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Luigi de Magistris (ADLE) : "J'ai accepté de porter mes valeurs, mon expérience et ma passion politique en Europe"

Actualité 15.07.2010

Un an déjà ! En juin 2009 avaient lieu les élections européennes. Parmi les 736 eurodéputés élus, nombreux sont ceux qui faisaient pour la première fois leur entrée au Parlement européen. A l'occasion de cet anniversaire, Touteleurope.fr a rencontré un certain nombre d'entre eux. L'occasion de faire le bilan de douze mois de travaux, de joies, de déceptions et d'apprentissage.

Touteleurope.fr : Quel souvenir gardez-vous du soir de votre élection au Parlement européen ?
Luigi de Magistris :
Un très beau souvenir du fait d'un succès électoral extraordinaire. J'ai récolté 500 000 scrutins favorables, un résultat pour moi impensable et imprévisible. Penser qu'un si grand nombre de personnes a voulu me soutenir a été pour moi très émouvant.

 

Touteleurope.fr : Et quel souvenir gardez-vous de la 'rentrée des classes', de votre premier jour de prise de fonctions ?
L.D.M. :
J'ai toujours conféré une grande importance au Parlement européen, en tant qu'institution où l'on exerce la souveraineté du peuple. Pour cette raison ce jour-là, tout en ressentant le poids de la responsabilité, j'ai éprouvé une émotion très forte.

 

Touteleurope.fr : Quelles fonctions occupiez-vous avant votre élection ? Continuez-vous à les exercer ?
L.D.M. :
Pendant 15  ans j'ai été un magistrat …et je dois avouer que je voulais continuer à exercer cette fonction parce que je crois que c'est l'un des métiers parmi les plus beaux au monde. Malheureusement en Italie en ce moment il y a une situation très difficile : ceux qui cherchent à appliquer la Constitution, et surtout le principe de l'égalité des citoyens devant la loi, subissent des interférences, des intimidations, des pressions très fortes pas seulement de la part de la criminalité organisée, mais aussi par un système de corruption et de mafias qui ont fortement entravé mon travail.

Pour cette raison, j'ai accepté la proposition de porter mes valeurs, mon expérience, ma compétence et même ma passion politique en Europe, que je considère comme le lieu où l'on peut vraiment réaliser la transformation sociale et poursuivre jusqu'au bout l'intérêt public, ce qui est également la mission que je poursuivais en tant que magistrat.

 

Touteleurope.fr : Quel est votre meilleur souvenir de cette première année de mandat ?
L.D.M. 
: Sans aucun doute, l'anniversaire de la chute du Mur de Berlin et en particulier le discours de Jerzy Buzek, ancien Premier ministre polonais et actuel président du Parlement européen, et Václav Havel, ancien président de l'ex-Tchécoslovaquie. Un moment pour moi très significatif et solennel qui m'a beaucoup touché. Ça a été comme vivre à nouveau cet événement grandiose qui a changé l'histoire d'Europe et dont j'ai encore un souvenir bien vif.

 

Touteleurope.fr : Et votre pire souvenir ?
L.D.M.
Il ne s'agit pas d'un mauvais souvenir tout court, mais plutôt d'une déception pour un projet en passe de se réaliser, mais qui n'a pas vu le jour. Je parle du vote en session plénière pour défendre la liberté d'information. La résolution n'est pas passée pour une poignée de voix.

Je pense que l'adoption du texte aurait conféré un plus grand prestige au Parlement  qui n'a pas su s'exprimer à l'unanimité, pour des principes qui demeurent cependant les pivots de toute démocratie occidentale : le pluralisme, la liberté et l'indépendance des moyens d'information.

 

Touteleurope.fr : Pensez-vous que cette bataille pourra être reprise plus tard ou s'est-elle arrêtée le jour de ce vote ?
L.D.M.
: Non ! La bataille pour les droits et le combat pour la justice ne s'arrêtent jamais. Il y a des moments où les choses se déroulent plus rapidement ; il y en a d'autres où l'on assiste, au contraire, à des ralentissements. Maintenant on est en train de soumettre à l'attention du Parlement la question des écoutes téléphoniques.

