaire du parti communiste soviétique Nikita Khrouchtchev envoie une note aux États-Unis, au Royaume-Uni et la France, ainsi qu'au gouvernement de la République fédérale allemande dans laquelle il propose d'abroger le statut quadripartite de l'ancienne capitale du Reich et de transformer Berlin en une "ville libre" démilitarisée, dotée d'un gouvernement propre. L'arrière-pensée manifeste de cette proposition est d'intégrer complètement la ville dans le domaine d'influence soviétique.
La réaction des trois puissances occidentales, du gouvernement allemand et du maire en exercice de Berlin-Ouest Willy Brandt est immédiate et résolue. Les Américains prennent acte de la note en dénonçant son caractère unilatéral et marquent ostensiblement leur présence à Berlin. Le 31 décembre de la même année, les puissances occidentales envoient une réponse formelle commune à la proposition réfutant l'argumentaire juridique de Krouchtchev, réaffirmant de leur droit d'être à Berlin et imputant la responsabilité de la crise à l'URSS, mais faisant part de leur ouverture à des négociations concernant l'ensemble de l'Allemagne. Au bout des six mois, l'ultimatum prend fin sans résultat tangible.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne se retrouve découpée en quatre zones d'occupation : une zone soviétique, une zone britannique, une zone américaine et une zone française conformément à l'accord conclu entre les Alliés vainqueurs en février 1945 à Yalta.

Berlin se retrouve également divisée en quatre, mais l'armée soviétique laisse aux Occidentaux l'ensemble de la zone Ouest de la capitale.

Le secteur Est représente de son côté 409 km2, soit 45,6% de la superficie de la ville. La capitale allemande devient très vite un enjeu majeur de la Guerre froide qui s'engage dès la fin des hostilités le 8 mai 1945.

Le 19 mars 1948, en suspendant sa participation au Conseil de contrôle allié et du commandement Interallié, l'Union soviétique rompt la coopération entre les forces alliées occupantes.

Elle n'a dès lors de cesse d'essayer de gêner les communications entre les Occidentaux et Berlin-Ouest.

Du 24 juin 1948 au 12 mai 1949, Staline instaure le blocus de Berlin, entravant tout transit entre l'Allemagne de l'Ouest et Berlin-Ouest, qui survivra grâce au pont aérien mis en place par les Etats-Unis.

En 1949 est créée la République fédérale d'Allemagne, regroupant les zones américaines, britanniques et françaises. Peu de temps après, l'Union soviétique crée la République démocratique d'Allemagne, formalisant la séparation de Berlin en deux entités distinctes, même si la ville reste officiellement une zone démilitarisée.

Le 27 novembre 1958, le premier secrétaire du parti communiste soviétique Nikita Khrouchtchev, lance un ultimatum aux trois autres puissances occupantes.

Cette crise ne conduira pas à une escalade, notamment grâce à la réaction très ferme et mesurée de Willy Brandt, de Konrad Adenauer et des puissances alliées. Mais il est probable que l'insuccès de cette crise ne fut pas pour rien dans la décision de construire le Mur de Berlin en août 1961.

1961 : la construction du Mur de Berlin

Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, la pose de grillage et de barbelés tout autour de Berlin-Ouest marque le début du processus d'édification du Mur de Berlin, projet secret du gouvernement est-allemand. Durant toute la nuit, sur ordre du Parti communiste et sous surveillance policière, des maçons vont empiler les parpaings qui sépareront la capitale allemande pendant plus de 20 ans.

Un mur pour stopper les migrations vers l'Ouest

Voter avec ses pieds

Fuir l'Est pour aller s'installer à l'Ouest est à l'époque une marque de rejet du régime communiste qui sévit à l'Est. Les Allemands appellent cet exode de la RDA communiste vers la RFA capitaliste "voter avec ses pieds".

Si les Soviétiques décident de construire un mur en plein coeur de Berlin c'est principalement afin de stopper le flot d'émigration croissant vers la RFA que subit la RDA depuis sa création en 1949.

En effet, de 1949 à 1961 entre 2,6 et 3,6 millions d'Allemands vont fuir la RDA pour aller à l'Ouest, marquant leur manque d'adhésion au Parti communiste et privant l'Allemagne de l'Est d'une main d'oeuvre importante. Or, la majeure partie de ces migrants va passer par Berlin, puisqu'au sein de la ville les contrôles à la frontière sont beaucoup moins efficaces que dans les zones rurales.

