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Démission du président allemand après deux mois de révélations en série

Actualité 17.02.2012

Christian Wulff a quitté sa fonction de président allemand ce matin à 11h. Cette démission intervient alors que le parquet de Hanovre a demandé hier soir au Bundestag, la chambre basse du parlement allemand, la levée de son immunité après des soupçons de prévarications.

Wuffl, soupçonné de corruption depuis plusieurs semaines

Cela faisait plusieurs semaines que le résident du Château de Bellevue à Berlin, âgé de 52 ans, faisait la Une de la presse germanophone pour divers scandales. Le feuilleton a débuté fin 2011, lorsque le quotidien allemand Bild Zeitung (lu par quatre millions d'Allemands chaque jour), a découvert que Christian Wulff avait reçu 500 000 euros de prêt, provenant  de la femme d'Egon Geerkens, un chef d'entreprise d'Osnabrück, afin de s'acheter une maison. Face aux soupçons dont il faisait l'objet, M. Wulff, qui occupait alors le poste de ministre-président de Basse-Saxe depuis 2003 et ce jusqu'en 2010, avait remboursé ce prêt grâce à un crédit obtenu à un taux avantageux auprès d’une banque de Stuttgart. Mais l'affaire ne s'est pas arrêtée là. Voulant empêcher le quotidien de publier ces informations, Wulff a menacé le chef du Bild de rompre toute relation si l’article le concernant était publié.

Outre ces accusations - d'avoir voulu étouffer une affaire de crédit privé et par conséquent d'avoir porté atteinte à la liberté de la presse -, de nouvelles révélations ont terni l'image du président. Ce dernier aurait également profité de vacances gratuites chez de riches entrepreneurs en Italie, à Majorque et aux Etats-Unis, et de voyages gratuits en surclassement accordés par la compagnie Air Berlin, alors que le chef de l’Etat allemand est supposé être une figure morale. Suite à ces révélations, selon un sondage publié il y a une semaine, 77 % des Allemands estimaient que l'image de Christian Wulff était durablement abîmée et 48 % voulaient sa démission.

Angela Merkel soutient Wulff mais pense à l'après

Dans une allocation prononcée vendredi matin et retransmise en direct depuis le Château Bellevue, Christian Wulff a mis fin à ses fonctions. "Un président doit être porté non seulement par la confiance d'une majorité, mais aussi par celle d'une très large majorité d'Allemands", a-t-il déclaré, avant d'ajouter que "les développements des dernières semaines ont irrémédiablement porté atteinte à cette confiance. C'est pourquoi j'ai pris la décision de me retirer". Ce dernier a donc reconnu "des erreurs", tout en assurant n'avoir rien fait d'illégal.

La Chancelière Angela Merkel, qui devait rencontrer son homologue italien dans la journée, a annulé au dernier moment sa visite. Abasourdie par cette déclaration selon le quotidien Bild, cette dernière ne pouvait plus le soutenir après la décision du parquet. C'est avec un "profond regret" que la Chancelière a pris note de sa démission, après lui avoir exprimé son "respect" et lui avoir rendu hommage, pour avoir "représenté avec honneur" […] une Allemagne ouverte et moderne".

Mais la Chancelière pense déjà à l'après. Pour succéder à Wulff, elle a déclaré  vouloir "mener des discussions" avec les partis d'opposition, les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts, "pour proposer un candidat commun pour l'élection du prochain président de la République". Andrea Nahles, secrétaire générale des sociaux-démocrates, a salué cette proposition.

Le résident de Bellevue est restée moins de deux années au pouvoir, alors que le mandat présidentiel a une durée de cinq ans. Bien que la fonction de président en Allemagne soit essentiellement honorifique, ce dernier se doit d'être un exemple. Christian Wulff avait été difficilement élu le 30 juin 2010, au troisième tour, où la majorité simple suffit. Sa démission constitue un coup dur pour Angela Merkel qui avait fortement appuyée sa candidature. Le précédent président, Horst Köhler, avait également dû présenter sa démission après le scandale provoqué par ses déclarations sur le rôle de l'Allemagne en Afghanistan.