Une loi actuellement en discussion en Italie, appelée "loi bâillon", ne permettra plus aux médias italiens d'exercer le droit/devoir à l'information, prévu par la Constitution italienne. Mais je reste confiant et je suis sûr qu'à la fin ces principes seront réaffirmés avec force par le Parlement européen.

 

Touteleurope.fr : Arrivez-vous à faire le lien entre les citoyens, qui vous ont élu, et l'Europe ?
L.D.M.
: La tâche est ardue surtout en Italie où il n'y a pas une bonne conscience de l'importance des institutions européennes et en particulier du Parlement européen. Je dois avouer qu'il est très difficile de faire véhiculer à travers les moyens de communication à notre disposition des informations.

De surcroît, la presse n'adresse pas d'attention particulière au travail qui est exécuté à Bruxelles et à Strasbourg. Personnellement, je cherche à remplir ce gap par des rencontres publiques avec les citoyens italiens, et à travers mon blog et mon compte twitter où je fais la chronique de mon activité en Europe.

 

Touteleurope.fr : Qu'est-ce qui vous à poussé vers cette démarche supplémentaire ?
L.D. M.
: La conviction que l'information est très importante : raconter ce qu'on fait en Europe sert à la démocratie et sert surtout à la participation démocratique des citoyens à la vie publique, à la vie sociale et aussi à la vie politique.

 

Touteleurope.fr : Quels sont les principaux dossiers sur lesquels vous travaillez actuellement ?
L.D.M.
: Je suis actuellement des dossiers concernant le renforcement des organes de garanties afin de consolider la transparence dans l'utilisation des fonds publics et la légalité dans les institutions européennes. La commission du Contrôle budgétaire, que j'ai l'honneur de présider, travaille actuellement au renforcement de l'Office européen de lutte anti-fraude (OLAF), dont le nouveau directeur devra être bientôt élu.

Nous travaillons également à l'institution d'un procureur européen - tel que prévu par le Traité de Lisbonne - et au renforcement du rôle de la Cour des comptes européenne.

Mais le dossier auquel je tiens tout particulièrement est celui concernant l'approbation de la décharge budgétaire pour toutes les institutions et agences de l’Union Européenne. Cela permettra au Parlement de vérifier si les institutions  gèrent correctement et avec transparence les fonds qui leur sont destinés et surtout si les fonds publics octroyés aux différents Etats sont utilisés correctement.

 

Touteleurope.fr : Avez-vous l'impression d'avoir changé depuis un an, depuis votre arrivée au Parlement ?
L.D.M.
: Bien évidemment la vie change … surtout par rapport au travail que je faisais avant! Déjà, le travail en Europe exige une très grande mobilité et des voyages assez fréquents; cela fait qu'on reste longtemps loin de son propre pays, sa propre ville et sa propre famille.

Mais ce sont aussi les relations interpersonnelles et la façon de les concevoir qui ont changées pour moi. Le travail de magistrat, de la façon dont je le menais, m'obligeait à mener une vie solitaire, tout en étant très attentif à ce qu'il se passait en société.

L'approche du politique à la société est complètement différente. Contrairement à mon emploi d'avant, cette année j'ai eu  beaucoup de rencontres publiques, privées, politiques, institutionnelles etc., fondamentales pour comprendre ce qu'il se passe en Italie et dans le monde entier.

Certes, ma vie a beaucoup changé, mais je suis très enthousiaste de l'activité menée jusqu'à présent. J'ai compris que l'expérience politique - en particulier celle au niveau européen – est très enrichissante : on a la possibilité de renter en contact et d'avoir des relations avec les eurodéputés de 27 pays membres, ce qui nous donne la possibilité d'un échange culturel privilégié et une richesse exclusive dans la confrontation des opinions. Bref, un an de mandat absolument positif !

 

Propos recueillis le 23 juin 2010