Ainsi, jusqu’en août 1961, il suffit de prendre le métro ou le chemin de fer berlinois pour passer d'Est en Ouest, ce que font quotidiennement des Berlinois pour aller travailler. De plus, Berlin représente à l'époque une porte d'entrée vers l'Ouest facile d'accès pour les Tchèques ou les Polonais.

Avant même la construction du Mur, la police de la RDA surveille attentivement la frontière afin d'empêcher ceux que le régime nomme "les déserteurs de la République" de passer à l'Ouest.

La construction du Mur va être une réaction à l'effondrement économique de la RDA. En effet, comme tout pays communiste, cette dernière s'est vue imposer par Moscou une économie planifiée. Or, le plan septennal (1959-1965) est un échec dès le début, la production industrielle augmentant moins vite que prévu et la collectivisation des terres agricoles entraînant une baisse de la production et une pénurie alimentaire.

Or la principale cause de cet effondrement économique est l'augmentation des salaires du à un manque de main-d'œuvre provoqué en grande partie par les fuites à l'Ouest, ainsi que l'important trafic de devises et de marchandises, néfaste à l'économie est-allemande, qui passe par Berlin.

La nuit du 12 au 13 août, un mur s'érige en plein Berlin

Checkpoint Charlie

checkpoint charlie

L’ancien poste-frontière Friedrichstraße, appelé "Checkpoint Charlie", devient à partir de 1961 le point de passage pour les membres des forces alliées américaines, britanniques et françaises stationnées à Berlin et désirant se rendre à Berlin-Est. Les touristes étrangers pouvaient y obtenir des renseignements sur les séjours à Berlin-Est. Ce poste-frontière doit son appellation à l’alphabet de l’OTAN. Les membres des forces alliées stationnées en Allemagne disposaient de trois points de passage pour rejoindre le centre de Berlin: le Checkpoint A (Alpha) à Helmstedt, qui était le point de passage de RFA en RDA, le Checkpoint B (Bravo) à Drewitz, qui était le poste de passage de RDA à Berlin-Ouest, et, enfin, le Checkpoint C (Charlie), le poste-frontière pour le transit de Berlin-Ouest à Berlin-Est.

Voir la vidéo "Checkpoint Charlie"

La construction du Mur de Berlin est un programme secret du gouvernement de la RDA. Si les Alliés s'attendent à des mesures drastiques de verrouillage de Berlin-Ouest, ils sont loin d'imaginer l'ampleur et la rapidité du plan est-allemand.

La déclaration du sommet des membres Pacte de Varsovie, suite à la rencontre Walter Ulbricht, président du Conseil d'Etat de la RDA, et Nikita Khrouchtchev en 1961 propose ainsi de " contrecarrer à la frontière avec Berlin-Ouest les agissements nuisibles aux pays du camp socialiste et d'assurer autour de Berlin-Ouest une surveillance fiable et un contrôle efficace".

Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 14 500 membres des forces armées bloquent les rues et les voies ferrées menant à Berlin-Ouest. Des troupes soviétiques se tiennent prêtes au combat et se massent aux postes frontières des Alliés. Tous les moyens de transport entre les deux Berlin sont interrompus. Les pays membres du pacte de Varsovie publient, le même jour, une déclaration pour soutenir le bouclage de la frontière entre les deux Berlin.

Le dimanche 13 juin, des barbelés et des barrières provisoires sont déployés à la frontière berlinoise entre les secteurs d’occupation Est et Ouest. Les jours suivants, les barbelés sont remplacés par un mur en pierres de taille importante, construit par des maçons est-berlinois, sous l’étroite surveillance des gardes-frontières de RDA. Les portes et fenêtres des façades d’immeubles sont murées et intégrées dans le dispositif de séparation des deux moitiés de la ville.

