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Discours sur l’état de l’Union : Jean-Claude Juncker défend un "agenda positif"

Actualité 14.09.2016

Mercredi 14 septembre, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a prononcé son discours sur l'état de l'Union européenne. Inspiré de la tradition américaine et encore en quête de médiatisation, ce temps fort de la vie politique européenne a été l'occasion, pour M. Juncker, de passer en revue les très nombreux sujets du moment, de la crise des réfugiés à la situation économique, en passant par le Brexit et les droits sociaux.

Juncker discours sur l'état de l'Union

Un discours d'apaisement

Le ton était grave ce matin dans l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne depuis 2014, y prononçait son deuxième discours sur l'état de l'Union. Changement de méthode ou signe d'une certaine lassitude : force est de constater que Jean-Claude Juncker, d'ordinaire volontiers lyrique, ironique et percutant, s'est montré extraordinairement sobre et sérieux ce matin, pour ne pas dire austère.

Il l'a lui-même reconnu en préambule de son intervention, les sujets, les enjeux et les crises de l'an dernier sont toujours d'actualité aujourd'hui. L'expression "crise existentielle" a même été lâchée. "Jamais auparavant, je n'ai vu aussi peu de terrains d'entente entre les Etats membres, aussi peu de domaines où ils sont prêts à travailler ensemble", a-t-il avoué. Mais plutôt que de tacler les gouvernements, comme il a pu le faire à de nombreuses reprises, Jean-Claude Juncker a plutôt cherché à mettre en avant les moyens susceptibles de restaurer la cohésion entre les Européens.

Il n'a certes pas fait l'impasse sur les sujets les plus sensibles, mais les a balayés rapidement. Comme sur la gestion de la crise des réfugiés. Il proposait ici-même l'an dernier une relocalisation de 160 000 migrants à travers l'UE ; il s'est heurté à une fin de non-recevoir de la part de nombreux Etats membres, notamment d'Europe de l'Est. Le chef de l'exécutif européen dit aujourd'hui commencer "à percevoir une certaine solidarité". Ou comme sur la révision de la directive sur les travailleurs détachés, ardemment contestée par 11 Etats membres, venant, ici aussi, majoritairement d'Europe centrale et orientale. Sur ce point, Jean-Claude Juncker s'est contenté de déclarer que "l'Europe n'est pas le Far-West, mais une économie sociale de marché".

Sécurité, investissement, fiscalité

Sur d'autres aspects néanmoins, le président de la Commission européenne a profité du moment pour faire des annonces. Vis-à-vis de la sécurité notamment. "Je veux voir au moins 200 garde-frontières et 50 véhicules supplémentaires déployés aux frontières extérieures d'ici octobre", a-t-il déclaré. Avant d'ajouter que "d'ici novembre, [la Commission proposera] un système européen d'informations  de voyage", grâce auquel "nous saurons qui voyage en Europe avant même qu'ils n'arrivent sur le territoire". Elément fondamental de la stratégie de Jean-Claude Juncker pour les douze prochains mois, la politique européenne de défense doit être enfin lancée car, selon lui, "ce n'est qu'ensemble que nous resterons incontournables".

Quant à l'économie et aux droits sociaux, le président de la Commission européenne a proposé un large tour d'horizon des dossiers brûlants, actuellement ou prochainement discutés à Bruxelles. C'était attendu, c'est désormais officiel, le Plan d'investissement de l'UE – qui porte d'ailleurs son nom – sera à cet égard prolongé au-delà de 2018, sa date de fin initialement prévue. De cette manière, "un financement total d'au moins 500 milliards d'euros d'ici à 2020" devrait pouvoir être atteint. Un montant qui pourrait d'ailleurs atteindre les 630 milliards d'euros à l'horizon 2022.

En ce qui concerne le commerce international, l'ancien Premier ministre luxembourgeois a martelé "qu'être Européen, c'est aussi être ouvert et faire du commerce avec ses voisins" et que "l'accord commercial entre l'UE et le Canada est le meilleur accord, et le plus progressiste, jamais négocié par l'UE". Mais si M. Juncker a pris position pour défendre l'accord CETA trouvé avec le Canada, il n'a pas nommément cité les négociations transatlantiques de libre-échange (TAFTA, ou TTIP), mises au point mort fin août par la France.

Enfin, en matière de fiscalité, le président de la Commission a également réitéré sa volonté que "chaque entreprise, immense ou petite, doit payer ses impôts là où elle réalise ses bénéfices". Un thème qui devrait revenir sur le devant de la scène alors que l'affaire Apple, récemment accusée par Bruxelles d'évitement fiscal, ne cesse de susciter des remous, et que l'exécutif européen s'apprête à relancer son projet d'harmonisation de l'assiette de l'impôt sur les sociétés (ACCIS).

Un "agenda positif" à l'épreuve d'un contexte européen heurté

En définitive, et le chef de l'exécutif européen l'a précisé lui-même au milieu de son intervention, le discours sur l'état de l'Union 2016 a principalement été utilisé en vue de présenter un "agenda positif pour des actions européennes concrètes" pour l'année à venir. Jean-Claude Juncker a en effet pris un plaisir manifeste à annoncer la 5G pour tous les Européens d'ici 2025 ou à promettre la suppression des frais d'itinérance pour tous d'ici peu.

Et outre le numérique, M. Juncker a également fait de l'environnement – en appelant les Etats membres à être plus rapides pour ratifier les accords de Paris sur le climat – et de la jeunesse des axes prioritaires pour les mois à venir. Vantant les mérites de la Garantie jeunesse, qui a permis à "plus de 9 millions de jeunes" d'obtenir un emploi, un stage ou un contrat d'apprentissage grâce à l'UE, le président de la Commission a également proposé la création d'un Corps européen de solidarité. Ce dernier étant destiné aux jeunes Européens pour leur permettre de "développer leurs compétences et non seulement de travailler mais aussi de vivre une expérience humaine de grande valeur".

Bien reçue par une large partie des groupes parlementaires européens, à l'exception prévisible des franges les plus eurosceptiques ou antieuropéennes, l'intervention de Jean-Claude va naturellement être maintenant mise à l'épreuve des faits. Le Brexit qui, il l'a assuré, ne "menace pas" l'Union européenne, ainsi que les divisions croissantes entre l'Europe occidentale et l'Europe orientale ne sont en effet pas de nature à constituer un terrain favorable à des approfondissements substantiels de l'intégration européenne. Dans deux jours, vendredi 16 septembre à Bratislava, doit à cet égard se tenir un sommet européen – sans le Royaume-Uni – sur l'avenir de l'Europe. Jean-Claude Juncker aura l'occasion de voir si son discours a eu une portée chez les dirigeants européens. Les observateurs de tous horizons politiques sont pessimistes.