Commerce extérieur

Chine - Union européenne : quelles relations commerciales ?

Chine - UE : quelles relations commerciales ?

Dans un contexte politique où le libre-échange suscite de plus en plus de débats, et les acquisitions chinoises en Europe font souvent la une, des questions sur les relations sino-européennes ne manquent pas. Quelle est l’étendue des relations commerciales actuelles entre l’Union européenne et la Chine ? Quels en sont les enjeux majeurs ? Enfin quels sont les obstacles qui pèsent sur leur avenir ?

Un partenariat économique étendu

L'Union européenne est aujourd'hui le partenaire économique le plus important pour la Chine. De son côté, celle-ci est le deuxième partenaire de l'UE après les Etats-Unis. Les échanges commerciaux entre la Chine et l'UE atteignent aujourd'hui, selon la Commission européenne, un milliard d'euros par jour.

Les importations en Europe depuis la Chine se composent majoritairement de biens industriels et manufacturés : machines et équipements (48,4%), vêtements et textiles (11,3%), meubles, jouets, etc. Les exportations européennes sont également composées de machines (29,8%), équipements de transports (22,4%) et produits chimiques (9,8%). Entre 2011 et 2015, le taux de croissance annuel moyen était à 4,4% pour les importations européennes depuis la Chine et 5,7% pour les exportations européennes vers la Chine.

Lorsque la Chine a commencé à ouvrir son économie au monde dans les années 1970, la Communauté européenne n'a pas tardé à entreprendre des relations commerciales plus approfondies, en établissant officiellement des relations entre la CEE et la Chine le 6 mai 1975, suivies par le premier accord commercial le 2 mai 1978 avec une clause de la nation la plus favorisée en ce qui concerne les barrières tarifaires. En 1985, l'Accord de Coopération Economique et Commerciale a été ratifié, la première délégation de la CEE s'est installée à Pékin en 1988, et le premier sommet UE-Chine a eu lieu à Londres dix ans plus tard.

Concernant l'investissement, les principaux secteurs sont la machinerie, l'énergie et le transport. Les principaux pays bénéficiaires étant l'Allemagne, le Luxembourg, le Royaume Uni et la Grèce. Les investissements européens en Chine se concentrent sur le secteur automobile (comme Volkswagen), celui des semi-conducteurs (comme le fabricant autrichien de circuits imprimés AT&S ou l'Allemand Infineon Technologies), et celui des biens de consommation (la marque de luxe britannique Burberry). La part de la Chine dans le marché des produits chimiques a aussi augmenté de 8,7% à 33,2% du marché global entre 2003 et 2013, ce qui a eu un fort impact sur les exportations européennes dans ce secteur.

Du côté européen, les premiers investisseurs européens sont l'Allemagne, la France, le Royaume Uni, et l'Autriche. Entre 2015 et 2016, les investissements directs à l'étranger (IDE) européens ont augmenté de 49%. Cette hausse est majoritairement imputable aux transactions faites à travers des institutions financières au Luxembourg et Royaume Uni. Avec 1,8 milliard de dollars au troisième trimestre 2016, le montant des IDE européens en Chine est au plus bas depuis sept ans. Et même en 2014, les exportations européennes en Chine (173,7 milliard d'euros) restaient bien inférieures à celles destinées à la Suisse (216,3 milliard d'euros).

 

Enjeux contemporains

La crise financière et économique de 2008 et ses conséquences suscitent des questions importantes sur le rôle de la Chine dans l'investissement en Europe. Celle-ci possède un excès d'épargne et a besoin de l'investir, tandis que l'Europe est quant à elle en demande de sources de financement pour ses infrastructures. L'aide chinoise aux pays européens est-elle ainsi le signe d'un rapport économique en maturation ou bien une opportunité pour la Chine d'élargir son influence ?

Après être devenue membre de l'OMC en 2001, la Chine a accéléré le développement d'une économie moderne. Mais selon la Commission européenne, la politique industrielle, les subventions, et les mesures tarifaires chinoises favorisent des entreprises étatiques et font preuve de discriminations contre les entreprises étrangères. Une politique qui a un fort impact sur les fabricants et industriels européens, majoritairement de petite ou moyenne taille.

Le fait que le marché chinois reste encore très contrôlé rend plus complexe le futur des relations commerciales. Les contrôles y sont pour le moment plus fréquents pour les investisseurs européens que pour les entreprises chinoises, qui bénéficient aussi des subventions et crédits étatiques. Dans le même temps, le niveau de financement reste difficile à prouver en raison d'un manque de transparence de la part du gouvernement chinois. Selon le texte d'un agenda stratégique adopté par le Parlement européen en 2013, "les entreprises européennes ont de plus en plus souvent tendance à se plaindre d'être victimes de règlements et de discriminations". La Direction générale du Commerce de la Commission européenne fait référence aux restrictions (préétablies comme après l'établissement de l'entreprise) qui limitent l'investissement depuis l'étranger en Chine. La politique industrielle chinoise se concentre encore sur les champions nationaux. Malgré les règles de l’OMC, une absence de recours effectif en Chine rend difficile voire impossible pour des entreprises étrangères de déposer des plaintes concernant les discriminations dont elles seraient l'objet.

