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Comment l'Union européenne se prépare à sanctionner Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire

Actualité 20.12.2010

L'Union européenne a annoncé le 13 décembre 2010 qu'elle menaçait Laurent Gbagbo et ses proches de sanctions en cas de non-respect du vote des citoyens ivoiriens. Les mesures prévues vont d'un retrait de visas au gel des avoirs financiers détenus par les partisans de M. Gbagbo en Europe.

La Côte d'Ivoire vit une situation politique compliquée : malgré une défaite aux élections présidentielles constatée par tous les observateurs internationaux, Laurent Gbagbo continue à revendiquer la victoire. La pression internationale ne semble en rien modifier la détermination de ce dernier à conserver le pouvoir.

Dès le 13 décembre 2010
, le Conseil des ministres des affaires étrangères a publié une déclaration au sujet de l'élection. Il y fait état des conclusions du représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, qui donne la victoire à l'opposition. Le Conseil a décidé "d'adopter sans délai des mesures restrictives ciblées à l'encontre de ceux qui font obstruction aux processus de paix et de réconciliation nationale et en particulier menacent le bon aboutissement du processus électoral".

Concrètement, c'est au niveau de la mobilité et des finances en Europe de Laurent Gbagbo et de ses proches que les sanctions tomberont avec notamment "une interdiction de visas et un gel des avoirs".

Confirmant cette décision, Catherine Ashton a déclaré le 17 décembre qu'était en "préparation une première liste de personnes qui feront l'objet de mesures restrictives". Selon une source diplomatique à Bruxelles, une liste de 19 dirigeants ivoiriens et de proches existe déjà. L'Allemagne, la Grande-Bretagne et la Pologne font pression pour que cette liste soit confirmée dès lundi 20 décembre. "Le contenu en sera déterminé en fonction de l'évolution de la situation sur le terrain et des responsabilités de chacun", avait déclaré jeudi 16 décembre la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères au journal Le Point.

Lors du Conseil européen des 16 et 17 décembre, les chefs d'Etat et de gouvernements ont souligné dans les conclusions du sommet "la disponibilité de la Cour pénale internationale à engager des poursuites contre les responsables de tels actes". Le Conseil européen poursuit en appelant "tous les responsables civils et militaires ivoiriens qui ne l'ont pas encore fait à se placer sous l'autorité du Président démocratiquement élu, M. Alassane Ouattara". Cette prise de position a déclenché la colère des partisans de Laurent Gbagbo à Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire. Néanmoins, le Conseil a confirmé "la détermination de l'Union européenne à prendre des sanctions ciblées à l'encontre de ceux qui continueraient à faire obstacle au respect de la volonté exprimée souverainement par le peuple ivoirien".

En cas d'enlisement de la situation, l'Union européenne pourrait également stopper ses investissements en Côte d'Ivoire, d'un montant actuel de 254,7 millions d'euros. Au total, la Côte d'Ivoire a bénéficié de plus de 1,7 milliards d'euros au titre de divers financements communautaires depuis la mise en place du Fonds européen de développement.

Si les avoirs de Laurent Gbagbo et ses proches sont bloqués en Europe, ainsi que les investissements du Fonds européen de développement, il sera difficile pour le pouvoir actuellement en place de continuer à tenir l'armée, qui lui est pour le moment fidèle : 40% des troupes ivoiriennes viennent "du nord" du pays, partie du territoire à forte majorité musulmane et considérée comme acquise au président élu Alassane Ouatarra.

Samedi 17 décembre, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon a déclaré que les casques bleus resteraient en Côte d'Ivoire pour y accomplir leur mandat en dépit du retrait exigé par Laurent Gbagbo. 10 000 casques bleus et policiers de l'Onuci (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire) et 950 soldats français du dispositif Licorne sont en effet mobilisés dans le pays.

 

En savoir plus

Conclusions du Conseil Affaires étrangères sur la Côte d'Ivoire - Conseil de l'UE

Déclaration de Catherine Ashton sur la situation en côte d'Ivoire - Conseil de l'UE

Conclusions du Conseil européen des 16 et 17 décembre - Conseil de l'UE

Coopération UE - Côté d'Ivoire - Commission européenne