Mois de l'Europe 2017 - Dossier spécial
Traités

Rouvrir la voie du rapprochement entre les citoyens européens, par Danielle Auroi

Danielle Auroi

Le 25 mars prochain, l'Europe fêtera ses 60 ans à l'occasion de l'anniversaire du traité de Rome. Or fragilisée par la défiance grandissante des citoyens et par le Brexit, l'Union européenne semble à un tournant de son histoire.

Pour envisager l'avenir et les pistes de relance de la construction européenne, Toute l'Europe donne la parole à Danielle Auroi, présidente de la commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale. L'élue écologiste identifie quatre chantiers pour "rouvrir la voie du rapprochement" entre les Européens.

 

Par Danielle Auroi, présidente de la commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale


     "Etablir les fondements d’une Union sans cesse plus étroite entre les peuples européens". L’expression qui ouvre l’exposé des motifs du traité de Rome est aujourd’hui sujette à caution, voire démentie explicitement comme lors du "Brexit". Après avoir soutenu pendant des décennies la disparition des frontières, l’augmentation des échanges, l’émergence d’une citoyenneté commune et d’une culture partagée, le principe dynamique de rapprochement des peuples est enrayé. L’anniversaire du traité fondateur de l’Union doit être l’occasion d’un sursaut fort, d’une affirmation de ce qui nous rassemble plutôt que le théâtre de la désunion. L’occasion aussi de sortir du dogme du grand marché commun dérégulé comme seul acquis de ce traité.

     Bref, il faut aujourd’hui renouer avec un récit européen commun, respectueux de la diversité des cultures nationales sans que le nationalisme délétère ne l’emporte sur la dynamique d’interaction entre des peuples proches. A cette fin, j’identifie quatre chantiers prioritaires.

Danielle Auroi (EELV) est députée depuis 2012. Membre de la commission de la Défense, elle préside la commission des Affaires européennes. Ancienne eurodéputée (1999-2004), Danielle Auroi est également présidente d'honneur de FLAME, la Fédération des agences locales de maîtrise de l'énergie et du climat.

     L’avènement d’une défense européenne commune, voulue par plusieurs Etats membres, n’est pas contradictoire avec l’esprit de paix du projet européen, s’il est accompagné de l’émergence d’une diplomatie commune, donnant la priorité à la prévention des conflits. Celle-ci est aujourd’hui incarnée par la Haute Représentante pour la PESC mais doit pouvoir évoluer vers la création d’un véritable ministre des Affaires étrangères parlant au nom de l’Union.   

     Garantir l’avenir de notre planète est une deuxième priorité pour l’Union européenne. Dans l’esprit de l’Accord de Paris sur le climat, l’Europe se doit de continuer à montrer la voie, notamment en promouvant la transition économique, écologique et énergétique des Etats membres. La politique commerciale peut également lui en donner l’occasion : les accords commerciaux de demain devront intégrer la finitude des ressources, les notions de juste échange, ainsi que l’impact du commerce sur les normes sociales et environnementales des parties prenantes aux accords.

     Les droits fondamentaux constituent l’un des piliers du projet d’Union européenne. C’est pourquoi la promotion des droits humains, à l’intérieur et à l’extérieur des frontières de l’Union, constitue un autre chantier prioritaire qui inscrit l’action de l’UE dans la continuité de ses principes fondateurs.

     L’insatisfaction, parfois la défiance, exprimée par une partie des peuples européens envers les institutions communautaires voire envers le projet lui-même, appellent à un approfondissement démocratique de l’Union. Les parlements nationaux ont un rôle à jouer dans cette réappropriation du projet européen par son peuple. Pour cela il faudra renforcer leur capacité d’initiatives constructives provenant des députés, représentants des citoyens, telles que le "carton vert".

     Malgré les multiples crises qui frappent et fragilisent l’Union, la refondation politique de celle-ci doit s’incarner concrètement dans ces différents chantiers, afin que les citoyens européens puissent s’emparer à nouveau d’un horizon, une vision. Pour qu’ils puissent constater, au plus près de chez eux comme dans les évolutions du monde contemporain, l’actualité et l’importance du projet européen et réfléchir sur ce projet. Ainsi, je plaide pour une Europe plus forte et mieux intégrée, dans laquelle les demandes des citoyens seront mieux entendues. Pour cela elle devrait notamment pouvoir s’appuyer sur un Parlement européen réellement législatif et un Parlement pour la zone euro. L’idée d’une Union sans cesse plus étroite entre Européens ne peut plus être un vain mot, sous peine que l’inertie l’emporte et que nous soyons les témoins impuissants de sa dislocation. Pour les soixante années à venir, ce n’est que par une participation active et renouvelée de tous les peuples des territoires européens à la définition d’objectifs et horizons communs que pourra se rouvrir la voie du rapprochement et de la confiance mutuelle entre ses citoyens.

 

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