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Elisabeth Guigou : "Une Europe juste passe par l'équilibre entre l'économique, le social et l'écologique"

Actualité 31.01.2011

Ancienne ministre de la Justice et ministre des Affaires européennes, aujourd'hui responsable de la Réforme de l’État et des Collectivités territoriales au sein du Parti socialiste et députée de Seine-Saint-Denis, Elisabeth Guigou publie un nouveau livre : "Pour une Europe juste". Toute l'Europe l'a interviewée sur son projet. 

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Elisabeth Guigou : Pour une Europe juste, éditions du Cherche midi

"Divorces entre ressortissants de deux pays européens, lutte contre le blanchiment d'argent sale, harmonisation des droits d'asile, politique commune de l'immigration... Aujourd'hui, le traité de Lisbonne donne à la Commission européenne et aux États membres les instruments juridiques pour lancer un grand espace de justice et de sécurité. Ce chantier immense est à construire au moment où l'Union européenne traverse l'une des pires crises de son histoire. Crise économique et sociale, mais aussi crise de leadership et crise d'identité. Si l'Union veut continuer à peser financièrement dans le monde, elle doit réformer totalement son mode de gouvernance et s'allier avec son Sud, c'est-à-dire les pays du Maghreb et d'Afrique. Élisabeth Guigou dévoile ici à la fois l'enfance de sa passion pour l'Europe et son projet pour une Europe de demain, comme véritable acteur mondial : une Europe plus juste..."


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Touteleurope.eu : Pourquoi, tandis que beaucoup se préparent en France pour les présidentielles, publiez-vous un livre sur l’Europe ?

Elisabeth Guigou :
L'Europe va très mal, et c’est justement parce qu’on aime l’Europe qu’il faut analyser avec lucidité la nature de la crise. Bien sûr il y a la crise financière, mais il y a une crise de sens, et il faut un sursaut pour une meilleure Europe. J’évoque dans ce livre des propositions, mais je pense surtout que l'on a de plus en plus besoin d’Europe, qui retrouve le sens du projet européen.

L’aventure magnifique de l’Europe au XXe siècle a finalement accompli son œuvre, avec la paix, la démocratie, la prospérité. Maintenant il faut un autre moteur, qui réponde aux peurs que peuvent éprouver les citoyens. Si l’Europe veut se penser comme un acteur de la stratégie mondiale, on trouvera ce moteur.

C’est pour cette raison que je propose, modestement, une communauté européenne de l’énergie, qui se trouve au confluent de plusieurs défis auxquels l’Europe est confrontée : à la fois énergétique, écologique, technologique et finalement de civilisation. Un tel projet permettrait peut-être d’avoir un négociateur européen unique vis-à-vis du reste du monde.

C’est un exemple particulièrement significatif, il peut y en avoir d’autres. Mais il faut se remobiliser autour d’un nouveau projet qui fasse sens pour l’affirmation de l’Europe.


Touteleurope.eu : Un tel projet aurait-il du sens pour les citoyens ?

E.G. : Bien sûr ! Le défi climatique est là, le défi écologique aussi, le temps du monde fini a vraiment commencé ! Nous serons 9 milliards d’êtres humains dans 50 ans, on ne peut donc plus continuer comme avant.

L’Europe est l’entité politique au monde qui, et elle a déjà prouvé son avance sur les autres dans ce domaine, peut à la fois trouver dans ce défi climatique les sources d’une nouvelle croissance, de nouveaux emplois, et d’une nouvelle façon de faire vivre son modèle de développement. Une communauté européenne de l’énergie permettrait de faire bouger beaucoup de personnes, des jeunes en particulier.

Plus directement en direction des jeunes, je propose également que l’on rende un séjour Erasmus de 6 mois obligatoire pour tous les étudiants de Master. Cela obligera les universités, les régions, les Etats et le budget européen à se mobiliser pour que les bourses soient suffisantes. Le brassage des populations, en particulier des jeunes, est quelque chose de fondamental. Mais de fil en aiguille on peut envisager ça pour des jeunes en parcours d’apprentissage.

