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[Revue de presse] Glyphosate : l'UE manipulée, les eurodéputés appellent à agir contre les pesticides

Revue de presse 18.01.2019

En 2017, pour renouveler l'autorisation du glyphosate, la Commission européenne se serait appuyée sur des arguments "scientifiques" rédigés en grande partie par l'industrie elle-même. Mercredi 16 janvier, les eurodéputés ont donc appelé à "plus de transparence" et à de nouvelles études sur les conséquences des pesticides. Le débat sur Monsanto et son herbicide phare a également rebondi à l'échelle française cette semaine, avec la diffusion très commentée d'une enquête d'Envoyé spécial et une décision du tribunal administratif de Lyon.

Fin 2017, des manifestants dénoncent l'influence des groupes pétrochimiques à Bruxelles - Avaaz / Flickr

Fin 2017, des manifestants dénoncent l'influence des groupes pétrochimiques à Bruxelles - Avaaz / Flickr

Une industrie phytosanitaire qui souffle à l'oreille de la Commission européenne… c'est la polémique qui reprend de l'ampleur cette semaine, alors que les eurodéputés ont adopté mercredi 16 janvier le rapport final de la commission spéciale du Parlement européen, constituée il y a un an après les vifs débats suscités par le renouvellement de la licence du glyphosate en Europe.

La veille, le 15 janvier, un autre rapport commandité par une poignée d'eurodéputés avait démontré en bonne et due forme que l'évaluation des risques sanitaires liés à cet herbicide, sur laquelle s'était basée la Commission européenne pour proposer aux Etats membres de renouveler sa licence pour cinq ans, en novembre 2017, était "le fruit de plagiats à plus de 50%" du dossier d’homologation "transmis par Monsanto et ses alliés industriels", relate Le Monde.

"Le glyphosate a été autorisé car... l'agence d'évaluation des risques a simplement plagié les analyses des lobbies", résume l'agence de presse belge Belga. "En clair, les autorités allemandes [l’Institut fédéral d’évaluation des risques BfR], mandatées par l’UE, ont produit un avis sur les risques que le glyphosate fait peser sur la santé qui contient presque exclusivement les observations de la 'Glyphosate Task Force' (GTF), le groupement des industriels voulant faire autoriser sa commercialisation", souligne Euractiv.

Les eurodéputés veulent plus de "transparence"

Le 16 janvier à Strasbourg, les députés européens ont donc demandé à ce que les pesticides fassent dorénavant l'objet de "procédures d'autorisation plus transparentes", relate Euractiv. Endossant largement (526 voix contre 66) le rapport final de la commission spéciale du Parlement, ils invitent la Commission européenne à "lancer une étude épidémiologique sur l’impact réel des pesticides sur la santé humaine", et à proposer des mesures pour "mettre fin à l’épandage de pesticides" à proximité des lieux de vie, explique le média européen.

"Glyphosate : la bataille politique européenne se poursuit", titre ainsi Libération, en observant qu'"écolos et conservateurs" (Verts/ALE et PPE) sont désormais des "alliés de circonstance" sur cette question : "inimaginable il y a un an".

"Le rapport [remis par la commission spéciale le 6 décembre] recommande une réévaluation des études sur les effets cancérogènes du glyphosate (…), l'accès aux études dans leur intégralité, l'indépendance des organismes chargés de l'évaluation des substances, le financement de la recherche indépendante, etc.", énumère encore La Libre (Belgique). Mais bien que ces conclusions ne soient pas contraignantes, "jusqu'au dernier moment, l'industrie des pesticides et les députés qui roulent pour elle ont tenté de saboter notre travail", observe le co-rapporteur écologiste Bart Staes, cité par Belga.

L'affaire des "Monsanto Papers" avait déjà mis au jour, à l'été 2017, les pratiques du géant chimique racheté en 2016 par Bayer "pour faire croire au monde entier que non, le glyphosate n'est pas dangereux", rappellent Les Inrocks. "En novembre dernier, l'Obs révélait comment le fabriquant du Roundup, Monsanto, constituait de faux groupes d'agriculteurs pour défendre son herbicide", rappelle aussi l'hebdomadaire, qui qualifie dans un autre article le glyphosate de "pire scandale sanitaire du XXIe siècle".

Alors que son étude avait été présentée comme "indépendante", "le BfR s'est défendu de toute 'duperie intentionnelle', affirmant qu'il est connu que les autorités peuvent intégrer dans leurs rapports des passages pertinents des documents fournis 'après un examen critique'", relate l'Est Eclair. Mais pas de quoi convaincre les eurodéputés : "Reprendre mot pour mot l'argumentaire des fabricants de glyphosate pour établir la validation européenne de ce produit est une insulte à l'éthique, à la morale et constitue un réel danger pour la santé de 500 millions de consommateurs", a ainsi dénoncé Marc Tarabella, eurodéputé socialiste belge.

"L’une des principales critiques du système actuel concerne surtout le mode de désignation du pays chargé de conduire l’évaluation [l'Allemagne, dans le cas présent], abonde Euractiv. À l’heure actuelle, il est choisi par l’entreprise demandeuse, ce qui pose des questions d’impartialité en fonction de la taille du producteur dans l’économie du pays désigné".

Le débat relancé en France

A la suite de problèmes sanitaires des riziculteurs, "le Sri Lanka, dans l’océan Indien, a été le premier pays au monde à se passer totalement de glyphosate. Par précaution, le gouvernement a décidé en 2015 de l’interdire", raconte pour sa part France 2. Jeudi soir, la chaîne a diffusé une enquête d'Envoyé spécial, présentée par la journaliste Elise Lucet, sur le glyphosate.

En proposant à des personnalités et des citoyens de se prêter à un "glyphotest", l'émission a fait grand bruit. "Julie Gayet décroche la palme. Parmi la douzaine de personnalités qui ont accepté de faire un test d'urine pour mesurer la présence de glyphosate dans leur organisme, c'est l'actrice et productrice qui bat le record", relate ainsi le HuffPost, tandis que Le Parisien publie une interview de la comédienne.

Alors que le site La France Agricole dénonce des "clichés" et des "raccourcis", Le Monde applaudit au contraire un "impitoyable reportage", qui rappelle comment, malgré la promesse d'Emmanuel Macron fin 2017 d'interdire le glyphosate en France "dans trois ans au plus tard", les députés de la majorité ont finalement refusé d'inscrire cette interdiction dans la loi en mai 2018.

"Seule décision contraignante, depuis le 1er janvier 2019, les particuliers ne peuvent plus se procurer, utiliser et stocker des produits phytosanitaires à base de pesticides de synthèse - comme le glyphosate", rappelle Le Parisien.

Le tribunal administratif de Lyon a par ailleurs annulé, mardi 15 janvier, l'autorisation de mise sur le marché du Roundup 360 Pro, commercialisé par la firme Monsanto, indique l'AFP. "La justice a estimé qu'il devait 'être considéré comme une substance dont le potentiel cancérogène pour l'être humain est supposé'", relate l'agence. "Le Roundup 360 Pro est un désherbant, essentiellement utilisé en viticulture. Il ne représente que 2% des ventes de glyphosate sous la marque Roundup en France. Pour autant, les défenseurs de l'environnement espèrent que la décision aura un effet domino sur les autres produits à base de glyphosate, au moment où le débat fait rage en France et en Europe sur la potentielle dangerosité de ce principe actif du Roundup".

 

 

 

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