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Libre-échange : l'Europe souhaite "penser la mondialisation"

Revue de presse 11.05.2017

La Commission européenne a présenté, mercredi 10 mai, un document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation. Une annonce qui traduit un changement de doctrine "encore impensable" il y a quelques années. Le même jour, les Etats se sont accordés sur des instruments pour lutter contre le dumping.

Commission européenne

"Penser la mondialisation"

Mercredi 10 mai à Bruxelles, la Commission européenne a présenté un document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation. Ce dernier se fixe pour objectif de "penser la mondialisation", et évalue le rôle que "l'Union européenne doit jouer pour tirer profit de celle-ci et mieux la contrôler", expliquent Les Echos. Le texte propose ainsi de "prendre en compte les craintes de ceux pour lesquels cette ouverture est synonyme de pertes d’emplois, d’injustice sociale ou de normes moins ambitieuses en matière d’environnement, de santé ou de protection de la vie privée" [L'Opinion]. Il s'agit donc pour l'Union européenne et les Etats membres de "lancer le débat" pour trouver une manière de répartir "plus équitablement les bénéfices de la globalisation".

Une mesure inenvisageable il y a encore quelques années tant "la stratégie résolument pro-libre échange de la Commission européenne était considérée comme une évidence", note Le Monde. "C'est tout simplement la première fois que je vois la Commission reconnaître explicitement ces enjeux", s'est enthousiasmé Jeppe Kofod, un député européen danois du camp des Socialistes et Démocrates (S & D), interrogé par Les Echos.

En reconnaissant les limites d'une politique trop libérale, l'Union européenne rompt ainsi avec une certaine "naïveté" qui prédominait autrefois dans ses rangs, analyse L'Opinion. L'enjeu est en effet devenu crucial en Europe ces dernières années. "Après le veto du Parlement wallon" sur l'accord de libre-échange entre l'UE et le Canada, puis "une campagne présidentielle française, qui s’est structurée autour des 'perdants' et des 'gagnants' de la mondialisation (…), il n’est désormais plus question à Bruxelles de faire comme si la globalisation n’avait pas d’effets négatifs", commente Le Monde.

De quoi "apporter des munitions au nouveau président élu", Emmanuel Macron, convaincu de la nécessité de rendre l'Europe plus protectrice, analysent Les Echos. "L’appel d’Emmanuel Macron à lutter contre les 'injustices' de la globalisation et les pratiques déloyales ne restera donc pas sans réponse", selon L'Opinion. Une analyse que nuance cependant le journal Le Monde, rappelant que les critiques du libre-échange restent néanmoins "marginales" dans ce document dont "le ton général est celui d’un manifeste antiprotectionniste". En outre, afin de rendre les échanges commerciaux "plus justes", la Commission européenne encourage en priorité les Etats membres à "insister sur la formation professionnelle et l’égalité des chances", ainsi qu'à "un usage plus important du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation".

L'Europe s'arme contre le dumping

Hasard du calendrier, les Etats membres ont le même jour convenu d'un nouveau cadre pour lutter contre le dumping. Désormais, le nouveau règlement sur une "nouvelle méthodologie anti-dumping", appelé aussi "Nomad", chargera la Commission européenne d'établir un rapport "au cas par cas" sur les distorsions de concurrence dont les Européens seraient victimes, explique L'Echo. Dans la ligne de mire des Vingt-Huit, il y a évidemment la Chine et la volonté de répondre aux "surcapacités" du pays sur le marché.

Une fois encore, le durcissement de ton de l'UE a de quoi étonner. "Rénover le dispositif de lutte contre le dumping, mis en place dans les années 1990, quand les Brics commençaient seulement à poindre le bout du nez, apparaissait comme une évidence. Mais de là à croire que les Vingt-Huit parviendraient à accorder leurs violons c’était autre chose", commente le journal. "C’est peut-être la prise de conscience de la nécessité d’une Europe qui protège", s'est enthousiasmé un diplomate interrogé par le quotidien belge.

Sur le départ, les Britanniques "traditionnellement dans une position de défiance vis-à-vis des instruments de défense commerciale (…) se sont montrés en net retrait dans ce dossier", indique un diplomate interrogé par le quotidien belge. Quant à certains pays traditionnellement opposés "à la modernisation des instruments de défense commerciale", comme la Belgique, ces derniers tendent aujourd'hui à changer d'approche, conclut le journal.