Les investissements chinois en Europe ont tendance à susciter un important intérêt médiatique. Ainsi, le troisième trimestre de 2016 a par exemple vu des accords de fusion-acquisition majeurs : Kuka, le spécialiste allemand des robots, racheté par Midea pour 4,8 milliards d'euros, la holding BCP Meerwind rachetée par China Three Gorges pour 730 millions d'euros ou encore la banque privée allemande Hauck & Aufhaeuser, acquise par Fosun pour 232 millions d'euros. L'investissement dans le sport fait aussi la une, dans le foot français ou encore le golf, avec l'acquisition récente de l'Open de France par le groupe chinois HNA. Ainsi, l'Europe concentre 60% des investissements chinois hors de leurs frontières. Mais en réalité, la Chine ne compte pas parmi les dix premiers investisseurs dans l'UE. 40% des investissements étrangers en Europe proviennent ainsi des Etats Unis, puis de la Suisse, du Canada et du Japon.

 

Les relations commerciales entre l'UE et la Chine connaissent aussi des déséquilibres significatifs, surtout entre biens industriels et services. Les services ne composent que 10% du commerce bilatéral entre la Chine et l'UE, et 20% des exportations européennes en Chine. Le résultat : un déficit commercial significatif pour l'Union européenne, imputable selon la Commission aux chaînes de valeurs en Chine qui diminuent considérablement les coûts de production, ainsi qu'aux barrières à l'entrée du marché chinois. La question du dumping chinois, essentiellement dans l'acier, suscite aussi de fortes polémiques en Europe. Selon le Parlement européen, "dans 80 % des cas, le pays exportateur visé dans les enquêtes antidumping et antisubventions de l'Union est la Chine. L'Union européenne devrait parler d'une seule voix et définir une stratégie commune pour toute décision prise au sujet du statut d'économie de marché et de la Chine (…)".

Enfin, mis en place après Tiananmen en 1989, l'embargo de l'UE sur les armes est un enjeu majeur, qui suscite encore des tensions avec la Chine ainsi qu'au sein de l'UE. La France, l'Autriche, la Belgique, la République tchèque, l'Italie, la Grèce et le Royaume Uni se sont déclarés contre l'embargo, tandis que l'Allemagne, le Danemark, la Suède, le Pays-Bas, et le Parlement européen le soutiennent ou pourraient accepter une révocation selon certaines conditions (par exemple dans le domaine des droits humains). Une levée des restrictions pourrait avoir un impact sur les relations commerciales, bien que certains pays européens tirent déjà profit de vides juridiques pour faire exporter des armes en Chine.

Quel avenir ?

Depuis 2013, l'UE et la Chine négocient un accord d'investissement. Selon la porte-parole de la DG Commerce de l'époque, "le niveau actuel des investissements bilatéraux entre l'UE et la Chine est bien inférieur à ce que l'on pourrait attendre de deux des blocs économiques les plus importants de la planète". En 2015, la Chine a été le premier pays non-européen à annoncer son intention de contribuer au Plan d'Investissement pour l'Europe. En octobre 2016, un nouveau régime d'IDE (Temporary Administrative Measures for Recordal of Foreign Invested Enterprises Establishment and Change) a été annoncé, qui pourrait avoir un impact important sur une libéralisation éventuelle du marché chinois. Les investisseurs étrangers sont encore restreints par la distinction stricte entre entreprises chinoises ou étrangères, mais cet accord ouvre le champ dans certains secteurs pour des négociations à venir.

Dans le même temps, certains officiels européens formulent des critiques sur les acquisitions chinoises en Europe. Un document du ministère allemand de l'Economie, divulgué en octobre, propose un mécanisme de sélection pour bloquer des investissements avec un intérêt de 25% dans des entreprises européennes si l'investissement est motivé par la politique industrielle, si l'acheteur est une entité étatique ou reçoit des subventions gouvernementales, ou encore si le pays d'origine de l'investissement n'offre pas un accès au marché réciproque. Une piste reprise par la Commission européenne dans ses nouvelles propositions de novembre 2016 visant à renforcer les instruments de défense commerciale de l’UE, mais qui continue de diviser les Etats membres.

Le FMI prévoit aussi un ralentissement de l'économie chinoise, qui fait que les entreprises européennes devraient peut-être avoir des attentes plus modestes. Selon une enquête de 2015, 57% des entreprises prévoient d'étendre leurs opérations en Chine, contre 86% en 2013. Mais c'est le statut d'économie de marché, non encore décidé à Bruxelles, qui aura probablement le plus d'impact sur les relations économiques UE-Chine dans les années à venir.

 

Article dirigé par Toute l'Europe et réalisé avec des élèves de Sciences Po dans le cadre d’un projet collectif