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Elections législatives turques : Erdogan désavoué

Revue de presse 08.06.2015

À la suite des élections législatives turques, l’"hyperprésidence" de Recep Tayyip Erdogan se voit sévèrement remise en question. Si le président sortant reste au pouvoir, il a perdu la majorité absolue, tandis que le parti indépendant pro-kurde marque une percée importante.

Recep Tayyip Erdogan

Hier, les citoyens turcs se sont rendus aux urnes afin d’élire les membres de leur Parlement. Le Monde annonçait samedi des "élections législatives déterminantes" pour la Turquie. En effet, le président Recep Tayyip Erdogan avait besoin de remporter 367 sièges sur 550 pour se maintenir au pouvoir avec une majorité absolue et mener à bien son projet de Constitution où le pouvoir du président serait renforcé.

Or, les plans de M. Erdogan ne se sont pas déroulés comme prévu : L’Express annonce que son parti islamo-conservateur AKP a perdu la majorité absolue, après un "règne" de 13 ans. Il n’a en effet obtenu que 259 sièges, soit 40,7 % des suffrages, et se voit contraint de former un gouvernement de coalition, ce qui est une première pour le parti.

Ces événements marquent un "sérieux revers", un "raté électoral" [L’Express], un "camouflet" [L’Obs], un "échec" [L’Humanité] et une "défaite cinglante" [Courrier international] pour Erdogan, ce "calife mégalo" selon L’Humanité qui "voit son rêve de sultanat lui échapper", analyse une correspondante à Istanbul pour Le Monde.

Elle ajoute que si l’AKP reste le premier parti de Turquie, "sa chute est cinglante". Avec une campagne à la fois centrée autour de sa personne et clivante (opposant laïcs contre religieux, sunnites contre alévis, Kurdes contre Turcs), Erdogan a perdu une partie de son électorat, notamment dans les régions kurdophones.

Pour Libération, ce n’est pas seulement la personnalité d’Erdogan qui a fait perdre des voix à son parti, mais aussi le ralentissement économique du pays, ainsi que les affaires de corruption qui ont éclaboussé les dirigeants de l’AKP.

Le Point, pour sa part, s’interroge : serait-ce "le début de la fin" pour Erdogan ?

Si l’AKP n’a pas réussi à obtenir de majorité absolue, c’est notamment parce qu’une partie non négligeable des électeurs turcs s’est tournée vers le parti kurde HDP. Ce petit parti qui n’avait jusqu’alors que 29 députés au Parlement, a rassemblé 13 % des suffrages et enverra 80 élus au Parlement.

La presse française se penche sur l’homme à qui le HDP doit ce "score historique" [Euronews] : Selahattin Demirtas. Un "quadra ambitieux et moderne" selon L’Express qui a "ringardisé tous les autres leaders politiques du pays", affirme Libération.

Avec son "physique de gendre parfait" et son engagement dans la cause kurde à la défense des droits de l’homme en tant qu’avocat, il "incarne tous les espoirs de ceux qu’inquiète l’autoritarisme croissant du chef de l’Etat [Erdogan]".

Pour Euronews, il a "modernisé son parti qui n’est plus uniquement une formation kurde, mais un parti social, ouvert aux femmes et à toutes les minorités". Très orienté à gauche, il "a développé un discours social proche de celui de Syriza en Grèce" [L’Express].

Si les Kurdes se réjouissent d’une telle percée du parti pro-kurde, les résultats électoraux risquent de cristalliser des haines et rivalités enfouies. Le Point explique que l’AKP devrait vraisemblablement former une coalition avec le parti nationaliste du MHP. Une alliance qui "enterrerait pour de bon le processus de paix avec les Kurdes".

Les actes de violence ont d’ailleurs déjà commencé : selon le quotidien, les membres du parti pro-kurde sont les "victimes régulières d'attaques et de violences", et "vendredi, au cours du dernier meeting de campagne du HDP, deux bombes ont explosé en plein cœur de la foule faisant quatre morts et des centaines de blessés et de mutilés".

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