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Une directive pour sauver des vies sans frontière

Actualité 21.05.2010

Le Parlement européen a adopté mercredi à la quasi-unanimité le projet de directive fixant des règles européennes pour faciliter les dons d'organes et les greffes. C'est la première directive, depuis l'adoption du traité de Lisbonne, à avoir été adoptée dès la première lecture ; ce qui est de nature à renforcer la confiance dans les institutions démocratiques pour l’eurodéputé espagnol Andrés Perelló Rodriguez.

La session plénière du Parlement européen, qui a lieu tous les mois à Strasbourg, est un temps fort de la vie européenne. Les eurodéputés y adoptent les textes importants, dont beaucoup auront un impact réel sur la vie des européens. C’est le cas de la directive sur les normes de qualité et de sécurité des organes humains destinés à la transplantation.

40 000 transplantations ont lieu chaque année en Europe ; et pourtant, ce sont 60 000 européens qui sont en reste sur les listes d'attente. Faute de pouvoir se faire greffer, douze européens décèdent chaque jour.

Pourtant, 8 citoyens européens sur 10 sont favorables au don d'organe. Ainsi ce n'est pas la générosité mais bien l'efficacité des systèmes qui pose problème. C’est ce à quoi la nouvelle directive adoptée mercredi par le Parlement européen entend remédier.

Celle-ci encouragera la mise en place d'un réseau européen du don d'organe : d’abord,  elle facilitera les transferts d'organes d'un pays de l'Union européenne à l'autre, en faisant correspondre les listes des donneurs et des receveurs au niveau européen.

Ensuite, les autorités nationales seront chargées de coordonner les transferts et d'assurer la traçabilité des organes. Cela devrait permettre d'augmenter leur disponibilité, et de raccourcir les temps d'attente des patients nécessiteux. En contrepartie, elle garantira que des normes de qualité et de sécurité soient respectées dans toute l'Europe.

Des réseaux comme celui que développera la directive existent déjà en Europe. Eurotransplant et Scandiatransplant facilitent les échanges d'organes entre des groupes de pays ; mais la France n'appartient à aucun de ces groupes.  Elle appartenait en revanche avec six autres Etats au projet Alliance-O d'échange de bonnes pratiques, subventionné par la Commission européenne. Désormais, ce seront les vingt-sept Etats membres qui collaboreront.

"Que plus un seul européen ne meure faute de don d'organe !"

 

Ce n’est pas un hasard si cet appel émane d'un eurodéputé espagnol, ou si ce vote intervient sous la Présidence de ce pays. L'Espagne, en effet, est très en avance sur le dossier. Son système fournit les meilleurs résultats au monde, avec 34 donneurs par millions d'habitants, deux fois plus que la moyenne communautaire.

Au sein du réseau européen, elle sera en mesure de diffuser ses bonnes pratiques, qui pourront bénéficier à d’autres Etats dont les systèmes manquent d’efficacité, comme la Roumanie qui n’obtient que 0.5 donneurs par millions d'habitants.

Ainsi en parallèle de l’adoption du texte, les eurodéputés ont appelé les Etats membres à multiplier les opportunités pour les citoyens de s’inscrire en tant que donneurs d’organes : lorsqu’ils demandent un passeport ou un permis de conduire, ou encore via un formulaire en ligne.

Si le nouveau système facilitera les dons de patients décédés, il encadrera strictement les prélèvements d’organes sur des donneurs vivants, une distinction d'importance, indispensable pour combattre toute forme de trafic.

Cet objectif est primordial pour le rapporteur du texte au Parlement, le slovaque Miroslav Mikolášik, qui a insisté sur le fait que les dons doivent obligatoirement être "volontaires et non payés". Un dédommagement financier pourra intervenir seulement pour couvrir les frais engagés par le donneur, comme par exemple dans le cas où il aurait à prendre un avion en urgence pour se rendre à l’hôpital.

Si cette avancée est saluée par le milieu associatif, les plus engagés en faveur du don d’organe pourront regretter qu’il n’existe pas encore de banque d’organes européenne. De plus le texte ne dit rien sur le consentement présumé, qui n’est pas harmonisé au niveau européen.