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Sommets européens : la Belgique veut taxer l'accréditation des journalistes

Revue de presse 02.08.2018

Adoptée en catimini le 1er juin 2018, une loi belge imposera aux journalistes, dès la fin du mois d'octobre, une participation aux frais de contrôle de sécurité pour accéder aux sommets européens. De nombreuses voix s'élèvent d'ores et déjà contre cette mesure jugée contraire à la liberté d'informer.

Conférence de presse au Conseil européen, juin 2018

Conférence de presse au Conseil européen, juin 2018 - Crédits : Daina Le Lardic / Parlement européen

50 euros, le prix de la sécurité

Le message publié sur le site internet du Conseil européen n'a rien d'une blague belge. "Les journalistes belges et étrangers accrédités dans le Plat pays devront désormais acquitter un droit de 50 euros, collectés par les autorités belges, pour couvrir les sommets européens à Bruxelles", relatent Les Echos. Le but de la manœuvre est simple : la somme est "destinée à financer les contrôles de sécurité effectués chaque semestre par les autorités belges lors des réunions des 28 chefs d'État européens", précise Le Figaro.

Le journal belge Le Soir rappelle la déclaration du Conseil européen : "le contrôle de sécurité est obligatoire pour tous les journalistes et techniciens souhaitant participer au sommet, une facture sera envoyée à votre employeur par les autorités belges". Techniquement, "la taxe devra être payée tous les six mois" et "doit entrer en vigueur pour le sommet du 18 octobre", développent Les Echos.

Selon le journal, cette mesure induirait toutefois des "discriminations" et poserait des "questions légales". En effet, si cette contribution concernerait visiblement l'ensemble des journalistes, c'est "la présidence en exercice de l'UE – l'Autriche pour le semestre en cours – qui prendra à sa charge la taxe pour les journalistes non basés en Belgique venant couvrir les sommets".

"Outre les journalistes, les diplomates", mais aussi "les personnels des représentations diplomatiques des Etats membres" et même "les contractuels du Conseil (personnels de cantine, agents d'entretien…)" sont concernés par cette "'taxe Michel', du nom du Premier ministre Charles Michel" complètent Le Figaro et Les Echos.

Professionnels de la presse et institutions européennes contestent

En réaction à cette mesure inédite, la tempête gronde contre le gouvernement du Premier ministre Charles Michel. Comme le raconte Le Soir, "cette annonce n’a pas manqué de faire réagir sur Twitter de nombreux professionnels des médias actifs dans la capitale de l’Europe". Ainsi, "l'Association générale des journalistes de Belgique (AGJPB) a appelé le gouvernement à abandonner cette mesure" rapporte Le Figaro. L'AGJPB rappelle que "les journalistes indépendants ne pourraient compter sur un employeur pour débourser cette taxe".

"Le principe même de devoir payer pour pouvoir être accrédité – car sans attestation de sécurité, pas de sésame – constitue en outre une entrave à la liberté d’informer", s’inquiète encore l’association [Le Soir]. De son côté, c'est "l'Association de la presse internationale (API) qui réclame aussi l'abandon de la taxe" dénonçant des "'discriminations' entre petits et grands médias ainsi qu'entre salariés et pigistes", rapportent Les Echos.

Mais les journalistes ne sont pas seuls face au gouvernement belge dans cette affaire. Le Figaro rapporte que "la Commission européenne s'est désolidarisée de cette initiative belge". La porte-parole de l'exécutif européen, Mina Andreeva, "a sèchement marqué sa désapprobation" en déclarant : "cette loi belge ne nous plaît pas [...]. Les journalistes doivent pouvoir faire leur travail dans les meilleures conditions possible" [Les Echos].

Elle a également rappelé que la Commission "peut être saisie de plaintes et les examinera sur la base du droit". Enfin, le Conseil européen lui-même "s'est dit 'embarrassé' par cette mesure" [Les Echos]. Elle concernerait, selon ses données, "entre 1 200 et 1 300 journalistes qui s'accréditent pour les sommets européens. Parmi eux, quelque 700 sont postés en Belgique et y payent leurs impôts".