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A Berlin, Emmanuel Macron rencontre une Angela Merkel affaiblie

Revue de presse 19.06.2018

Prévu de longue date, le sommet franco-allemand de ce mardi 19 juin a vu son agenda bousculé par les récentes tensions suscitées en Europe sur la question migratoire. Le sujet est ainsi au cœur des discussions entre Emmanuel Macron et Angela Merkel, qui doivent également parvenir à un accord sur la réforme de la zone euro, l'harmonisation fiscale et la politique de défense.

Emmanuel Macron et Angela Merkel

Angela Merkel et Emmanuel Macron à Berlin, le 16 mars 2017 - Photo : Facebook - Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron rencontre ce mardi 19 juin Angela Merkel afin de dégager une "feuille de route" franco-allemande sur les réformes de l'UE, avant le Conseil européen des 28 et 29 juin prochains. Paris et Berlin espéraient initialement parvenir à une position commune sur la réforme de la zone euro, mais c'est la question migratoire qui devrait occuper les discussions. La récente crise du navire Aquarius et la division du gouvernement Merkel sur la gestion des flux migratoires ont en effet bousculé l'ordre du jour.

Crise migratoire ?

Le Conseil européen des 28 et 29 juin sera décisif pour Angela Merkel. Après une semaine de tensions au sein du gouvernement de coalition, le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer a donné à la chancelière deux semaines pour parvenir à une solution sur l'asile et la gestion des migrants au niveau européen. "Faute de quoi, il ordonnera début juillet de 'refouler immédiatement' les demandeurs d'asile arrivant aux frontières allemandes en provenance d'un autre pays européen", rapporte la radio-télévision belge RTBF. Une décision qui pourrait faire éclater la fragile coalition gouvernementale qui, rappelle la Deutsche Welle allemande, "avait mis des mois à se former".

Ce sommet intervient peu après la décision du ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini, de refuser l'accueil de l'Aquarius, navire humanitaire transportant à son bord 630 migrants secourus en Méditerranée. En visite vendredi soir à Paris, puis lundi à Berlin, le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a réclamé "plus de solidarité européenne" sur la question migratoire, et "refuse la perpétuation du système de Dublin", rapporte Le Point. La convention de Dublin prévoit en effet que les demandes d'asile des migrants soient effectuées dans le premier pays d'arrivée, ce que critique largement le gouvernement italien.

Pour le quotidien alsacien DNA, la crise politique suscitée par la question migratoire est paradoxale. Elle intervient en effet "alors que les flux de migrants n’ont jamais été si faibles" et sont en chute de 46% par rapport à l'année dernière. Pour un responsable français interrogé par le quotidien : "Salvini a inventé une crise, en quelque sorte".

Renforcement de Frontex et centres de tri

Le journal allemand Süddeutsche Zeitung estime toutefois qu'Emmanuel Macron et Angela Merkel pourraient tirer profit de ce changement d'agenda. Contrairement aux questions économiques, le président français et la chancelière allemande ont une conception similaire de la gestion de l'asile en Europe. Ils partagent en effet les objectifs "d'harmoniser les conditions de l'asile et [de] mettre en place une police européenne des frontières beaucoup plus active", résument Les Echos.

Comme le souligne la RTBF : "personne n'escompte un accord des Européens fin juin sur une réforme du règlement de Dublin". Mais Paris et Berlin pourraient parvenir à une position commune "sur un renforcement massif de Frontex, l'agence qui patrouille les côtes européennes, sur la création de centres de tri en Afrique et sur l'harmonisation du droit d'asile", ajoute la chaîne de radio-télévision. Angela Merkel souhaite également "nouer des accords bilatéraux de reconduite des migrants avec les pays d'arrivée", comme l'Italie et la Grèce [RTBF].

Zone euro

"La réforme de la zone euro s’en trouve reléguée au second plan", notent les DNA, mais devrait bien figurer à l'ordre du jour. Le ministre français de l'Economie, Bruno le Maire, a annoncé samedi soir que "sur ce sujet, Paris et Berlin sont très proches d'un accord", rapporte Le Point. Les DNA jugent toutefois que "le succès paraît moins évident que ne l’a proclamé le ministre de l’Économie". Le quotidien alsacien avance l'exemple de "la garantie des dépôts bancaires, qui doit parachever l’union bancaire [et qui] reste soumise par les Allemands à l’assainissement préalable des banques".

Le Figaro note que plus largement, Emmanuel Macron "a dû revoir à la baisse ses ambitions en matière de réforme". Déjà, l'idée de créer un poste de ministre des Finances de la zone euro avait été abandonnée. Et si "la création d'un budget autonome donnant [à la zone euro] une capacité d'investir" a été acceptée par Angela Merkel, celui-ci ne serait que de quelques dizaines de milliards d'euros, "quand Paris plaidait pour plusieurs centaines de milliards", précise Le Point. L'hebdomadaire français explique que la chancelière se trouve "tiraillée entre son aile droite, qui redoute de voir l'Allemagne payer pour les pays trop dépensiers d'Europe du Sud, et son aile gauche, les sociaux-démocrates, qui lui demandent de ne plus faire preuve 'd'avarice' et de soutenir les positions françaises".

Succès

Outre la création d'un budget pour la zone euro, le couple franco-allemand devrait également entériner deux mesures phares : "un rapprochement de l'impôt sur les sociétés débattu depuis dix ans et jamais abouti [et] une démarche commune pour concevoir et fabriquer à deux l'avion et le char du futur, prémices d'une défense européenne" [Les Echos].

Un autre article du quotidien est d'ailleurs consacré entièrement au projet de défense défendu par l'Allemagne et la France. Lors de son discours de la Sorbonne en septembre dernier, Emmanuel Macron avait proposé la création d'une "initiative européenne d'intervention". Les Echos rapportent qu'après le dernier G7, Angela Merkel s'est prononcée en faveur du projet, qui viserait à réunir une dizaine de pays européens et à "créer un canal entre les Etats-majors […] pour qu'ils s'entraînent et planifient de plausibles interventions, du passage d'un ouragan aux Antilles à l'évacuation en urgence des ressortissants européens d'un pays en guerre".