Le jour même Konrad Adenauer, chancelier de la RFA, appelle la population à rester calme. Pour autant, la réaction des Alliés n'est pas immédiate et seul le maire de Berlin, Willy Brandt, proteste énergiquement. La première manifestation devant le Mur a lieu le 16 août et réunit 300 000 personnes autour du maire. La même année, les Länder de la RFA fondent à Salzgitter un centre de documentation judiciaire sur les violations des droits de l'homme perpétrées par la RDA, pour marquer symboliquement leur opposition à ce régime.

Les réactions à l'Ouest, qui se font attendre, apparaissent ambigües. Les Alliés français et anglais considèrent que la construction du mur est le fait de l'URSS. Du côté des Etats-Unis, alors que le secrétaire d'État américain Dean Rusk condamne fermement la restriction de liberté de circulation des Berlinois, le président John Fitzgerald Kennedy, s'il assure à la ville de Berlin tout son soutien, considère cependant que l'option prise par la RDA est "préférable à une guerre".

La première vraie confrontation entre Américains et Soviétiques n'aura lieu que le 27 octobre de la même année, à Checkpoint Charlie, point de contrôle américain entre Berlin-Ouest et Berlin-Est. Ce jour-là en effet, des gardes-frontières de RDA exigent de contrôler des membres des forces alliées occidentales voulant se rendre en secteur soviétique.Or, tous les membres des forces d’occupation bénéficient d'un droit de libre-circulation dans l'ensemble de la ville.

Pendant trois jours, dix chars américains et dix soviétiques se postent de part et d'autre du mur. L'affaire se finit par un retrait des chars, aucune des deux parties ne voulant enclencher une escalade qui risquerait de se terminer en guerre nucléaire. Paradoxalement, cette situation explosive, aussi bien à Berlin que dans le reste de l'Europe, va déboucher sur la plus longue période de paix qu'ait connue le continent européen.

1961-1989 : la vie de chaque côté du mur

"Ich bin ein Berliner"

Le 26 juin 1963, lors d'un voyage en Europe, John Fitzgerald Kennedy prononce un discours à Berlin-Ouest, devant des centaines de milliers de Berlinois, dans lequel il déclare "Ich bin ein Berliner", "je suis un Berlinois". Le président américain entend par cette phrase choc faire savoir aux habitants de l'Ouest de Berlin que l'ensemble de l'Occident, appelé à l'époque le "Monde libre" se sent solidaire de leur sort.

La construction du Mur de Berlin va changer pour plusieurs années le visage de la capitale allemande. Et la circulation entre Berlin-Ouest et Berlin-Est va devenir peu à peu tout à fait impossible.

En effet, dès 1952, le passage de la RDA faire la RFA était limité et contrôlé. Les Berlinois de l'Est pouvaient cependant encore se rendre à l'Ouest pour travailler ou en visite à condition d'utiliser l'un des 81 points de passage existants. Dès le 13 août 1961, 69 d'entre eux sont fermés. Le 14 août, c'est la porte de Brandebourg qui est à son tour fermée, suivie de 14 autres points de passage.

Le mur intra-urbain, qui sépare Berlin-Ouest de Berlin-Est a atteint au final une longueur totale de 43,1 kilomètres. La partie du dispositif qui séparait Berlin-Est de Berlin-Ouest comprenait 111,9 kilomètres.

La Potsdamer Platz, en plein coeur de Berlin, se retrouve coupée en deux, et le centre historique de la capitale finit par se vider tout à fait, composé désormais d'un No man’s land entre les Murs de séparation à l’Est et d’un terrain vague à l’Ouest.

Au delà des répercussions politiques de la construction du mur, qui devient dès 1961 le symbole de la Guerre froide dans le monde entier, c'est la vie de toute une population qui va être bouleversée ce matin d'août 1961. 63 000 Berlinois de l'Est perdent leur emploi à l'Ouest, 10 000 de l'Ouest perdent leur emploi à Berlin-Est, et ce sont également des milliers de familles qui sont séparées pendant plus de vingt ans.

Surtout les "deux Allemagnes" (RDA et RFA), à l'image des deux parties de la capitale, vont connaître une évolution bien différente. Ainsi alors que Berlin-Ouest devient la vitrine et se modernise, Berlin-Est perd peu à peu de son animation.

Sur le plan architectural, culturel, culinaire etc., un gouffre se creuse entre l'Est et l'Ouest. La solidarité occidentale avec Berlin-Ouest se fait de plus en plus forte, comme le montre le discours du président américain John Fitzgerald Kennedy lors de son passage dans la capitale allemande en juin 1963 (voir encadré).

