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Prix Charlemagne : Emmanuel Macron défend son projet européen et presse l'Allemagne d'agir

Revue de presse 11.05.2018

Hier, jeudi 11 mai, Emmanuel Macron a reçu le prix Charlemagne d'Aix-la-Chapelle des mains de la chancelière Angela Merkel, pour le récompenser de son engagement européen. L'événement fut l'occasion pour le président de prôner l'avènement d'une Europe forte et d'exhorter la chancelière allemande à agir en ce sens.

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron reçoit le prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, jeudi 10 mai - Source : Twitter, Emmanuel Macron

Lauréat du prix Charlemagne pour sa volonté de « réancrer l’Europe et l’idée européenne au cœur des sociétés, des populations avec notamment le lancement des consultations citoyennes" [Le Monde], le président français a perçu cette distinction symbolique davantage "comme un encouragement" que comme une récompense, tout juste un an après son arrivée au pouvoir [Le Point].

Emmanuel Macron a profité de cet évènement pour prononcer "le plus lyrique et le plus impétueux de ses déjà nombreux discours sur l’Europe", estime Libération. En effet, selon Les Echos, "le ton est plus direct, sinon dur, qu'à l'habitude, témoignant de l'impatience, et de l'inquiétude, qui gagnent l'Elysée". L'europhile Daniel Cohn-Bendit ajoute : "ces fortes paroles [pourraient] provoquer un tsunami dans l’opinion outre-Rhin" [Libération].

"Quatre impératifs catégoriques"

Quatre grands impératifs pour réformer l'Union ont été défendus par le président français lors de son discours.

En défenseur de la souveraineté européenne, Emmanuel Macron a d'abord affirmé que "L’Europe ne doit plus subir ni accepter que sa souveraineté soit bridée par les géants du numérique ou par les décisions de Washington" [Libération]. "Ne soyons pas faibles, ne subissons pas (..) refusons que d'autres décident pour nous", a-t-il poursuivi, déterminé [Le Progrès].

Second point, l'unité européenne est apparue au centre du discours du président. "Ne nous divisons pas (…) Réveillez-vous ! La France fait ses réformes", a-t-il ainsi lancé en s’adressant plus directement à la chancelière, "hostile à un budget commun qui ne ferait que financer les déficits français" [Libération].

"Paris et Berlin [doivent] se délivre[r] de leurs propres tabous", a-t-il exhorté en troisième impératif [Libération]. Il demande ainsi à l’Allemagne d'abandonner son "fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux". Car, pour lui, les "excédents budgétaires et commerciaux (…) pénalis[ent] les autres pays de l'Union" [Franceinfo].

Pour conclure, Emmanuel Macron a souhaité faire un "éloge de la prise de risque et de l’utopie" pour en finir avec cette "Europe qui attend perpétuellement que tout le monde soit d’accord sur tout pour avancer" et d'ajouter "c’est maintenant qu’il convient de s’engager pour cette Europe qui protège".

Pression sur l'Allemagne

Ce discours très impérieux est destiné à "exhorter la chancelière Merkel à accepter ses propositions de réformes de l’UE", note Le Monde. En effet, l'Elysée ne cache pas ses ambitions concernant la feuille de route commune que l'Allemagne remettra à la France en juin, qui doit être "un accord de substance, pas un accord d’affichage". Les Echos expliquent qu'Angela Merkel n'a pas caché "des discussions difficiles sur l'avenir de la zone euro" à venir entre les deux pays.

Le journal rapporte à ce propos les paroles fortes du président, qui croit en "un budget européen beaucoup plus ambitieux". Il n'est cependant plus question de parler d’un "super ministre des Finances ni d’envisager un budget conséquent pour l’union monétaire", car "même l’idée d’une taxe sur le revenu des géants du Web fait tiquer outre-Rhin" [Le Monde].

Ce sont, de fait, les actualités internationales qui pressent davantage les dirigeants européens à s'unir : "l’UE doit plus que jamais prendre son destin en main" depuis que "les Etats-Unis se sont récemment brutalement retirés de l’accord sur le nucléaire iranien, au mépris des avertissements et des intérêts européens", estime ainsi Le Monde.

Mais le couple franco-allemand apparaît désuni. Notamment à propos de la menace de Donald Trump qui souhaite "taxer les importations d’acier et d’aluminium" : "les Allemands s’étant montrés plus ouverts à une éventuelle relance d’une négociation de type Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), avec Washington" [Le Monde].

Or pour Le Monde, "la décision américaine sur le nucléaire iranien (…) rend ce sursaut franco-allemand encore plus pressant".