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Le vin, symbole des effets de la construction européenne

Actualité 15.04.2007

Le groupe de recherche Notre Europe publie une étude portant sur les effets des politiques européennes sur le monde viticole du Languedoc-Roussillon. Cette étude est révélatrice de tendances très marquées sur les perceptions des mutations identitaires liées à l'Europe.

Le vin est l'un des éléments constitutifs d'une civilisation spécifiquement européenne qui s'étend de l'Espagne à la Roumanie et remonte jusqu'en Angleterre. "Produit sensible", le vin témoigne du lien à la terre : "les imaginaires de l'enracinement associés à cette boisson sont des affections très largement partagées en Europe". "Symbole de civilisation" par excellence, il est un "fait social total", selon le concept du sociologue Marcel Mauss. Il structure l'espace, les comportements et les rapports sociaux.

L'étude met à jour "les enjeux identitaires sous-jacents à la construction européenne et à l'intensification des échanges au niveau mondial". Ces évolutions rapides ont entraîné de profondes mutations qui apparaissent avant tout comme une "désagrégation sociale". La libre circulation des personnes est telle que la population viticole du Languedoc-Roussillon est devenue beaucoup plus cosmopolite : on parle de "petite Europe". Les lieux de négociation se sont déplacés, le rôle des élus et de l'Etat a muté. Ces phénomènes ont une grande incidence sur la formulation des identités.

Les viticulteurs languedociens sont particulièrement virulents à l'égard de l'Union européenne. Ils accusent l'Europe d'être "détachée de son territoire". L'Union européenne est devenue "le barbare", l'étranger qui s'immisce sur le territoire, et le vin, "produit totem" selon l'expression de Roland Barthes "est propre à cristalliser toutes les angoisses de la déperdition culturelle."

Pour autant, la "déstructuration en cours des rapports sociaux n'est pas synonyme d'anomie ou d'atomisation irrévocable du corps social". La mutation se traduit aussi par de nouvelles formes de solidarité, un renouvellement du rapport à la tradition, la naissance de formes inédites d'organisation et de production.

Finalement, affirment les auteurs, "le marché ne peut à lui seul produire de la société". C'est pourquoi ils attendent des responsables européens  la "capacité (…) à défendre les savoir-faire et les savoir-vivre des Européens".


Lire l'analyse

Boris Petric et Aziliz Gouez, "Le vin et l'Europe : métamorphose d'une terre d'élection", avril 2007