Grâce à la réforme monétaire qui met fin à la pénurie, Berlin-Ouest se reconstruit beaucoup plus vite et devient surtout moderne alors que l'Est prend, sous le joug communiste, un retard économique qu'il mettra des années à rattraper. Berlin-Ouest au contraire se relève et attire même les touristes dans les années 1970 et 1980.

Mais la population allemande, et notamment berlinoise, souffre beaucoup de la séparation familiale que représente le Mur. Ainsi, ils seront nombreux à tenter de le traverser, par des méthodes plus inventives les unes que les autres (des valises, des voitures coupées en deux, des cartons ...) et souvent à leurs risques et périls.

Ainsi, selon les recherches de la collectivité berlinoise de travailleurs "Collectif du 13 août", 1 135 personnes sont mortes en essayant de passer illégalement le Mur, même si le nombre exact de victimes est difficile à évaluer du fait du silence de la RDA sur ce sujet.

On sait cependant que les premières balles mortelles sont tirées par la police de la route le 24 août 1961 sur Günter Litfin, un jeune civil de 24 ans, près de la gare de Friedrichstraße, onze jours après la fermeture de la frontière, au cours d'une tentative d'évasion. Le 17 août 1962, Peter Fechter, 18 ans, est tué à son tour sur la "piste de la mort". En 1966, deux enfants de 10 et 13 ans sont abattus par au total quarante balles.

Chris Gueffroy est enfin la dernière victime du Mur, le 6 février 1989.

Ceux qui ne sont pas morts ont cependant mis en danger leur liberté, comme le prouvent les 75 000 hommes et femmes condamnés jusqu'à deux ans de prison en tant que "déserteurs de la république". La peine dépassait en général cinq ans si le fugitif dégradait les installations frontalières, était armé, soldat ou détenteur de secrets.

Un premier accord sur le règlement des visites de Berlinois de l'Ouest chez leurs parents de l'Est de la ville est signé le 17 décembre 1963 après d'âpres négociations. Il permet, du 19 décembre 1963 au 5 janvier 1964, à 1,2 million de Berlinois de rendre visite à leurs parents.

D'autres arrangements suivent en 1964, 1965 et 1966. Après l'accord quadripartite de 1971, le nombre des points de passage entre l'Est et l'Ouest est porté à dix.

Au début des années 1970, l'Ostpolitik, politique de rapprochement entre la RDA et la RFA menée par Willy Brandt et Erich Honecker rend la frontière entre les deux pays un peu plus perméable. La RDA simplifie notamment les autorisations de voyage, en particulier pour les retraités, et autorise les visites de courte durée d'Allemands de l'Ouest dans les régions frontalières.

Comme prix d'une plus grande liberté de circulation, la RDA exige la reconnaissance de son statut d'État souverain ainsi que l'extradition de ses citoyens ayant fui vers la RFA, ce que cette dernière s'évertura à refuser.

9 novembre 1989 : le Mur tombe

1989 : l'année du changement en Allemagne

L'année 1989 est marquée dans l'ensemble de l'Europe par un vent de changement, notamment à l'Est, dans les états satellites de l'URSS. En effet, alors que les soviétiques se retirent d'Afghanistan sans victoire, la Hongrie ouvre son Rideau de fer et la Pologne, en nommant à sa tête Tadeusz Mazowiecki, membre du syndicat Solidarnosc, s'achemine vers la démocratie.

Ce mouvement semble cependant ne pas atteindre l'Allemagne divisée. Durant l'été 1989, sous le prétexte de partir en vacances en Hongrie, 25 000 Allemands de l'Est rejoignent la RFA en profitant des frontières ouvertes en Hongrie et en Tchécoslovaquie.

En RDA, l'opposition au régime prend de l'ampleur, notamment à travers de nombreuses manifestations comme le 2 octobre à Leipzig, où 20 000 personnes descendent dans la rue. Le Parti communiste tente alors de reprendre la main en se rénovant mais les manifestations continuent.

Le 7 octobre, de passage à Berlin-Est pour le quarantième anniversaire de la création de la RDA, le président de l'Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev indique aux dirigeants de la RDA que le recours à la répression armée est exclue.