Il faut aussi que l’Europe sorte du nombrilisme dans lequel elle s’est enfermée. Nous avons des problèmes internes à régler, il faut sauver l’euro, nous avons besoin de davantage de cohésion, mais nous trouverons ce ressort là si nous arrivons à penser, nous Européens, à ce que nous sommes et pouvons représenter dans le monde. D’ailleurs il suffit de sortir de l’Europe pour d’un coup être beaucoup plus optimiste sur l’Europe : tous les peuples du monde nous envient !


Touteleurope.eu : Quelle "Europe juste" défendez-vous dans votre livre ?

E.G. : L’Europe juste est dans la volonté de faire vivre, avec des réformes bien entendu, notre modèle de développement, qui implique l’équilibre entre l’économique, le social et l’écologique.

Dans l’immédiat, il faut sauver l’euro, mais celui-ci ne sera pas durable sans union économique à côté de l'Union monétaire. Ce qui implique aussi davantage de cohésion sociale et un rapprochement petit à petit de nos politiques budgétaires, fiscales, macroéconomiques.

Sur les questions de justice, qui m’ont évidemment passionné lorsque j’étais ministre, il s’agit de faciliter les conséquences des séparations de couples binationaux (et il y en a de plus en plus), de faciliter la vie des affaires (dans un marché unique il y a des contentieux), qu’il y ait des droits syndicaux comparables au niveau européen, une justice pénale qui fonctionne dans la coopération (le mandat d’arrêt européen a été un progrès formidable mais il n’est pas beaucoup appliqué...). Nous avons là des projets très fédérateurs et qui parlent de la vie très quotidienne des Européens.

Nous devons aussi être beaucoup plus clairs sur les mouvements de population : on ne peut pas transiger sur la liberté de circulation et la liberté d’établissement à l’intérieur de l’Union européenne, mais cela ne doit pas se faire en nivelant vers le bas les acquis sociaux. Un Hongrois ou un Roumain qui travaille en France ne peut le faire qu’au salaire français, et sous les conditions sociales françaises, car la sécurité sociale ne fait pas partie des compétences européennes. Nous avons besoin d’une certaine unification de ce point de vue. Je pense que des fonds européens plus généreux peuvent aussi nous aider en ce sens.

Enfin, l’Europe aura besoin de plus en plus d’une immigration organisée, de beaucoup de jeunesse, car c’est un continent qui vieillit. Nous devons ainsi réorganiser nos relations avec le sud de la Méditerranée. Nous avons des complémentarités évidentes : la jeunesse est au Sud, nous avons une avance technologique, les matières premières sont là-bas, nous avons des défis communs à relever (la sécurité, le climat, la désertification...).

Tout devrait donc nous pousser à être beaucoup plus allant vis-à-vis de notre Sud. D’ailleurs, si nous ne le faisons pas les Chinois prendront notre place et ils ont déjà commencé, on devrait donc se dire que c’est urgent.


Touteleurope.eu : Comment faire progresser l’Union pour la Méditerranée ?

E.G. : Compte-tenu de blocages politiques (dont le principal est le conflit israélo-palestinien, mais aussi le manque de coopération entre l’Algérie et le Maroc sur le Sahara…), il faut mettre le paquet sur la coopération concrète qui implique les sociétés civiles, car celles-ci se comprennent (les nouvelles technologies notamment font en particulier le lien).

Il faut aussi créer des emplois, et je pense que la coopération des deux rives de la Méditerranée sur l’économie est absolument fondamentale. Nous avons un flux d’investissement ridicule en comparaison de ce que font les Etats-Unis avec leur Sud, ou la Chine et le Japon avec leur Sud en Asie.

Il faut repenser un vrai partenariat, équilibré et à rebours du néocolonialisme. Je pense que cela peut se faire beaucoup par l’économie et les échanges culturels, et que cela peut faire avancer les choses. C’était d'ailleurs le pari de l’Europe avec la CECA.


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