9 novembre : la nuit où le Mur est tombé

Fête nationale allemande

La date du 9 novembre a bien sûr été évoquée pour devenir la fête nationale de l'Allemagne, d'autant qu'elle célèbre également la proclamation de la république de Weimar en 1918. Mais cette date est aussi celle de l'anniversaire du putsch d'Adolf Hitler (9 novembre 1923), et de la Nuit de cristal, le pogrom anti-juif commis par les nazis le 9 novembre 1938. Le 3 octobre, jour de la réunification des deux Allemagnes, a donc été finalement choisi.

La nuit du 9 novembre est une nuit historique dans l'histoire de l'Allemagne, de l'Europe, et même du monde. C'est en effet cette nuit-là que le Mur de Berlin est ouvert, permettant aux Allemands de l'Est de passer à l'Ouest, et marquant le début de la chute du Rideau de fer et la fin de la bipolarisation du monde.

Or, il semble que ce qui a précipité la chute du Mur est une erreur, une déclaration prématurée d'un membre du SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), parti politique de la RDA. En effet, le 9 novembre Günter Schabowski accorde une conférence de presse retransmise en direct par la télévision du centre de presse de Berlin-Est, à une heure de grande écoute.

Lors de cette conférence, il déclare : "Les voyages privés vers l'étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs — motif du voyage ou lien de famille. Les autorisations seront délivrées sans retard. Une circulaire en ce sens va être bientôt diffusée. Les départements de la police populaire responsables des visas et de l'enregistrement du domicile sont mandatés pour accorder sans délai des autorisations permanentes de voyage, sans que les conditions actuellement en vigueur n'aient à être remplies. Les voyages y compris à durée permanente peuvent se faire à tout poste frontière avec la RFA."

Cette disposition est extraite d'un projet de décision du conseil des ministres qui n'a pas encore été approuvé et qui ne devait être communiqué que le lendemain ! Diffusée dans de nombreux médias allemands, la nouvelle amène plusieurs milliers de Berlinois à se presser au postes-frontières situés le long du mur.

C'est ainsi que, sans ordre concret des autorités et sous la pression de la foule, le point de passage de la Bornholmer Straße est ouvert peu après 23h, suivi d'autres points de passage tant à Berlin qu'à la frontière avec la RFA, marquant la chute du Mur de Berlin, dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre 1989. Cet événement reste marqué dans l'histoire allemande sous le nom de "die Wende" (le tournant).

Dès le 9 novembre, les Berlinois entament la destruction du Mur. Présent à Berlin, le violoncelliste virtuose Mstislav Rostropovitch, qui avait dû s'exiler à l'Ouest pour ses prises de position en URSS, vient encourager les démolisseurs en jouant du violoncelle au pied du Mur. La photographie de cet événement deviendra célèbre et sera l'un des symboles de la chute du bloc communiste en Europe.

Cependant, les réactions de la population berlinoise sont surtout visibles le lendemain. Des files de voitures s'embouteillent en direction de l'Ouest et une véritable marée humaine se presse près de la porte de Brandebourg, sur et autour du Mur.

L'événement fait bien sûr la Une de la presse internationale et les réactions se multiplient. Face au gouffre économique entre les deux Allemagnes, Helmut Khol, Chancelier de la RFA, annonce dès le 28 novembre 1989 un plan en dix points visant la réunification. Ainsi, le 12 septembre 1990, moins d'un an après la chute du Mur de Berlin est signé le Traité de Moscou qui rend sa pleine souveraineté et le 3 octobre de la même année, les deux Allemagnes (RFA et RDA) sont officiellement réunifiées.

Mais les conséquences de la chute du Mur dépassent largement les frontières allemandes. Elle entraîne en effet le démantèlement de l’empire soviétique. Ainsi, à Prague, la Révolution de Velours (17-18 novembre 1989) met fin au communisme. En Bulgarie, le stalinien Todor Jivkov doit accepter son remplacement par un communiste plus ouvert, Petar Mladenov. En Roumanie, Ceausescu est éliminé plus violemment en 1989. En Union soviétique, les États baltes proclament leur indépendance en mars et mai 1990.